Quelques centimètres de neige provoquent le chaos en Belgique, 20 mètres n'effraient même pas le Japon

Début décembre, la couche de neige déblayée et stockée au pied de la gare de Kutchan atteignait déjà le double de la hauteur du 4x4 garé à côté
4 images
Début décembre, la couche de neige déblayée et stockée au pied de la gare de Kutchan atteignait déjà le double de la hauteur du 4x4 garé à côté - © B. Schmitz - RTBF

Des voitures qui patinent, des conducteurs qui pestent au volant et souvent… contre les autorités, accusées de ne pas en faire assez pour faire face à la neige. Une scène presque habituelle en Belgique. Plusieurs fois par hiver, les flocons provoquent d’énormes embarras sur les routes. Mais pourquoi ? Il y a les pneus neige qui ne sont pas obligatoires chez nous. Il y a la technique de conduite sur la neige qui n’est pas toujours maitrisée, vu le nombre réduit d’offensives hivernales chaque hiver chez nous. Et les autorités ? Et bien elles pourraient peut-être trouver des conseils dans la gestion de la commune de Kutchan, sur l’île d’Hokkaido dans le nord du Japon.

S'adapter aux attaques quotidiennes de la Sibérie

Là-bas, ce sont entre 15 et 20 mètres de neige au total qui recouvrent chaque hiver les routes, entre début décembre et fin mars. Plusieurs centimètres, voire plusieurs dizaines de centimètres de tapis blanc fraîchement débarqués à retirer chaque matin. Une neige portée par les vents et qui arrive en droite ligne de la Sibérie voisine. De quoi pousser les autorités à développer une multitude de solutions pour permettre à la vie de continuer pendant l’hiver. Mais aussi pour permettre l'accueil de touristes skieurs, toujours plus nombreux dans le coin.

27 engins sur le pont

Parmi ces mesures, on trouve 27 engins, certains de très gros calibre capables de pousser des mètres cubes de neige, tout en soufflant une autre partie sur le bord de la route. Plus de trente personnes sont mobilisées chaque jour sur le terrain lorsqu'il faut déneiger. Ils démarrent à 4h du matin pour terminer un premier shift à 8h. Pourtant, Kutchan est une petite commune, à peine 16 000 habitants à l'année (autant que Bastogne ou Eghezée chez nous par exemple) et 160 kilomètres de routes. Mais les autorités promettent que, chaque jour de neige, il n'y aura pas de voirie laissée sans traitement. La ville dépense d'ailleurs chaque année environ 400 millions de yens dans ces entretiens hivernaux, soit plus de 3,2 millions d'euros. C'est tout de même 4 à 5% du budget total annuel de Kutchan. 

Une route chauffée

La ville a même été jusqu'à installer des tuyaux d'eau chaude en sous-sol afin de limiter les risques sur une route. Cette route, c'est celle qui mène au pied des pistes de ski de Grand Hirafu. Une route dont la pente avait de quoi donner des frissons aux automobilistes. "Il y a quelques années, nous avons eu beaucoup d'accidents à cet endroit", confirme Tomohiro Fukuie, un responsable de la ville. "Les voitures prenaient de la vitesse en descendant et lorsqu'elles tentaient de freiner, les conducteurs perdaient le contrôle. Or, cette route débouche sur un carrefour important avec feu rouge. Vous pouvez donc imaginer les dégâts et le danger".

D'où cette décision d'installer un système de chauffage en sous-sol. Depuis, le nombre d'accidents à cet endroit a presque été ramené à zéro. A noter que les trottoirs le long de la route bénéficient aussi de ce chauffage. On s'en doute, les magasins et les hôtels se multiplient aussi désormais sur les presque 700 mètres de long de cette voirie, désormais garantie pratiquement sans risque de chute, skis ou pas sur l'épaule.  

Des flèches lumineuses pour rester sur la route

Une dernière innovation qui vaut la peine d'être signalée, ce sont ces drôles de flèches rouges et blanches qui intriguent les visiteurs la première fois qu'ils débarquent dans la région. Elles pendent au-dessus de la route, l'une dans un sens de circulation, l'autre dans l'autre sens. Et elles s'éclairent et clignotent une fois la nuit tombée. En fait, on comprend à quoi elles servent lorsqu'il faut prendre le volant après une belle tempête de neige. Lorsque la couche blanche recouvre entièrement non seulement la route, mais aussi les bords de celle-ci. Impossible alors de distinguer la limite de la voirie à gauche ou à droite.

Il faut donc suivre les flèches du regard et rouler strictement en-dessous de chacune afin d'être certain de ne pas sortir du bitum. Ingénieux, n'est-ce pas ?

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK