Qui aurait le plus à perdre (ou à gagner) en cas de nouvelles élections ?

C’est un petit jeu très sérieux auquel certains cerveaux dans les partis politiques s’adonnent : à l’aune du scrutin de mai 2019, et si la situation politique devait évoluer de telle sorte que de nouvelles élections étaient inévitable, comment pourrait évoluer la répartition des sièges à la Chambre des Représentants en cas de retour aux urnes ? 

Pour alimenter ce scénario de politique-fiction, nous allons étudier la façon dont les sièges ont été répartis, et plus précisément les derniers sièges, ceux qui ont le plus tangué entre l’un ou l’autre parti. Pour ce faire, nous nous basons sur les résultats au niveau des circonscriptions des cinq plus gros partis, que nous moulinons à l’aide de la clé D’Hondt – la fameuseici.

Concrètement, commençons par la plus grosse circonscription francophone : le Hainaut.

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Ci-dessus, les votes des cinq partis qui bénéficient d’au moins un élu fédéral en Hainaut, avec la distribution des sièges, et l’écart concernant le dernier de ceux-ci.

18 sièges sont à pourvoir. Le cdH, qui en a perdu un, a toutes les raisons de lorgner sur le 3e siège conquis par Ecolo : seuls 1238 voix séparent les deux partis, c’est 0,16% des votes valables (730.662). Le 17e siège de la circonscription appartient au PS : le cdH n’est qu’à 3842 voix (0,52%).

En bref, ici, le cdH a tout intérêt à mettre le paquet sur le Hainaut pour récupérer le siège perdu en mai dernier.

Bruxelles : une concurrence PS-Ecolo-Défi

15 sièges sont en jeu. Défi a conservé son deuxième siège grâce à 2894 voix. C’est le PS qui serait le plus à même de récupérer l’un de ses deux sièges perdus, l’écart entre les deux partis n’est que de 0,57% des votes valables. On retrouve les mêmes proportions pour le 14e siège, au bénéfice d’Ecolo.

Dans la capitale, il y a clairement de la concurrence pour les deux derniers sièges entre PS, Ecolo et Défi. Le parti amarante a toutes les raisons de s’inquiéter, le PS peut avoir des raisons d’espérer, et Ecolo devra résister pour conserver ses 4 sièges.

Liège : le MR en embuscade

 

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On le voit, le dernier siège a été obtenu par le PS, à 1654 voix près, au détriment du MR. 1654 voix, cela représente 0,26% des votes considérés comme valables à Liège (619.185). Un siège, donc, très disputé. Le 14e siège, aussi, peut changer de propriétaire. Actuellement Ecolo, le PS le raflerait pour 5565 voix, soit 0,89% des voix. Même constat pour le siège numéro 13, détenu par le PTB et qui deviendrait vert pour 5983 voix (soit 0,96% des votes).

A Liège, force est de constater que le MR serait le parti le plus à même à gagner un siège, et le PS celui qui pourrait, le plus facilement, en perdre un. Car notons que "Les listes Destexhe", portées par l’ancien mandataire MR, ont obtenu pas loin de 10.000 voix à Liège…

Luxembourg, Namur et Brabant wallon : la stabilité, quoique…

Peu de différences à attendre de ces deux provinces, particulièrement dans le Luxembourg où les 4 sièges sont répartis entre MR, cdH, PS et Ecolo. Le siège vert est le plus à même de basculer, mais il faudrait plus de 14.000 votes pour voir les libéraux le ravir, soit 8,45% des votes valables (170.823). Très peu probable.

Dans la circonscription de Namur, le MR a perdu un siège au profit du PTB. Le parti libéral pourrait le récupérer aux dépens du PS : 7157 votes séparent les deux partis pour le gain de ce siège. C’est 2,34% des votes valables (304.877). Le PTB peut nourrir quelques inquiétudes : son siège est à portée du PS, pour 5239 voix (1,71%).

MR, PS et PTB ont de quoi faire dans la province de Namur : deux sièges sont en balance pour ces trois partis…

Dans le Brabant wallon, entre 2014 et 2019, la situation est restée stable, en ce qui concerne l’attribution des sièges. MR, Ecolo et PS semblent bien accrochés à leur siège : le premier siège basculant est le 3e libéral, au profit d’Ecolo, mais pour pas loin de 9000 voix, soit plus de 20% des voix verts dans cette circonscription.

Conclusion

On fait le point :

  • Le MR est bien placé pour récupérer 2 sièges : à Liège et à Namur. Le parti libéral n’a pas vraiment à s’inquiéter pour les 14 qu’il possède déjà. Sa perte de 6 sièges, en mai 2019, pourrait sembler quelque peu forcée. Il ne faudrait pas grand-chose pour que le mouvement réformateur reprenne quelques couleurs.
  • Le PS est entre deux eaux : certains sièges tiennent un fil (Liège, par exemple), d’autres pourraient être récupérés sans trop de difficultés (Bruxelles). Les socialistes resteraient, de toute manière, autour de 20 sièges.
  • Ecolo a rebondi de façon spectaculaire, progressant de 7 sièges au fédéral. Certains de ceux-ci pourraient échapper aux verts (Liège, Bruxelles, Hainaut).
  • Les 10 sièges du PTB ne sont pas tous garantis : les PTBistes liégeois et namurois peuvent légitimement s’inquiéter.
  • Avec seulement 4 sièges, le cdH doit remonter la pente. Et la seule circonscription où le parti centriste peut, de façon réaliste, tabler sur un nouveau siège, c’est le Hainaut.

Le MR pourrait avoir intérêt à un retour aux urnes, comme le cdH ; Ecolo et PTB pourraient y perdre, le PS resterait dans les mêmes eaux qu’actuellement.

Evidemment, toutes ces projections sont à "votes constants". Il faut tenir compte de la présence des autres partis non-représentés à la Chambre et qui pourraient ne pas se représenter ou qui ne seraient pas en état de réaliser une campagne similaire à celle de mai 2019 : Parti populaire, "Listes Destexhe", "La droite populaire". Des voix qui pourraient aller (retourner ?) au MR. Par ailleurs, la recomposition générale des présidences de parti pourrait avoir une certaine influence, tout comme, potentiellement, le caractère plus "communautaire" d’une éventuelle nouvelle campagne, ce qui pourrait avantager des partis comme le PS et le MR.

En attendant un échec/une réussite des préformateurs royaux, voici certainement quelques pistes de réflexions pour les partis politiques belges francophones. Et leurs électeurs…

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