Que veut Tecteo? Décodage d'un rachat stratégique, et d'un pari risqué

Pol Heyse (Tecteo): "Acquérir du conteu à haute valeur ajoutée"
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Pol Heyse (Tecteo): "Acquérir du conteu à haute valeur ajoutée" - © Tous droits réservés

Le rachat annoncé ce vendredi du groupe L'Avenir par l'intercommunale Tecteo n'en finit pas de faire des vagues. Entre inquiétudes et hostilité, beaucoup d'observateurs ont commenté cette opération financière. Pol Heyse, directeur financier de Tecteo, a contribué à éclaircir les ambitions de son groupe. Relisez ces réponses au chat de la rédaction, ainsi que le décodage de François Heinderyckx, professeur en communication à l'ULB.

Au niveau politique, on tire à boulets rouges sur l'opération réalisée par l'intercommunale: Ecolo et le MR critiquent, n'en veulent pas, mettent en garde contre la politisation. Au niveau médiatique, les craintes de certains acteurs de la presse se font jour: la liberté d'expression sera-t-elle garantie face à un actionnaire prétendument politisé? Dans le monde économique, la construction particulière, mi-publique, mi-privée, de l'institution, pose question.

Le député wallon Pierre-Yves Jeholet assure que les administrateurs MR du groupe Tecteo n'ont d’ailleurs  pas suivi la consigne du parti vendredi en approuvant l'opération d'acquisition du groupe "L'Avenir" par l'intercommunale. Il parle dans leur chef d'une "erreur très claire".

A bonne source, l'on affirmait lundi soir que la consigne du MR à ses trois représentants était claire: ils devaient demander le report du point et, s'ils ne l'obtenaient pas, voter contre.

"La consigne du MR, de Daniel Bacquelaine et de Charles Michel était de ne pas voter ce rachat. On n'avait pas les éléments suffisants", a confirmé M. Jeholet sur les ondes de Bel-RTL.

Se préparer à la convergence

Pol Heyse, directeur financier de Tecteo, éclaircissait quelques points du dossier pour la rédaction, ce midi.

"Tecteo ne peut pas se permettre de terminer la modernisation de son réseau sans se préparer à la convergence, à savoir la télévision de demain" : c’est en ces termes qu'il explique l’acquisition du groupe l’Avenir par l’entreprise dont il est le directeur financier. Dans sa discussion avec nos internautes, il précise : "La convergence est en marche et elle oblige les distributeurs (VOO) à rassembler des contenus, à la plus haute valeur ajoutée possible".

En quelques phrases, Pol Heyse semble avoir donné, entre les lignes, les raisons de cette opération financière qui a étonné, dans le meilleur des cas, plusieurs observateurs.

Rassembler dans un grand pôle tous les outils médias actuels : le câble, la téléphonie fixe (et bientôt mobile), la télévision, la radio, et maintenant, la presse écrite. Précision : Pol Heyse évoque aussi l’importance des sites web des journaux concernés par l’achat. Une offre complète.

Pour François Heinderyckx, il n’y avait de toute façons pas d’autres hypothèses possibles pour comprendre cette opération financière. "On en peut pas imaginer que le but de racheter un titre comme L’Avenir, qui a viabilité financière dégradée, soit de l’ordre du placement à court terme", explique-t-il.

"Avec leurs sites web": un projet de concentration verticale

"Il y a certainement un projet avec une grande cohérence : une stratégie de concentration qu’on peut qualifier de verticale. Par opposition à un projet de concentration horizontale, qui voit le rachat de groupe de presse par leurs concurrents, par exemple, on se trouve ici dans le cas de figure d’un projet de concentration qui veut contrôler toutes les étapes d’un produit, de la production à la diffusion. Sony, par exemple, vend des caméras, a des studios, une maison de production etc. On peut donc imaginer ici que l’acquisition de quotidiens régionaux, la future acquisition d’un quotidien populaire – La Dernière Heure, et d’un quotidien classique – La Libre, avec leurs sites web, soit le projet espéré par Tecteo".

Un pari risqué

"Il s’agit de se doter d’une palette d’outils pour répondre à l’ubiquité médiatique, c’est-à-dire le fait que le consommateur veut se voir libéré des contraintes de temps et de plateforme" ; avoir l’information où et quand on veut.

Cette piste est donc la plus plausible, pour François Heinderyckx, qui ne donne aucun crédit au risque de politisation de la presse.

D’autres préoccupations pourraient apparaître, dans le cas où cette hypothèse se vérifierait. "Je suis relativement confiant dans le maintien de la diversité médiatique", dit-t-il. "On a des régulateurs (CSA, IBDT) qui pourront examiner si Tecteo sera conforme en termes de concurrence et de régulation des contenus. Mais ce qui m’inquiète le plus, si l’opération se poursuit avec l’acquisition d’IPM, c’est que nous serions face à un duopole (dans la presse écrite, le groupe Rossel, duquel font partie Le Soir et Sud Presse et le groupe Tecteo, dont ferait partie L’Avenir et IPM, ndlr). On aurait deux acteurs à la place de trois aujourd’hui. Et c’est là où la stratégie serait risquée : est-ce qu’une des deux parties ne s’affaiblirait pas au point de disparaitre ?"

Un laboratoire grandeur nature : c’est ainsi que pourrait être qualifié le projet de Tecteo. Mais attention, dit François Heiderycxks, il y a une difficulté à prédire la réaction des consommateurs. "C’est un pari, avec une phase de transition qui pourrait être chaotique".


W. Fayoumi

 

Relisez par ailleurs le chat, ci-dessous: Pol Heyse s'y exprime sur l'architecture de Tecteo, les conditions du rachat de L'Avenir, ainsi que sur le futur des journalistes des organes concernés.

 

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