Propos haineux et racistes envers Cécile Djunga : six mois de prison dont 15 jours ferme

Le tribunal a condamné le prévenu, A. V. à une peine d’emprisonnement de 6 mois dont 15 jours ferme et une amende de 1600€. Le prévenu avait déblatéré un discours insultant sur Facebook au sujet des origines africaines de l’animatrice. Exaspérée par la répétition de ce type de message régulièrement adressé, l’animatrice de la RTBF Cécile Djunga avait fini par déposer plainte devant la Justice. Elle avait été rejointe dans sa procédure par UNIA, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances.

Cécile Djunga satisfaite des limites mises par la Justice

Très émue à la sortie de l’audience, Cécile Djunga est heureuse que la Justice vienne sanctionner des attitudes inadmissibles dans notre société au XXIeme siècle : "Je suis satisfaite que la justice prenne au sérieux le danger du cyber harcèlement. On a entendu tout le dossier qui était assez lourd, c’est pour cela que je suis émue, parce qu’il y a beaucoup de violences". Pour son avocate Audrey Adam, l’avocate de Cécile Djunga, ce jugement est conforme à ce qu'on est attendu d'un Etat de droit : "Se réjouir de l’agression, l’espérer mortelle, tout cela ce sont des éléments qui incitent à la haine et à la violence et qui dépassent vraiment les limites".

Le prévenu a incité à la violence en raison d'un préjugé raciste

Lors de l’examen du compte Facebook a rappelé le président du tribunal, la police a dénombré de nombreux commentaires agressifs et racistes adressés à l’animatrice dont le message : "Voir votre sale race m’insupporte. Si vous deviez subir une agression, espérons la mortelle." Une évidente incitation à la discrimination et à la haine. Lors d’une perquisition à son domicile, le prévenu a demandé à voir un médecin pour faire perdre du temps aux policiers et n’a exprimé par la suite aucun remord ou excuse ajoutant même : "que Djunga n’aurait pas été victime de racisme si elle était restée en Afrique." La seule chose qu’a reconnu le prévenu comme problématique dans ses messages, c’est son orthographe. Plus inquiétant, le prévenu ne voit pas où est le problème et affirme qu’il sera même plus virulent à l’avenir. Aucun doute qu’il a incité à la violence envers Djunga en raison d'un préjugé raciste reposant sur la couleur de peau. Il encourage ses lecteurs à s’en prendre à l’animatrice jusqu’à une agression mortelle. Et c’est bien le racisme le motif. Il écrit : "Djunga n’a rien d’une gauloise". Il a confirmé lors de son audition : "n’avoir aucun regret, avoir exprimé son opinion". Le tribunal se dit inquiet face au comportement de cet homme qui n’entend pas changer de comportement puisque c’est "son combat pour la liberté d’expression". Pour le tribunal "cette liberté n’est pas absolue et ne peut servir de paravent pour des propos racistes, haineux, discriminants dans notre société multiculturelle". 

Aucun doute sur la matérialité des faits avait estimé le ministère public

La procureure avait requis une peine de six mois de prison ferme et une amende de 250 euros pour propos racistes et haineux. Elle avait estimé qu’il n’y avait " aucun doute sur la matérialité des faits", à savoir une incitation à la haine et à la violence au travers de propos racistes, tenus par le prévenu, dans un commentaire d’une vidéo de Cécile Djunga, postée sur Facebook en septembre 2018.

Des incidents de procédure en raison de l’attitude du prévenu

Le jugement intervenu n’est pas définitif car le prévenu a été jugé par défaut. Il peut donc faire opposition à ce jugement ce qui entraînerait l’organisation d’un nouveau procès au terme duquel le prévenu aura encore la possibilité de se pourvoir en appel. Pour rappel, ce procès a été émaillé d’une série d’incidents de procédure. Le prévenu ne s’était pas présenté devant la chambre du conseil, puis à l’ouverture du procès il s’était présenté sans avocat ce qui avait entraîné un report. Au terme de ce premier procès, ce sont pas moins de trois avocats qui se seront succédés coté défense, et au final aucun n’aura plaidé, le dernier jetant l’éponge après s’être vu refuser un second report réclamé par lui pour préparer la défense. Ce qui avait entraîné à sa suite le départ de son client, le prévenu étant finalement jugé par défaut. Seules les parties civiles auront finalement plaidé pour réclamer justice.

Deux fois plus de signalements pour racisme chez Unia par rapport à 2019

Quelques chiffres communiqués par Unia permettent de découvrir qu’il y a eu 3684 signalements pour racisme, soit une augmentation de 49% par rapport à 2019. Ce qui a entraîné l’ouverture chez Unia de 956 dossiers, soit une augmentation de 20% par rapport à la moyenne des 5 dernières années. A souligner, près d’un quart de ces dossiers concernent des propos tenus sur les réseaux sociaux (publication sur Facebook, Twitter).

Archives de l'émission A votre avis du 10/06/2020 avec Cécile Djunga

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK