Koen Geens et le processus de négociation pénitentiaire: "Je suis à bout"

Koen Geens, ministre de la Justice (CD&V)
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Koen Geens, ministre de la Justice (CD&V) - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Au centre des questions parlementaires ce jeudi: la politique pénitentiaire du gouvernement. Mais alors que les députés de l’opposition (PS, Défi, cdH, PP, Groen, spa, PTB…) dénoncent la situation dans les prisons et le manque de personnel, Sophie De Wit , députée N-VA, suscite des réactions dans l’hémicycle en affirmant que les prisons sont plus anciennes en Flandre, mais que les grèves et les actions syndicales se déroulent en Wallonie.

Au total, ce sont 14 questions qui sont posées au Premier ministre Charles Michel sur la crise des prisons. L’opposition évoque  une "situation intenable", "catastrophique et inacceptable", "une politique irresponsable" …"proche de la torture".

Venant au secours du gouvernement, Philippe Goffin (MR) insiste sur des chiffres démontrant une baisse constante de la surpopulation carcérale: "Cela doit être dit aussi".

Charles Michel: "Les syndicats ont été désavoués par la base"

Comme le fera, juste après lui le ministre de la Justice, le Premier ministre dit vouloir refuser de faire le procès du passé mais insiste: "Le problème des prisons existe depuis des années et la Belgique a été condamnée à plusieurs reprises pour ses prisons depuis 20 ans." Mais Charles Michel assume sa politique: "L'accord du gouvernement prévoit la réforme des prisons, la réorganisation et des économies. Le travail doit continuer."

Pour le Premier ministre, le gouvernement agit, a pris ses responsabilités et donné "un mandat clair de négociations au ministre de la Justice ". Mais  il constate, en le regrettant, que "les syndicats ont été désavoués par la base à Bruxelles et en Wallonie"… " Et nous avons dû prendre des mesures, comme l'envoi de l'armée." Charles Michel qui rappelle qu'il n'y a pas si longtemps, un bourgmestre d'Andenne, socialiste, avait plaidé pour l'envoi de l'armée lors d'un conflit social.

Des réponses seront apportées vendredi lors du kern

Pour l’avenir, le kern de vendredi donnera un mandat complémentaire au ministre de la Justice. Avec une série de propositions pour lutter contre la surpopulation, améliorer les infrastructures dans le cadre du plan prisons et renforcer la sécurité. Le même kern évoquera aussi comment avancer sur le service minimum en cas de grève. Un "élément nécessaire et crucial", selon Charles Michel. Enfin, seront évoquées des propositions pour le recrutement de personnel et lutter contre l'absentéisme.

La conclusion de Charles Michel est que le gouvernement prend la situation au sérieux, continuera d'agir et garde la main tendue pour relancer le dialogue social. Il appelle tous les acteurs à prendre leurs responsabilités pour respecter le droit des détenus notamment...

Koen Geens: "Het gaat niet"

Dernier à répondre aux questions des parlementaires, le ministre de la Justice Koen Geens (VD&V) dit vouloir renonce à polémiquer et à communautariser. "Lors de la présentation du plan justice en mars 2015, j’ai proposés deux axes. Le premier portait sur la lutte contre la surpopulation et, en 2015, nous avons pu rapatrier 1000 illégaux et exporter de nos prisons 300 internés. Nous avons avancé dans les sanctions électroniques et j’ai mené une politique contre la détention préventive injustifiée. Et ça n’a pas été facile."

Le second axe portait sur la concertation sociale: "Nous avons constitué 7 groupes de travail sur les pensions ou sur les nouvelles méthodes de travail". Le ministre argumente que la moyenne européenne d’encadrement est de 3 prisonniers par agent pénitentiaire, alors qu’en Belgique, il est de 1,68. Son explication est que "Nos institutions sont vétustes et nos méthodes de travail dépassées". Il se dit persuadé que les occupations par poste peuvent être améliorées. Et constate que "certaines prisons ont bien avancé, d'autres pas… J’ai visité 13 prisons pour rencontrer les directeurs. J’ai toujours dit que le but n’était pas de réduire de 10% de manière linéaire dans chaque prison." Et il prend l’exemple de Lantin. "La prison a été construite en 1970. J’avais 22 ans Avez-vous une idée de ce à quoi ressemble aujourd’hui une prison construite en 1970? C’est terrible. C’est une responsabilité collective En 1970, personne d’entre nous n’était présent."

La surpopulation continue de baisser

Un cheval de bataille du ministre Geens est la surpopulation: "Elle est plus faible que par le passé. Elle était de 12 000 et est maintenant de 11 000. Et je promets que vers la fin de la législature nous serons sous la barre des 10 000 détenus. Je tiens toujours ma parole." 

C’est en abordant la situation des détenus que Koen Geens montre qu’il a atteint des limites: "Il y a le respect des droits de l’Homme et le respect du droit de grève. Mais on ne peut pas respecter totalement les droits de l'Homme en respectant totalement le droit de grève. ‘Dat gaat niet’. J’ai négocié pendant 18 mois, sur le but à atteindre. N’hésitons pas, car là, je suis à bout. Pour l’instant ce n’est pas humain… Donnez-nous la chance de faire le maximum pour sortir de cette crise, avec une perspective d’avenir pour notre régime pénitentiaire qui aura l’aval du conseil de l’Europe."

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