Qui est Georges-Louis Bouchez ? Voici le portrait du nouveau président du MR

Il n’y avait que peu de suspense. Georges-Louis Bouchez a été élu à la tête du Mouvement réformateur. Opposé à Denis Ducarme au deuxième tour de l’élection interne du parti, le Montois a obtenu 61,95% (8640 voix) des voix en sa faveur, contre 38,05% (5308 voix) pour Denis Ducarme. Cette victoire était attendue après une campagne qui aura vu un grand nombre de mandataires, dont la Première ministre Sophie Wilmès, soutenir Georges-Louis Bouchez. Victoire prévisible donc, même si personne – si ce n’est "GLB" lui-même – ne pouvait penser, au printemps, que le successeur de Charles Michel serait le jeune homme de 33 ans. Retour sur un drôle de parcours, raconté par des proches.

De délégué de classe à délégué général du MR

Né en mars 1986, Georges-Louis Bouchez grandit en Hainaut. Ses parents, Rosalie et Bernard, sont de modestes indépendants. Sa famille n’est pas politique, mais s’intéresse à celle-ci. Très tôt, le petit Georges-Louis est passionné par le débat, qu’il soit à la télévision ou dans la salle de classe primaire. L’enfant travaille très bien à l’école. Mais déjà le petit Georges-Louis est clivant, lui qui est délégué de classe.

Après des études en droit, à Bruxelles, il intègre le cabinet du ministre des Finances Didier Reynders. Il a alors 23 ans, et déjà une expérience politique après une campagne communale à Mons, 3 ans auparavant. 2012 est l’année d’une première consécration : tête de liste MR à Mons, il devient échevin. En 2014, candidat suppléant au parlement de Wallonie, il remplace Jacqueline Galant partie au fédéral. Cette ascension linéaire subit un premier gros coup de frein lorsque la ministre de la Mobilité démissionne. Dans la foulée, le bourgmestre de Mons, Elio Di Rupo, décide de se passer du MR pour diriger la cité du Doudou. Quasi du jour au lendemain, "GLB" se retrouve sans mandat. Mais pas de quoi freiner les ardeurs du jeune homme, recasé "délégué général" par son parti, puis porte-parole de la campagne. Et aujourd’hui président du mouvement réformateur.

Une "bête politique" pragmatique et solitaire, sans alcool

Georges-Louis Bouchez est une personnalité très atypique. Il n’est d’aucune dynastie politique, navigant de la sphère "reyndersienne" à la "michelienne" comme personne avant lui. C’est avec un adoubement tacite des deux hommes que "GLB" prend les clés du parti, scénario sur lequel peu de monde aurait osé parier.

Le Montois est un fou de la res publica, "sa vie privée, c’est la politique" raconte même un observateur. Très gros bosseur, plus politique – "hyperpolitique, même" – que technicien, "GLB" s’est fortement inspiré du Nicolas Sarkozy circa 2007. Et bien qu’il évoque le "libéralisme" à tout bout de champ, nombreux sont ceux qui le considèrent comme un pragmatique.

Ne cherchez pas chez Georges-Louis le rigolard, l’homme qui va ambiancer une tablée, avec de grands éclats de rire. Non, "GLB" préfère les petits comités, les déjeuners en tête-à-tête et les soirées sans alcool. Il n’en boit jamais, quelle que soit l’occasion.

Ce fils unique a grandi seul, s’est fait seul et compte avancer seul. Potentielle faiblesse ou "grand souci" corrige un libéral, il n’arrive pas à la Toison d’Or, le siège du MR, avec une équipe déjà bien constituée de gens de confiance. Ceux-ci, au sein du parti, se comptent sur les doigts d’une main. "Au MR, personne ne le connaît vraiment. C’est négatif et positif en même temps" tempère un collègue, qui se pose toute de même la question "peut-il garder des gens, avoir une équipe rapprochée, comme Reynders ou Michel avant lui ?" S’il dispose de soutiens politiques forts en interne (Jean-Luc Crucke, Richard Miller), Georges-Louis Bouchez est bien conscient que les soutiens reçus au cours de cette campagne ne valent que pour celle-ci. Il devra donc, rapidement, bien s’entourer et composer avec Sophie Wilmès, nouvelle femme forte – pour longtemps – du MR.

