Questions à la une sur l'Islam: la RTBF choquée par les propos de P. Moureaux

La RTBF réagit aux propos tenus par Philippe Moureaux sur le dernier Questions à la Une
La RTBF réagit aux propos tenus par Philippe Moureaux sur le dernier Questions à la Une - © RTBF

La RTBF a pris connaissance, ce mardi, avec stupeur et indignation des qualificatifs et comparatifs utilisés par le bourgmestre de Molenbeek Philippe Moureaux concernant l’émission Questions à la une du 11 avril dernier.

Le reportage de l’équipe de Questions à la une pose la question, sur base de plusieurs études et de faits d'actualité, de la réislamisation des communautés arabo-turques et de la radicalisation partielle d’une petite minorité de ses membres. Il montre que des écrits et des paroles circulent, par exemple, sur la place et le rôle des femmes tels que vus par certains et donne la parole à des acteurs culturels et politiques qui montrent que la question est bien d’intérêt public, le fait d’une minorité, et qu'elle suscite débat dans la communauté musulmane elle-même.

Le travail a été réalisé en respectant tous les points de vue y compris celui de Philippe Moureaux. Il a été fait sur base des critères journalistiques et déontologiques conformes à la pratique professionnelle d’usage et fidèles à la ligne éditoriale de l'émission Questions à la Une, les mêmes que ceux que l’émission applique depuis sept ans et qu’elle a mis en œuvre au cours de ces années pour aborder plus de trois cents sujets d’actualité. Pour rappel, le reportage de ce mercredi 11 avril a, par ailleurs, été prolongé d'un débat avec des interlocuteurs totalement pertinents sur ces dossiers.

La RTBF et son directeur de l'information ne peuvent en aucun cas admettre les accusations gratuites de pure manipulation et d'usage de méthode "à la Goebbels" telles que proférées par le bourgmestre de Molenbeek sur la chaine Maghreb TV.

Cette prise de position est particulièrement déplacée au regard d'une émission qui fait partie d'une rédaction où l’information est réalisée en toute autonomie et indépendance. Elle est également outrancière en comparaison à une période de l’histoire où la liberté de la presse était réduite à néant et où les droits d’expression des médias et de la population étaient totalement bafoués, interdits et cruellement réprimés.

La RTBF, la direction de l’information et l’équipe de Questions à la une rappellent les conclusions du reportage de Frédéric Deborsu : "La population arabo-turque est en constante augmentation en Belgique. Elle est variée, très souvent conviviale, parfois repliée sur elle-même mais pour de nombreux musulmans, l’intégration est parfaitement réussie. Mais le pouvoir politique doit désormais se retrousser les manches pour éviter les dérapages et favoriser le vivre ensemble".

Même réaction du côté de la Société des journalistes de la RTBF

Dans un communiqué, la Société des journalistes (SDJ) de la RTBF dit également "avoir pris connaissance avec stupéfaction" des propos tenus par Philippe Moureaux".

"Ces accusations sont graves et non fondées", dit-elle, "Elles sont de nature à jeter le discrédit sur l’ensemble des journalistes de la RTBF et leur travail d’information. La SDJ estime que cette question sensible –l’augmentation du fait religieux dans la communauté arabo-turco-musulmane en Belgique – mérite mieux que les propos outranciers et inadmissibles tenus par Philippe Moureaux".

Un soutien unanime du Comité Permanent de la RTBF

Autre réaction, celle du Comité Permanent de la RTBF qui "tient à manifester son soutien à la rédaction" et qui parle de "critiques injustifiées et excessives".

Les critiques de Philippe Moureaux

"C'est une émission tout à fait scandaleuse", a-t-il dit lors d'une interview téléphonique diffusée sur Maghreb TV, en se disant "tout à fait furieux" du fait que son intervention avait été "caviardée", "avec uniquement comme plaisir de montrer des images désagréables, de donner la parole à des islamophobes bien connus".

"Il n'y a pas une seule image positive qui a été retenue", a ajouté le bourgmestre de Molenbeek, la commune où une partie de l'émission a été tournée.

"Présenter ça (le fait que certaines femmes portent le voile intégral dans la commune en dépit d'une interdiction déjà ancienne, ndlr) comme une image qui montre la montée de l'islamisme, c'est tout simplement de la manipulation", a-t-il poursuivi.

Molenbeek compte quelque 94 000 habitants, dont une grande partie est d'origine maghrébine.

"C'est une population qui mérite le plus grand respect. Et ce n'est pas parce qu'il y a quelques personnes qui ont des comportements que nous n'aimons pas que l'on peut condamner une population. L'antisémitisme a fait un moment ses succès sur ce genre de méthodes. C'est comme ça que Goebbels (Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande et de l'Information de l'Allemagne nazie de 1933 à 1945, ndlr) essayait aussi d'attaquer les Juifs, comme maintenant certains attaquent les musulmans", a déclaré le sénateur-bourgmestre.

"Je me rends compte que je n'ai servi que de faire-valoir à des racistes et à des islamophobes", a conclu Philippe Moureaux dans cette interview postée lundi sur Youtube.


RTBF et Belga

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK