Propos d'Emir Kir: "Des amalgames insupportables avec la même terminologie qu'Erdogan"

La sortie du bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir (PS) a fait bondir ces associations.
La sortie du bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir (PS) a fait bondir ces associations. - © THIERRY ROGE - BELGA

"Nous venons d’être frappés par un incendie volontaire, haineux à l’égard d’une institution bien connue et au-dessus de tout soupçon, si ce n’est leur origine ethnique à savoir être kurde aux yeux de certains. En face de cela nous avons une intervention inacceptable d’un bourgmestre et homme politique en vue du PS."

Dans un communiqué commun, quinze associations – pour la plupart des associations d'Arméniens de Belgique – dénoncent les agissements jeudi des manifestants pro-Erdogan à l'encontre de l'Institut Kurde de Bruxelles (basé à Saint-Josse), cible notamment d'un feu de bengale.

"Il n’a aucune empathie"

Mais plus encore, ce sont les propos tenus par le bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode, Emir Kir, qui sont pointés du doigt par les signataires, parmi lesquels l'Institut Kurde de Bruxelles lui-même. Le socialiste avait estimé que la manifestation pro-kurde avait en fait vu défiler "des militants de l'organisation terroriste PKK". Pour lui, "c'est comme si on permettait à Madrid de faire une manifestation pour Daesh, ce serait insupportable pour les Belges qui ont vécu les attentats".

Une sortie qui fait bondir les associations : "Dans son intervention, il utilise des amalgames insupportables avec la même terminologie qu’Erdogan sans aucune nuance. Il n’a aucune empathie pour des dizaines de parlementaires journalistes, académiciens arrêtés ou risquent d’être arrêtés, mais une compréhension sans borne voir une légitimation des actes criminels", jugent-ils, faisant référence à la situation en Turquie, où l'opposition, les journalistes, les minorités notamment "sont dans les collimateurs du pouvoir dictatorial, basé sur la suprématie du chef".

"Les personnes incendiaires d’aujourd’hui et d’hier se sentent 'soutenues' et intouchables, car à ce jour personne n’a été poursuivi. Au vu et au su de tout le monde, un convoi de voitures passe en scandant des slogans racistes, haineux et incendie un bâtiment sans être inquiété."

Réaction "timorée" d'Elio Di Rupo

Les associations signataires poursuivent : "Le rôle d’un bourgmestre est de s’occuper de la sécurité de tous ses administrés sans distinction. Mais un parti pris tel qu'à Saint-Josse est simplement inadmissible. La réaction de M. Kir, dont on connaît son négationnisme par rapport au génocide de 1915, son inaction dans les incendies précédents, concernant notamment l’institut kurde de Bruxelles".

Ils critiquent également la réaction, jugée "timorée", du président du parti socialiste Elio Di Rupo qui, "pour l'énième fois", demande "des clarifications sans aller plus loin".

"Un opportunisme qui fait retourner un certain Emile Vandervelde (ministre d'État, grande figure du socialisme belge, qui a notamment donné son nom au centre d'études du PS, ndlr) dans sa tombe. Aucun autre ténor de PS ne se sent concerné visiblement. Nous ne pouvons que dire 'Emile réveille toi, ils sont devenus fous'."

"Ne pas laisser le pouvoir dictatorial d’Erdogan dans la vie politique belge"

Et les associations de conclure : "Devant ce scandale nous appelons l’opinion publique démocratique pour dire stop à ces agissements, et ne pas laisser le pouvoir dictatorial d’Erdogan d’ingérer et/ou manipuler la vie politique en Belgique et en Europe".

Parmi les signataires de ce communiqué commun, on retrouve notamment, outre l'Institut Kurde de Bruxelles, le Comité des Arméniens de Belgique, le Centre d'information non-gouvernemental sur la Turquie, l'Institut Assyrien de Bruxelles, l'Union syriaque européenne ou encore la Maison du Peuple de Bruxelles.

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