Suite aux plaintes des scientifiques, Sciensano va fournir un accès ouvert à ses données épidémiologiques

Quand le fédéral refuse d’ouvrir les données sur l’épidémie de coronavirus : "Un problème majeur qui retarde les scientifiques"
Quand le fédéral refuse d’ouvrir les données sur l’épidémie de coronavirus : "Un problème majeur qui retarde les scientifiques" - © Sarinya Pinngam / EyeEm - Getty Images/EyeEm

C'est une excellente nouvelle. D'ici 24 à 48h, Sciensano va produire ses données épidémiologiques en "open data" : des fichiers ouverts, accessibles de façon transparente et qu'il est possible de retravailler, tant par les médias que par les épidémiologistes. La demande et la pression devenaient fortes, car les données fournies chaque jour sous forme de tableaux en pdf ne permettent pas jusqu'ici d'être utilisées correctement. 

Depuis que l’épidémie de coronavirus s’est déclarée en Belgique, les citoyens, les scientifiques et les journalistes ont en effet un point de rendez-vous : la conférence de presse qui, sur le coup de 11h, donne les derniers chiffres de cas détectés dans notre pays. Ces données sont ensuite détaillées dans un fichier publié tous les jours sur le site de Sciensano, l’institut belge de la santé.

Ces informations sont précieuses puisqu’elles permettent de rendre compte de l'étendue de la maladie, la distribution des cas sur le territoire, ou encore le nombre de personnes hospitalisées.

Tout semble donc réuni pour faire des cartes interactives ou des graphiques évolutifs montrant comment le coronavirus se répand en Belgique. C’est d’ailleurs ce que font sur leurs sites internet officiels respectifs les ministères de la Santé français et italien.

Et chez nous ? Rien. Le SPF Santé et la ministre De Block ne proposent pas de données ouvertes, des "open data" comme on dit dans le jargon, facile à compiler et à analyser. De quoi agacer la communauté scientifique, Marius Gilbert en tête.

L’épidémiologiste de l’ULB l’a écrit ce mardi sur Twitter : "La communauté scientifique n’a pas actuellement accès aux données brutes concernant le covid-19. C’est un problème majeur qui nous retarde dans les réponses qui peuvent être données à cette épidémie. Il faut d’urgence passer en open data comme le font l’Italie et la France."


►►► À lire aussi : Coronavirus dans le monde et en Europe : les chiffres de l’épidémie avec ces cartes mises à jour quotidiennement


 

Bernard Rentier, recteur honoraire de l’ULiège, est du même avis : "Nous sommes en 2020. Cela fait 15 ans que nous réclamons l’ouverture des données publiques sans restriction. Aujourd’hui, l’explosion d’un cataclysme d’une envergure inouïe donne une idée de la force de la résistance à l’indispensable transparence en cette matière…"

Les journalistes aussi sont nombreux à plaider pour une ouverture des données qu'ils récoltent pour le moment "à la main". Car faire comprendre les mesures de confinement aux citoyens, c’est aussi exposer la réalité des chiffres. La RTBF a contacté à plusieurs reprises le SPF Santé publique et Sciensano à ce sujet, sans réponse positive pour le moment.

La ministre de la Santé apporte pour sa part cette réponse sibylline sur Twitter : "Vous pouvez retrouver les chiffres tous les jours sur le site de Sciensano." C’est vrai, mais certains graphiques compilent toujours plus de données chaque jour, ce qui empêche d’avoir une lecture claire. Par ailleurs, Sciensano remplace à chaque fois le rapport de la veille par celui du jour et ne propose pas d'archives aux internautes.

L’institut belge de la Santé a donc entendu les demandes : l'ouverture des données, c'est pour très bientôt. L’appel de la communauté scientifique, soutenu par le porte-parole interfédéral du coronavirus Emmanuel André, a peut-être accéléré les choses.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK