Pukkelpop: une tempête exceptionnelle ?

Les rescapés du Pukkelpop
Les rescapés du Pukkelpop - © Belga

Les organisateurs du Pukkelpop disent n'avoir jamais vu une tempête comparable à celle qui s'est abattue hier sur le festival. Ils disent aussi ne pas avoir été informés qu'un tel orage se préparait. "Ce temps n'était pas prévisible", affirment-ils. Des orages aussi violents sont ils exceptionnels ? Pas du tout, à en croire Marc Van Diepenbeek, climatologue à l'IRM (Institut royal météorologique).

Un orage peut toujours être violent et être accompagné de forts dégâts. Ça se produit chaque année et voire même plusieurs fois par année en Belgique. 

"Ici, il ne s'agit pas de tornade, explique Marc Van Diepenbeek, climatologue à l'IRM. Le plus souvent les dégâts dus aux vents sont liés à des rafales descendantes qui  sont très rapides, qui peuvent provoquer comme l'année passée à Ciney la chute du clocher de la collégiale". 

Pression du vent au carré

"En ce qui concerne le Pukkelpop et les dégâts, ce sont les structures, les écrans géants ou les chapiteaux qui favorisent aussi ces catastrophes, dit le climatologue. La structure est déjà en soi plus faible parce que ce sont des choses temporaires. D'autre part, les écrans sont des écrans de surface et il faut savoir que la pression du vent sur une surface est au carré de sa vitesse. Ça veut dire que quand la vitesse devient très forte, la pression peut devenir énorme. Comme ce sont des structures quand même qui ne sont pas permanentes et donc relativement faibles, la chute est plus rapide que dans une structure normale".

Selon l'IRM, "l'orage est arrivé très vite au-dessus de Hasselt

L'orage est arrivé si vite que les organisateurs n'auraient pas pu faire grand chose de plus, a indiqué la porte-parole de l'IRM, Rosianne Verheyden : "La ligne d'averses s'est rapidement développée au-dessus de Bruxelles et s'est déplacée en un laps de temps très court en direction de Hasselt".

L'IRM avait lancé un avertissement général "orange" pour jeudi. Cela signifie que les orages peuvent "causer de graves dommages aux bâtiments, provoquer le déracinement d'arbres, des décharges électriques liées à la foudre et localement des dégâts provoqués par l'eau", peut-on lire sur le site internet de l'Institut.

"De telles situations peuvent aussi constituer une menace pour la vie des personnes. Soyez extrêmement prudents", avertit l'IRM sur son site. Mais concernant le festival Pukkelpop, aucun avertissement particulier n'avait été publié par l'Institut, selon Rosianne Verheyden.

L'IRM qualifie de "violents" et de "très intenses" les phénomènes orageux de jeudi. Des nuages orageux se sont développés, atteignant des altitudes de l'ordre de 13 à 14 km et occasionnant de fortes précipitations, de la grêle et un nombre important d'éclairs. Selon l'Institut, les orages se sont rapidement déplacés du sud-ouest vers le nord-est.

"La présence d'un vent de nord-est en surface, d'une part, et d'un vent de secteur sud-ouest en altitude, d'autre part, explique que certaines cellules orageuses aient été accompagnées de violentes bourrasques", explique encore l'IRM.

Fonds des calamités

Les plus fortes rafales de vent ont été enregistrées à Diepenbeek (83 km/h), soit à moins de dix kilomètres de la plaine de Kiewit. A Hasselt, on a relevé 58,4 mm de précipitations entre jeudi 08h00 et vendredi 08h00.

Avec 36 litres de pluie par mètre carré sont tombés en 20 minutes, la commune de Hasselt pourrait faire appel au fonds des calamités. "Il s'agit de chiffres provenant d'une station de mesure située dans les environs. Normalement, cette quantité de pluie tombe en l'espace d'un mois", a expliqué le commandant des pompiers de Hasselt, Bert Swijsen, lors d'une conférence de presse donnée sur le terrain du festival. 

La bourgmestre de Hasselt, Hilde Claes, a quant à elle insisté sur le fait que les conditions météorologiques avaient été très exceptionnelles. Elle a précisé que, sur les images satellites, une "bande de tempête" était clairement visible au-dessus de la plaine du festival. 

Selon Luc Debontridder, climatologue à l'IRM, 30 litres de précipitations par mètre carré en une heure sont suffisants pour que le fonds des calamités intervienne. Il est toutefois nécessaire que la commune adresse un dossier dans les deux semaines au gouverneur de la province, qui lui même disposera du même laps de temps pour envoyer une demande au ministère de l'Intérieur. Le spécialiste de l'IRM sera alors ensuite chargé par le ministère d'analyser les différentes données disponibles (foudre, précipitations, vent). L'état de catastrophe naturelle pourra être décrété en cas de précipitations exceptionnelles (au moins 60 l/m2 en 24h ou 30 l/m2 en 1h) ou de pointes de vent exceptionnelles (à partir de 120 km/h). Il remettra son dossier au ministère deux ou trois jours plus tard. Le conseil des ministres devra ensuite adopter un arrêté royal. 

Responsabilité

Le Premier ministre en affaires courantes Yves Leterme estime qu'il est encore beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions après le drame de jeudi. Il s'exprimait ce vendredi matin sur les antennes de la VRT. Il a visité, en compagnie de la ministre de l'Intérieur Annemie Turtelboom, le centre de secours établi à Hasselt. Il a exprimé sa confiance dans les "instances compétentes" pour gérer la situation. 

Annemie Turtelboom a souligné pour sa part que les services de secours avaient réagi promptement. Elle a mentionné la possibilité de tenir davantage compte à l'avenir des prévisions météo. Ce à quoi la ministre flamande de la Culture Joke Schauvliege a estimé que déplacer des milliers de personnes sur base de prévisions météorologiques n'était pas sans risque. 

Le débat est ouvert. On en reparlera encore dans les heures et les jours qui viennent. 

Un témoin charge les organisateurs

Selon un témoin interrogé par la chaîne néerlandaise NOS, les organisateurs avaient annoncé que les tentes du Pukkelpop étaient en mesure de résister à de mauvaises conditions météorologiques, notamment à une tempête de 9 Beaufort. L'organisateur du festival, Chokri Mahassine, a démenti la diffusion d'une telle information.

Pour Chokri Mahassine, les organisateurs ont dû faire face à des conditions météorologiques auxquelles ils n'ont jamais été confrontés. Et de préciser, au cours d'une conférence de presse, qu'ils étaient en permanence en contact avec l'IRM.

L'organisateur a indiqué lors d'une conférence de presse sur la plaine de Kiewit que l'organisation employait "le meilleur matériel pour les podiums". "Nous sommes félicités par les artistes et les agences du monde entier pour nos podiums. Pendant l'orage, aucun podium ne s'est effondré", a souligné Chokri Mahassine.

"Nous n'avons pas de leçons à recevoir quant au matériel que nous employons pour les podiums", a également répondu Chokri Mahassine à la question d'un journaliste néerlandais qui faisait référence à l'effondrement, le 13 août dernier, d'un podium lors d'un festival à Indianapolis.

A aucun moment, les organisateurs n'ont fait état d'un danger. Ils ont laissé faire, relève encore le site internet de NOS. Selon NOS, dont un des rédacteurs suivait l'événement, la pagaille régnait jeudi sur le site du festival. Les gens couraient dans tous les sens, la communication des organisateurs a été mauvaise et les ambulances ne savaient où aller.


JFH avec Belga et Jacqueline Liesse

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