L’opportunité d’une vie

Dans le livre "Un président ne devrait pas dire cela…", François Hollande raconte sa surprise lorsqu’Emmanuel Macron décide de quitter son gouvernement. Il ne peut croire que Macron se présentera à la présidentielle de 2017. Fastfoward. Été 2019, le président Macron est à la manœuvre au sein du Conseil européen et déroule un scénario qui voit sa compatriote Christine Lagarde diriger la banque centrale européenne, alors que Charles Michel, un allié du Français, se retrouve à la tête du Conseil européen. Didier Reynders ira, lui, à la Commission européenne. Tous les feux sont au vert pour voir le ministre-président wallon Willy Borsus prendre les rênes du parti, comme beaucoup le pensent depuis des mois.

12 septembre 2019, le MR valide sa participation au gouvernement wallon. Au téléphone, Georges-Louis Bouchez est souriant et nous dit : "Il va y avoir des surprises". La plus grande, c’est la volonté de Willy Borsus de rester au gouvernement wallon. Le Cinacien de naissance ne sera pas le nouveau patron du MR. D’un coup, un horizon semble se libérer pour le Montois. Au loin, le 9e étage de la Toison d’Or, là où se situent les bureaux du président…

Cette élection, c’est l’opportunité d’une vie pour Georges-Louis Bouchez, un scénario provoqué par la bisbille des deux derniers locataires de l'Elysée, un comble pour ce fanatique de politique française. Le MR a atteint un plus bas historique, et même en cas d’élections anticipées, la chance est grande de voir les libéraux reprendre quelques couleurs, comme nous l’expliquions ici. "GLB" est donc quasi assuré de "réussir" son premier scrutin. De "belles années en perspective" prophétise un réformateur.

Grand écart et "méthode Louis Michel"

Avec la même force de persuasion, Georges-Louis Bouchez est capable de défendre le fait qu’il faille, parfois, enfermer des familles tout comme il pousse l’idée d’une allocation universelle. "GLB" assume une proximité politique avec Theo Francken tout en visant explicitement les électeurs du centre. Ce grand écart, ce "en même temps" macronien, ce cap, le nouveau président du MR veut le maintenir. Ce fan absolu de Formule 1 va devoir, "en même temps" et un peu plus, parler d’écologie, lui qui défend l’idée d’une taxe kérosène. Comment le parti pourra-t-il le suivre ? Le Montois entend rendre les décisions plus collégiales, Le Vif évoquait la création d’une version bleue du G9 socialiste. Un proche nous donne la clé : "GLB" compte s’inspirer de Louis Michel. "Louis passait de nombreuses heures au téléphone. Il voulait s’imprégner des différents points de vue existants, masser dans un sens, puis dans l’autre et enfin faire une synthèse. Pour enfin la présenter dans différents cénacles, en toute transparence." A voir combien de temps cette façon de faire pourra fonctionner, bien que l’exemple de "Mons en mieux", attirail hétéroclite local, montre que "GLB" est capable de maintenir une certaine entente. Par ailleurs, on ne peut que constater que sa campagne à la présidence, où il promeut le mouvement et la modernité, sans trop les définir, lui a porté chance : "Il incarne le changement, mais sans prendre d’engagements définitifs".

