Que se passe-t-il une fois les Afghans renvoyés chez eux ?

"Je voulais juste une vie normale une vie correecte" (photo d'illustration)
"Je voulais juste une vie normale une vie correecte" (photo d'illustration) - © OLIVIER VIN - BELGA

De nouvelles manifestations d'afghans ont eu lieu ce week-end en Belgique. Plusieurs dizaines de personne se sont retrouvées à Bruxelles pour demander un moratoire sur les expulsions des réfugiés afghans présents sur le territoire belge. Demande rejetée par la secrétaire d'Etat à l'Asile et à la migration. Maggie De Block a maintenu son point de vue et refuse d'instaurer un tel moratoire pour les Afghans.

Selon les associations de défense des sans-papiers, pas moins de 50 afghans ont été arrêtés depuis septembre. Mais que se passe-t-il une fois qu'ils sont renvoyés chez eux ? Pour certains l'issue est fatale : comme pour Aref, ce jeune afghan d'une vingtaine d'années expulsé de Belgique qui a été tué à son retour en Afghanistan.

Yama nous a donné rendez-vous dans un centre commercial moderne du centre-ville de Kaboul, c'est plus discret assure t-il. Après sept ans passés à Gand en Belgique, son français reste balbutiant. Yama maîtrise mieux le flamand mais l'interview se fera en Dari, sa langue maternelle. Réfugié en Iran avec sa famille, c'est en 2006 qu'il décide de partir seul pour l’Europe. Il a alors 17 ans et invente une histoire pour tenter d'obtenir un statut de réfugié en Belgique :

"En Iran, on vivait dans de très mauvaises conditions. Les Iraniens nous traitaient très mal. J'ai voulu partir pour l'Europe parce que je pensais que je serai mieux respecté là-bas. Mais je me suis rendu compte que non. Je voulais juste une vie normale, une vie correcte".

Son dossier est à chaque fois refusé. Malgré une grève de la faim, il reçoit plusieurs obligations de quitter le territoire. Le 17 mai dernier, au septième courrier, il décide de rentrer par ses propres moyens, en Afghanistan pour retrouver sa femme. Massouda avait tenté de le rejoindre en mai dernier mais était restée bloquée en Turquie :

"Ici, il n'y a pas de travail, il n'y a pas d'usine. Nous n'avons pas notre propre maison pour fonder une famille. L'autre gros problème, c'est la sécurité. Kaboul n'est pas sans danger parce que la situation s'aggrave de jour en jour. Vous savez il y a beaucoup d'attaques suicide, chaque semaine, chaque mois".

Si Massouda a un emploi, son mari n'a pas retrouvé de travail depuis 8 mois, il se désespère de sa situation et craint pour l'avenir de son pays alors que les armées étrangères vont se retirer l'an prochain :

"C'est sûr à 100% que la situation en Afghanistan va se dégrader. Quand les armées étrangères et les américains étaient présents, la sécurité n'était même pas assurée. Alors avec le retrait de l'an prochain, ça va être pire. On va revenir aux heures les plus sombres que nous avons connues avec des guerres, des attaques... On va reculer, on ne va pas avancer".

Comme Yama, il sont 172 000 à être rentrés de gré ou de force en Afghanistan en 2013

 

 

Nicolas Ropert

 

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