Prolongation du nucléaire en Belgique : il est minuit moins une pour Engie qui entend arrêter ses investissements

Prolongation du nucléaire en Belgique: il est minuit moins une pour Engie qui entend arrêter ses investissements
Prolongation du nucléaire en Belgique: il est minuit moins une pour Engie qui entend arrêter ses investissements - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

La direction d’Engie l’a décidé et l’a communiqué ce mardi à l’ensemble de son personnel. Elle arrête ses investissements dans le nucléaire. En d’autres termes, le nucléaire en Belgique, c’est fini en 2025, conformément à la loi de sortie du nucléaire votée en 2003.

C’était dans l’air. Engie-Electrabel envoyait depuis plusieurs semaines des avertissements au gouvernement Vivaldi et à sa ministre de l’énergie, Tinne Van der Straeten. Si l’entreprise n’obtenait pas une position claire du gouvernement avant fin 2020 pour une prolongation des deux plus récentes centrales belges, Doel 4 et Tihange 3, elle ne pourrait pas assurer la poursuite des travaux de leur mise en conformité, ni commander à temps le matériel de sécurité et le combustible nécessaire (la matière fissile) pour les faire fonctionner.

Pas de prolongation du nucléaire après 2025 pour le gouvernement, Engie acte et arrête ses investissements dans le nucléaire

Or, la ministre de l’Energie s’est tenue à ses positions. Pas de prolongation prévue après 2025. Mais elle s’était laissée jusque fin 2021 pour changer d’avis si l’approvisionnement énergétique du pays était en question.

Dans son discours adressé au personnel, Thierry Saegeman, le patron du nucléaire belge chez Engie-Electrabel a acté : "Cette position très ferme du gouvernement nous oblige à nous préparer pour un changement de cap. Nous devons maintenant tous focaliser toutes nos ressources, en personnel et matériel en vue de la préparation à la mise à l’arrêt définitive et du démantèlement de nos 7 unités. […] Cela signifie, pour nous, que nous accélérons une sortie complète du nucléaire en 2025."

Prolonger les centrales nucléaires : un pari trop risqué pour Engie-Electrabel mais quid de l’approvisionnement énergétique ?

Selon plusieurs spécialistes en énergie, l’entreprise se trouve face à un mur au niveau industriel. Des équipes travaillent par centaines au niveau ingénierie à la prolongation des deux centrales nucléaires. Mais aujourd’hui, l’entreprise estime que l’investissement est trop important. Les chances de prolongation sont trop mineures, donc Engie-Electrabel tire la prise. Les équipes arrêtent de travailler à la prolongation.

Patrick Hendrick, professeur en aéro-Thermo-Mécanique à l’ULB (Université Libre de Bruxelles) surenchérit : "La situation d’Engie-Electrabel est très compliquée. Ils ont toujours demandé une décision claire pour décembre 2020. Ils doivent faire des investissements. Si on leur dit qu’en 2021, ils ont fait ces investissements pour rien. Ils sont coincés."

Prolonger les centrales est donc un pari trop risqué pour Engie-Electrabel. L’entreprise veut préparer son avenir, en participant, notamment, à la construction des centrales au gaz en remplacement des centrales nucléaires. Pour les centrales nucléaires, Engie-Electrabel, a toujours, par ailleurs, évoqué une prolongation de 10 ou 20 ans et non pas 5 ans, histoire de faire du bois de rallonge pour assurer la transition énergétique.

Aurons-nous des centrales au gaz en 2025 ?

Reste une grosse inconnue. Les centrales au gaz seront-elles construites à temps et donc avant 2025 ?

Pour Patrick Hendrick, la situation n’est claire pour personne. Il n’y a pas de plan détaillé de sortie du nucléaire alors que la loi de sortie du nucléaire est votée depuis 2003. Et les calendriers de construction des centrales gaz vapeur (TGV) sont vraiment très serrés.

Une chose est sûre, nous perdrons 6000 MW d’électricité avec le démantèlement complet des centrales nucléaires. Entre 3000 et 4000 MW d’électricité fournis par les centrales gaz, seront nécessaires pour éviter tous les problèmes de sécurité d’approvisionnement.

L’objectif reste de finaliser la construction de ces centrales gaz pour 2025. un objectif jouable, mais qui ne tient pas compte des recours possibles de riverains. Pour utiliser une métaphore,  c’est comme sauter de l’avion sans parachute ou plutôt tout en cousant les morceaux de ce parachute en sautant. Si on n’arrive pas à coudre dans les temps, le choc risque d’être très brutal. Il ne faut pas oublier qu’on attend toujours le feu vert de l’Europe pour pouvoir construire ces nouvelles centrales au gaz.

Une nouvelle tout autrement analysée par la ministre de l’Energie Ecolo- Groen Tinne Van der Straeten qui, ce mardi sur le plateau Terzake de la VRT, commentait : "Je suis heureuse que l’un des plus grands opérateurs de notre pays dise : nous prenons note de l’accord de coalition et nous nous engageons dans l’accord de coalition".

Interrogée cette après-midi, Anne-Sophie Hugé, la porte-parole d'Electrabel déclarait qu'Engie-Electrabel se tenait toujours à la disposition du gouvernement pour contribuer à la sécurité d'approvisionnement électrique du pays. L'entreprise garde deux options ouvertes tout en ayant conscience des contraintes importantes qu'elles génèrent.

Une chose est sûre, côté politique et côté entreprise, le tempo n’est pas du tout le même. Celui qu’impose la nouvelle ministre de l’énergie, n’est visiblement pas du goût d’Engie, qui, avec cette annonce, choisit de mettre le gouvernement au pied du mur. Si la solution des centrales au gaz ne répond pas à l’agenda, Engie n’entend pas jouer les prolongations pour offrir un plan nucléaire de secours. Ou alors ce sera très compliqué. 

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