Ses faiblesses : le néerlandais et le risque de "dérapage"

L’homme n’est pas sans faiblesse. Georges-Louis Bouchez a toujours eu un certain besoin de reconnaissance, même si, nous dit-on "ce besoin se fait moins fort, ces derniers temps, grâce à ses résultats électoraux". Reste que pour négocier au fédéral, ce qu’il sera immanquablement amené à faire, sa non-maîtrise du néerlandais est gênante, face aux Flamands, comme face à Sophie Wilmès. Un libéral parle d’embarras, de frustration, quand un autre élargit la problématique : "ne pas parler le néerlandais, bon, ce n’est pas génial, mais ça peut se corriger. Mais d’un petit défaut, Georges-Louis en fait une montagne, refuse de le reconnaître. Et là, ça devient tout de suite plus problématique."

L’autre faiblesse pointée par plusieurs réformateurs, c’est l’impulsivité de "GLB". Jamais loin de ses deux téléphones portables et de Twitter, le libéral est l’objet régulier de tweets peu amènes, qu’il a parfois du mal à ignorer. "C’est comme Sarkozy à l’époque : il sautait sur tout, ne laissait rien passer. Ça l’a vraiment beaucoup inspiré. Et ça fait partie de son ascension." Aujourd’hui patron de son parti, sa parole devrait être plus rare, plus "présidentielle". Mais même parmi ses supporters, la question se pose de savoir si Bouchez enfilera son costume de président et si l’habit fera le moine. "Le risque de dérapage existe" dit l’un, "c’est vraiment un élément d’inquiétude" dit un autre.

Conclusion

"Le seul défaut de la Belgique, c’est qu’il n’y a pas d’élection présidentielle". C’est l’incroyable force de Georges-Louis Bouchez : l’homme est persuadé qu’il peut convaincre, en tête-à-tête, tant un adorateur du communisme qu’un électeur d’extrême-droite. Et ne vous y trompez pas : sous ses airs de chien fou, "GLB" est un homme intelligent, animal politique à même pas 34 ans. Ses proches le qualifient de "vrai gentil, voire trop gentil, qui devra apprendre à dire non et à s’imposer". Dans le même temps, il est persuadé qu’il faut occuper le terrain, provoquer le débat, le clash, pour voir progresser le score de son parti. Lui qui cherche la reconnaissance devra, encore un peu plus, subir les sarcasmes de ses pourfendeurs. Mais il le dit lui-même à ses proches : "mieux vaut être détesté par 70% des gens et faire 30% que d’être détesté par 50% des gens et faire 20%". Plusieurs questions restent en suspense : saura-t-il s’écarter de l’ombre de Charles Michel, que certains voient vouloir encore, même de loin, peser ? Quelles seront la qualité des relations qu'il entretiendra avec les Bruxellois, particulièrement le duo Dilliès-Wilmès ? Saura-t-il rajeunir les cadres ? A quoi ressemblera son staff ? Pourra-t-il résister aux attaques dont il fera encore un peu plus l'objet sur les réseaux sociaux ? Continuera-t-il de s'afficher aux côté de Theo Francken, au risque de déplaire à nombre de francophones ? Par ailleurs, on prête à "GLB" l’idée, encore lointaine, de changer le nom du parti pour créer une césure avec le passé. En attendant Georges-Louis Bouchez dirige le deuxième parti le plus important de la Belgique francophone, lui pour qui, dans un livre sorti en 2017, il fallait "quitter les jeux partisans. Celui des coalitions et des alliances, et revenir à la Politique, celle avec le grand P, celle qui passionne". Le voilà désormais en plein dans ces stratégies, après la réalisation d'un scénario totalement improbable et qui enchante le Montois, plus jeune président du MR de l'histoire, comme Lewis Hamilton, son idole de Formule 1, était le plus plus jeune champion du monde de F1 lors de son premier titre. C’est tout un parti que "GLB" a coiffé au poteau en remportant cette élection. A voir, désormais, si ses troupes seront prêtes à le suivre au fil des virages, lignes droites et chicanes d’une présidence de parti qui sera, sans aucun doute, haute en couleur.

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