Publicités politiques sur Facebook : que sponsorisent les partis à deux semaines des élections ?

Publicités politiques sur Facebook: que sponsorisent les partis à deux semaines des élections?
Publicités politiques sur Facebook: que sponsorisent les partis à deux semaines des élections? - © Tous droits réservés

Depuis que Facebook a lancé sa « bibliothèque publicitaire », il est possible d’avoir une idée plus précise des campagnes sponsorisées des partis politiques sur le réseau social. Mais cela n’empêche pas de voir défiler dans notre timeline tout et n’importe quoi.

Qui fait quoi sur Facebook ?

Nous avions fait l’exercice début avril. En une semaine en début de mois, le PS et Groen étaient les grands vainqueurs du spam avec respectivement 32 et 56 campagnes.

Un mois plus tard, où en est-on ? Difficile d’avoir un aperçu global car, au-delà de la page principale des partis, les sections locales et les candidats eux-mêmes sponsorisent des posts. Mais voici des analyses concernant les pages des partis.

MR

Le MR s’est bien lâché durant tout le mois d’avril avec les principaux points de son programme décliné en 81 publications sponsorisées.

Mais, en ce début mai, il semblerait que le parti de Charles Michel ait changé sa stratégie : place à l’attaque. La cible des bleus ? Les verts. Sur les douze derniers posts du Mouvement Réformateur sur Facebook, quatre mentionnaient nominativement Ecolo ou faisaient référence à son programme, quitte à parfois se prendre les pieds dans le tapis.

cdH

Quand on se rend sur le récapitulatif de la page cdH, on a un peu de mal à suivre. La même campagne est déclinée de multiples fois, ce qui ne simplifie pas l’analyse. Si on se fie à l’outil de Facebook, le cdH aurait sponsorisé 21 posts en avril et 92 en mai, déclinant des campagnes axées sur la santé, le bien-être animal et les pensions.

Défi

La communication digitale de Défi semble similaire à celle du cdH : beaucoup de posts (25 en avril, déjà 74 en mai), mais sur lesquels le parti investit moins de 100 euros par post. Une différence : on retrouve principalement des vidéos des personnalités du parti, ce qui n’était pas le cas du cdH. Un décor sobre devant lequel tout le monde présente sa mesure-phare. Si l’on va sur la page Facebook de Défi, on remarque que le parti ne fait plus que des posts sponsorisés.

PS

On dénombre 33 publications sponsorisées via le compte principal du parti socialiste en avril et déjà 45, rien que sur les 8 premiers jours de mai. Le PS a choisi de mettre en avant les grandes figures du parti, en personnifiant ses vidéos : Elio Di Rupo, Frédéric Daerden, Ahmed Laaouej, Julie Fernandez-Fernandez, Caroline Désir, etc. dans leur ville respective. Les dessins animés n’ont peut-être pas bien fonctionné le mois passé.

Vlaams Belang et PP

De nombreux internautes nous ont signalé des contenus sponsorisés par l’extrême droite (cf. plus bas).

Via sa page principale, le Vlaams Belang a publié 61 campagnes sponsorisées et le parti flamingant a aussi décidé d’investir dans sa communication vers les Belges francophones. En effet, le Vlaams Belang a créé le 20 avril dernier une page en français via laquelle il a déjà posté 76 campagnes depuis lors. On peut y voir des vidéos avec Marine Le Pen, Matteo Salvini, les grands soutiens à l’étranger du parti.

Quant au PP, depuis avril, il a sponsorisé 10 campagnes avec notamment un budget allant de 1000 à 5000 euros pour une vidéo intitulée « La Belgique n’est pas le CPAS du monde ».

Ecolo

Les verts francophones ne semblent pas très actifs via leur compte principal : 3 campagnes en avril et 7 en ce début mai. L’achat via Facebook n’est visiblement pas une priorité dans la communication du parti.

À signaler : une des vidéos d’Ecolo a été retirée parce qu’elle contrevenait aux règles publicitaires de Facebook. Nous n’avons pas compris le problème exact.

PTB

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le PTB ne mise pas sur les publications sponsorisées pour toucher les citoyens. Aucune campagne en avril et une seule campagne en ce début mai pour laquelle le PTB a investi entre 100 et 499 euros. C’est très peu par rapport aux autres. L’objet de cette campagne ? Trouver des bénévoles pour distribuer des toutes-boîtes, des tracts ou… « faire campagne sur les réseaux sociaux ».

Agacement des internautes

En « scrollant » son fil Facebook ce matin, Guillaume est tombé sur pas moins de quatre publications sponsorisées en l’espace de quelques minutes : une campagne du PS axée sur les questions LGBT, le candidat MR Georges-Louis Bouchez qui partage une rencontre citoyenne dans le Tournaisis et le candidat Défi Renaud Duquesne qui fait sa promo.


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Il continue de parcourir sa page. En trois minutes à peine, s’ensuivent des posts sponsorisés du Vlaams Belang, du MR et de la candidate cdH Manon Mogenent : « En vrai, mon fil est bombardé ! », s’exclame Guillaume.

Ce que Guillaume voit est sans nul doute différent de ce que quelqu’un de l’autre sexe, dans une autre région, d’une autre tranche d’âge ou avec d’autres centres d’intérêt va voir apparaître. Si vous cliquez sur les trois petits points situés en haut à droite de la publication sponsorisée, vous pouvez ainsi accéder aux raisons principales qui font de vous une « cible ». En résumé, il s’agit de votre profil Facebook et des lieux où vous vous connectez à Internet.

Stevie a fait le test avec une publication en français du Vlaams Belang : « Facebook, c’est quand même un des rares endroits où tu ne peux pas voir un téton mais tu peux allègrement être ciblé par des messages politiques de l’extrême droite. Et quand tu te rends compte que le Vlaams Belang te cible 'parce que tu es intéressé par 'The Voice Belgique', tu te dis que le targeting est vraiment au taquet », ironise-t-il.

Un pas vers plus de transparence

Jusqu’à récemment, il était impossible d’avoir une vue exhaustive sur ce que les partis sponsorisaient sur Facebook et pourquoi. Depuis le mois de mars, Facebook tente de faire preuve de plus de transparence en obligeant les partis politiques à s’inscrire dans une base de données « politique » et rendre public l’ensemble de leurs posts sponsorisés ainsi que quelques statistiques : principalement budget des campagnes, localisation, sexe et tranches d’âge des personnes visées.


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Le réseau social de Mark Zuckerberg a ainsi mis à disposition des internautes européens une bibliothèque publicitaire censée contenir « les données sur chaque publicité active ou inactive liée à la politique et aux débats d’intérêt général au sein de l’UE, et qui a été diffusée à partir de mars 2019 », peut-on lire sur le site. Ces informations seront disponibles pendant sept ans.

Comment se protéger de ces publicités ?

Au niveau européen, il n’existe pas de législation particulière et chaque pays y va de son initiative balbutiante, comme l’expliquait le journal français Le Monde en mars dernier. En Belgique, rien n’empêche les partis de sponsoriser leurs messages sur Internet et dans la presse écrite (cela reste interdit à la radio, à la télé et dans les salles de cinéma).

En tant qu’internaute, il vous reste la possibilité de masquer les publications d’un compte pendant 30 jours (en cliquant dans le haut à droite de la publication sponsorisée). De quoi laisser passer les élections, et donc le raz-de-marée publicitaire.

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