PTB-GO!: "Une gauche radicale plutôt qu'une extrême gauche"

PTB-Go : "Une gauche radicale plutôt qu'une extrême gauche"
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Le Parti du travail de Belgique (PTB), la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et le Parti communiste (PC) se sont unis sous le sigle PTB-GO! Peut-on parler de révolution au sein des petits partis de gauche? Et cette nouvelle coalition constitue-t-elle un danger pour les partis traditionnels. Selon le politologue Jean Faniel, c'est dans le monde syndical que la gauche radicale pourrait avoir un impact.

Sans vouloir utiliser le mot "révolution", Jean Faniel, directeur du CRISP (Centre de recherche et d'information socio-politiques) évoque un véritable changement au sein de la "gauche de la gauche". Depuis le début des années 90 ont toujours existé des listes qui se concurrençaient et se recomposaient, mais jamais toutes ensemble. "Cette fois, tous les partis se réunissent. Le PSL (Parti Socialiste de Lutte) ne fait pas partie du PTB-GO!, mais appelle à voter pour la liste. C’est une première."

Une situation d’autant plus surprenante, explique le politologue, que le PTB, parti le plus radical, historiquement marxiste, fédère autour de lui tous les autres: "Ce parti héritier des formations maoïstes des années 70 a longtemps vivoté avec une organisation militante importante. Mais ce parti sectaire, a progressivement changé vers 2000, en faisant évoluer son slogan de ‘Faites payer les riches ‘ à ‘Les gens d’abord ‘, avec toujours la défense des opprimés et des travailleurs"

Le PTB a changé

Pour Jean Faniel, le PTB n’est plus bolchévique, car si son message a changé, c’est aussi le cas de son organisation. "Le PTB s’est renforcé sur le plan local. Les militants ne sont plus uniquement des acharnés et, comme dans les autres partis, ils sont plus nombreux. Cela induit des changements à l’intérieur même du parti. Les cadres restent aux manettes mais il y a des évolutions provoquées par un plus grand nombre des militants ayant des visions différentes." Le PTB a aussi changé en s’ouvrant progressivement à l’égard des autres partis politique. Et notamment en ralliant le PC qui était acquis en région liégeoise, mais moins dans le Hainaut. "Le PTB a infléchit son discours vers le mouvement écolo et environnemental. "

La politique d’un côté et la communication de l’autre?

Le politologue dit ignorer s’il existe deux lignes au sein du parti: l’une stalinienne et l’autre basée sur la communication au grand public. "Il faudrait être dans la première ligne pour le dire, mais c’est encore un parti centralisé, notamment en termes de communication, sans que l’on puisse dire s'il existe deux lignes étanches. "

Pour Jean Faniel, la nouvelle formation ne peut plus être qualifiée d’ ‘extrême gauche.’ : "’Extrême’ implique une restriction des libertés. Il faut davantage parler de gauche radicale, dans le sens où elle veut prendre les problèmes à la racine, avec des changements de société, en modifiant les rapports de force. "

PTB-Go : Die Linke allemand ou Front de gauche français?

Jean Faniel hésite à comparer le PTB aux partis radicaux de gauche français ou allemands qui sont issus d’un PC historique et de personnalités du parti socialiste. "En Belgique, il n’y a pas eu de larges détachements du PS pour rejoindre les rangs du PTB". Il préfère comparer le PTB au SP néerlandais qui réalise des scores importants aux Pays-Bas en revendiquant la baisse des prix des médicaments et de la TVA sur l’énergie.

Double impact sur les prochaines élections

Le PTB n’a cessé de progresser depuis les élections de 2000. "Il y a une dynamique, analyste Jean Faniel. Ensuite il y a une volonté de rassemblement des différentes formations de la gauche radicale. C’est ici une nouveauté. Ce rassemblement pourrait être le saut supplémentaire qui permettra au PTB d’avoir des élus".

Mais toute la question est de savoir à qui les nouveaux sièges pourraient être pris. "Politiquement, le PS et Ecolo peuvent avoir du souci à se faire du point de vue du discours. Mais sur le plan électoral, il faut relativiser. En, 2012 le PTB a progressé mais pas au détriment des PS ou d’Ecolo. Ce ne sont pas nécessairement des vases communicants. Avec des exceptions comme à Seraing et Flémalle où les sièges ont été pris au PS. "

Finalement, un grand changement apporté par la dynamique de la gauche radicale pourrait être la division qui apparaît au sein des rangs syndicaux. "Une ligne de division s’affirme au sein de la FGTB. Le syndicat pourrait soutenir différentes branches. C’est la première fois qu’une régionale de la FGTB supporte un parti qui n’est pas le PS. "

Jean-Claude Verset

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