Qui savait quoi concernant Jürgen Conings ? Des informations disponibles mais mal exploitées

A l’issue du débat en commission de la Défense, plusieurs éléments communiqués par la ministre de la Défense Ludivine Dedonder permettent d’en savoir plus sur les informations échangées entre les différents services de renseignements. Certaines dates sont précises, d’autres le sont moins. Une double enquête est lancée et l’on en apprendra officiellement plus déjà mi-juin. Selon les informations disponibles, début 2020, Jürgen Conings tient sur les réseaux sociaux des propos radicaux à caractère raciste et xénophobe.

Une première plainte classée sans suite par la Justice

Durant cette même période, les agissements de Jürgen Conings sont inquiétants : il s’en prend également sur les réseaux sociaux de manière anonyme aux virologues, dont Marc Van Ranst, et cherche à se renseigner sur son adresse. Tout cela va entraîner une première réaction de son employeur, la Défense : plainte est alors déposée en justice mais elle sera classée sur le plan pénal sans suite. Mais le militaire sera malgré tout sanctionné sur le plan disciplinaire par quatre jours d’arrêts en avril 2020.

Une demande de mutation suite à un désaccord lié à une formation

En juin 2020, intervient un autre élément : Jürgen Conings demande sa mutation de la police militaire vers une cellule chargée de former le personnel de la Défense. L’origine de cette demande de mutation serait un désaccord sur l’obligation de suivre une formation. Laquelle ? Pas d’information à ce stade mais il faudra mesurer la portée de cette décision de quitter la police militaire. Y a-t-il un lien l’évaluation périodique de l’habilitation de sécurité de Conings par le SGRS qui se déroule plus ou moins à la même période ? Toujours est-il que les éléments recueillis par le renseignement militaire (SGRS) vont faire pencher la balance en faveur d’un retrait de son habilitation.

Le SGRS s'entretient avec le chef de corps de Jürgen Conings pour l'informer des motifs

La décision en principe lourde de conséquences sur le plan de l’impact professionnel de l’intéressé ne sera prise officiellement que le 31 août 2020. Et ne sera communiqué au militaire que quatre mois plus tard soit en novembre 2020. Entretemps le SGRS se sera rendu dans son unité pour avertir le responsable hiérarchique de Jürgen Conings des motifs du retrait de son habilitation. Ce qui se passe ensuite reste à déterminer car visiblement, ses nouvelles fonctions lui ont permis d’accéder sans difficulté à un dépôt d’armes.

Jürgen Conings : niveau 3, un cas unique à l’armée  

Ce qui se passe ensuite reste encore à éclaircir mais l’étape cruciale se passe le 17 février 2021 moment où l’OCAM, l’Organe de coordination et d’analyse de la menace, estime disposer de suffisamment d’informations pour placer Jürgen Conings dans sa liste de personnes radicalisées à un niveau 3. Sur une échelle qui en compte 4, ce qui signifie que la menace est grave, possible et vraisemblable.

Le chef du Renseignement (SGRS) pas informé du cas de ce militaire 

Mais de manière étrange, cette information serait restée cantonnée au niveau du SGRS sans remonter au plus niveau de la hiérarchie de ce service et dès lors sans que la ministre de la Défense ne soit avertie. Pourtant un niveau 3 de menace pour un militaire est exceptionnel, il est le seul à ce jour dans ce cas ! Ce qui motive l’OCAM à placer le militaire à ce niveau n’est pas public mais il est également question d’un projet d’attentat contre une mosquée. La ministre de la Défense l’a évoqué dans sa réponse au Parlement mais sans préciser le contexte précis de cette information. Couplée à la menace adressée à l’égard de Marc Van Ranst, cette information suffit à comprendre pourquoi Jürgen Conings est jugé dangereux.


►►► À lire aussi : Jurgen Conings, symptôme d’une société en colère ?


Exploitation lacunaire de l’information provenant de l’OCAM

La ministre de la Défense a évoqué en commission "une exploitation lacunaire de l’information émanant de l’OCAM, de même que sa circulation au sein du SGRS". Par la suite, la surveillance du militaire va connaître un nouveau "couac" d’importance. Car une opération est par la suite planifiée par le SGRS en mai 2021 à l’aide des MPR, les méthodes particulières de recherche, c’est-à-dire la possibilité de réaliser des écoutes, des filatures, de s’introduire dans des domiciles privés ou placer des caméras discrètes, pour être finalement annulée en raison d’une autre mission jugée plus prioritaire, les moyens d’enquête limités sont alors redéployés ailleurs.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK