"Légende urbaine d'extrême droite": quand une "fake news" de Jan Jambon sème la pagaille dans le gouvernement flamand

Le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) a expliqué qu’il avait "entendu" qu’une famille de réfugiés avait pu s’acheter une maison grâce aux allocations familiales. Les esprits s’échauffent dans la twittosphère du nord du pays.

J’ai entendu l’histoire d’une famille de réfugiés qui a pu s’acheter une maison grâce aux allocations familiales. Ça ne peut quand même pas être le but ?", lance Jan Jambon dans une dans une interview publiée ce week-end dans De Tijd.

Selon le quotidien néerlandophone, le ministre-président flamand aurait aussi tenu ce propos lors d’une conférence à Hasselt. La rédaction a ensuite réalisé un fact-checking. En Flandre, les enfants nés avant 2019 recevaient entre 93 et 259 euros par mois.


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De Tijd prend l’exemple "exceptionnel" d’une famille de 5 enfants qui a attendu deux ans avant d’obtenir le statut de réfugié. Il est en effet possible de recevoir ces allocations de manière rétroactive. La famille obtiendrait alors maximum 32.000 euros. Pas de quoi s’acheter une maison…

L’ancien secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Theo Francken, défend quant à lui son collègue de la N-VA sur son blog et prétend que le fact-checking de De Tijd est faux : "Si vous voulez vraiment un cas exceptionnel, parlez d’un couple avec cinq enfants et de procédure d'asile de 5 à 10 ans. Vous arrivez alors à des montants de 80.000 - 160.000 euros et vous trouvez une maison dans certains endroits en Flandre. "

D'après les calculs du Gezinsbond, un organisme qui représente les familles en Flandre, une famille avec cinq enfants pourrait percevoir au maximum 87.375 euros d'allocations, une somme par ailleurs soumise à de strictes conditions. "Ce scénario tient compte d'une rétroactivité maximale de cinq ans et du fait que tous les enfants devraient être inscrits dans l'enseignement secondaire ou supérieur. Une situation hautement improbable, mais théoriquement possible", commente Yves Coemans.

Selon lui, "avec cette somme il est possible d'acheter un petit appartement à rénover - encore faut-il pouvoir y vivre à sept - ou, dans certaines régions, une petite maison à rafraîchir", conclut-il.

Contactés par la RTBF, ni Myria, ni le Ciré, ni la porte-parole de la secrétaire d'État Maggie De Block n'étaient disponibles pour objectiver ces chiffres.

L’Open Vld pas amusé

La présidente de l’Open VLD, Gwendolyn Rutten, a qualifié les propos de Jan Jambon de "sortie sur une légende urbaine d'extrême-droite" sur Facebook : "Ce sont des propos erronés qui en ces temps xénophobes sonnent vrai, mais sont néfastes et causent des dégâts."  

La présidente des libéraux flamands, dans la coalition en Flandre, rappelle que la mesure visant à octroyer rétroactivement de l'argent aux enfants qui reçoivent le feu vert pour rester légalement dans le pays après une période d'attente a déjà été annulée, et que les familles avec enfants disposent, pendant la période d'attente, d'un logement et du nécessaire pour envoyer les enfants à l'école.

"Cette explication est probablement moins excitante qu'une légende urbaine, mais c'est cela la vérité. Et c'est ce que vous devez attendre d'un chef de gouvernement. L'essentiel, par des légendes, pas des perroquets de l'extrême-droite."

Jambon contre-attaque

Sur Facebook, M. Jambon a fait mine d'apaiser les esprits... tout en en remettant une couche: "Chère Gwendolyn, n'envenimons pas les choses. L'exemple que j'ai donné a été abordé à plusieurs reprises à la table des négociations pour former le gouvernement flamand", écrit-il. "Tout comme autrefois, il ne constitue pas l'essentiel aujourd'hui, mais illustre l'existence de dérives liées à cette mesure (de rétroactivité des allocations aux réfugiés, NDLR). C'est à celles-ci qu'il faut s'attaquer. Ensemble. Joyeuses fêtes à chacun", a-t-il conclu.

Le CD&V n'a pour sa part pas réagi.

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