Quand et comment sortirons-nous vraiment du confinement? Réponse avec l'épidémiologiste Simon Dellicour

Un des nombreux parcs de la région bruxelloise où il est interdit de jouer suite aux mesures de confinement dans le cadre du coronavirus
Un des nombreux parcs de la région bruxelloise où il est interdit de jouer suite aux mesures de confinement dans le cadre du coronavirus - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Depuis l'annonce ce mercredi de la prolongation du confinement jusqu'au 3 mai sur l'ensemble du territoire, une question est sur toutes les lèvres: "A quand le déconfinement?" Nous avons interrogé le Docteur Simon Dellicour. Il est épidémiologiste et chercheur FNRS à l'ULB.

Sommes-nous proches du déconfinement?  

Pour savoir si le déconfinement est envisageable, il faut avant tout examiner la courbe du nombre d'hospitalisations et des admissions en soins intensifs. "Quand on regarde les chiffres, explique Simon Dellicour, on a un début de bonnes nouvelles avec les entrées nettes d'hospitalisations qui diminuent. Par contre, quand on regarde le nombre total de personnes qui sont hospitalisées jour après jour, on est toujours sur un fameux plateau. Il faut que la courbe chute pour amorcer un déconfinement".

L'épidémiologiste reconnait qu'il est très compliqué actuellement de se projeter et de s'avancer sur une date précise de déconfinement. "Mais n'oublions pas qu'au-delà de cette courbe, précise Simon Dellicour, il y a toute une série d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte comme les facteurs psychologiques, les facteurs économiques, les facteurs sociétaux. C'est donc un travail d'équilibriste qui doit être fait par le gouvernement".

A quelles conditions pourrons-nous sortir du confinement? 

La question du déconfinement n'est pas à prendre à la légère, relève d'emblée le Docteur Simon Dellicour. Plusieurs conditions doivent être réunies pour un déconfinement. Premièrement, il faut revenir dans une situation gérable et si possible à la normale à la fois dans les maisons de repos et au niveau du milieu hospitalier. Deuxièmement, la capacité de dépistage doit être beaucoup plus massive que maintenant. "C'est ce qui est en train de se faire mais, pour l'instant, la capacité de tests n'est pas encore assez imposante" précise l'épidémiologiste. Troisièmement, il faut qu'il y ait un suivi de contacts qui soit mis en place, c'est-à-dire la possibilité de retracer les contacts des personnes qui ont été contaminées. Enfin, quatrième condition, le matériel de protection doit être en suffisance pour toutes les personnes qui sont exposées à des personnes infectées. 

Le Docteur Simon Dellicour pointe le problème du moment: la capacité de dépistage. "Même si on a fait énormément de progrès, on n'est pas encore au stade où on peut efficacement déplacer le curseur beaucoup plus tôt dans la chaine d'apparition des symptômes. On teste les gens assez tard, quand ils ont des symptômes assez sévères. Alors que si on a une capacité de dépistage qui est assez massive, on peut dépister les gens dès qu'ils ont l'apparition des premiers symptômes".

Les visites dans les maisons de repos ne sont-elles pas un risque pour le déconfinement? 

Parmi les annonces faites ce mercredi à l'issue du Conseil national de sécurité, les résidents des maisons de repos ou de soin, de centres qui accueillent des personnes porteuses d'un handicap, peuvent désormais recevoir la visite d'une personne, à condition que ce soit toujours la même et qu'elle ne présente pas de symptôme.  

"Si on raisonne froidement en terme d'épidémiologie, déclare le Docteur Simon Dellicour, les chaines de transmission doivent être coupés au maximum, surtout dans les zones à risque. Par contre, on peut entendre d'autres réalités, comme la réalité humaine. On a des personnes qui sont isolées dans des maisons de repos pour lesquelles c'est excessivement dur. De ce point de vue là, je comprends parfaitement qu'il y a un petit relâchement humain. C'est une bonne illustration du travail d'équilibriste auquel est confronté le gouvernement. Le problème ici c'est qu'on est entrain de courir un marathon, pas un sprint. Il faut donc que les mesures qui sont actives pour le moment, soient tenables sur le long terme. Si ce petit relâchement aide à faire en sorte que les mesures soient tenables sur le long terme, je ne le trouve pas insensé. Il n'est pas sans risque mais il n'est pas insensé".

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