Prolongation de l'autorisation du glyphosate: réactions des ministres et des organisations

Carlo Di Antonio, ministre wallon de l'Environnement.
Carlo Di Antonio, ministre wallon de l'Environnement. - © ERIC LALMAND - BELGA

"Une triste décision de l'Europe", juge lundi le ministre wallon de l'Environnement Carlo Di Antonio (cdH) après que l'Union européenne a décidé de renouveler l'autorisation du glyphosate pour cinq ans. Pour son homologue bruxelloise Céline Fremault (cdH), "l'UE ne tient compte ni de l'opinion des citoyens ni de leur santé."

"L'application élémentaire du principe de précaution s'est heurté à la force de l'industrie phyto", estime carlo Di Antonio dans une première réaction publiée sur le réseau social Twitter. "La Belgique a voté contre le renouvellement mais 18 pays ont décidé autrement. J'espère que le fédéral interdira la commercialisation en Belgique", ajoute-t-il.

"Où est le principe de précaution dans cette décision? ", renchérit la ministre bruxelloise de l'Environnement Céline Fremault sur le réseau social. "L'UE ne tient compte ni de l'opinion des citoyens ni de leur santé. Interpellant! ", estime-t-elle, rappelant que la substance est déjà interdite dans la région-capitale.

Denis Ducarme (MR), ministre de l'Agriculture, a également déploré la position adoptée par ses collègues. Ecoutez ci-dessous sa réaction au micro de la RTBF.

Dans un communiqué, le groupe PS au Parlement wallon déplore "un très mauvais signal" de l'Union européenne. "Nous demandons donc à la Belgique indépendamment de la décision prise par une majorité d'Etats membres, de dès aujourd'hui, proposer au plus vite des alternatives aux professionnels et d'interdire immédiatement toute utilisation du glyphosate. C'est une question de santé publique", ajoutent les socialistes wallons.

Eurodéputés belges partagés

Si certains déploraient un mauvais signal envers les citoyens européens, d'autres se réjouissaient que les agriculteurs puissent continuer à utiliser le produit. "L'autorisation du glyphosate renouvelée pour 5 ans. Une majorité d’États membres (18 dont l'Allemagne) n'a malheureusement pas tenu compte du principe de précaution, au détriment de la protection de la santé des citoyens. Irresponsabilité dans le chef de ces représentants! ", a twitté Claude Rolin (CDH)

Sur le même réseau social, la libérale Frédérique Ries, coauteure d'une résolution sur l'interdiction du glyphosate, a qualifié la décision de lundi de "victoire à la Pyrrhus de la Commission". "Pas le bon signal pour les citoyens européens. La Commission européenne doit s'engager dans une réforme profonde du modèle agricole", a-t-elle ajouté.

La N-VA a également regretté la décision prise lundi. "A nouveau une occasion manquée pour l'Europe de placer en premier la santé publique et l'environnement", a souligné Mark Demesmaeker.

"En dépit de la présomption de conflits d'intérêts, de dysfonctionnements des agences européennes et de falsifications des études scientifiques, la Commission européenne a pris le parti de l'industrie au détriment des consommateurs et de la santé publique. Elle avait pourtant le choix", ont dénoncé les Verts par la voix de la Française Michèle Rivasi. C'est la proposition de la Commission que les États membres ont approuvée lundi. Les Verts appellent à la création d'une commission d'enquête sur le sujet.

La seule à saluer l'autorisation pour cinq années supplémentaires était Hilde Vautmans (Open Vld). "J'applaudis le fait que nos agriculteurs puissent encore utiliser leurs produits durant les cinq prochaines années", a-t-elle commenté. "Je demande cependant à l'industrie de produire entre-temps des alternatives et de les commercialiser."

"Une décision scandaleuse et dangereuse"

"On ne s'attendait pas du tout ce que l'autorisation du glyphosate soit renouvelée sans restriction. C'est une décision scandaleuse et dangereuse", réagit Thomas Leroy, porte-parole de Greenpeace Belgique. Le glyphosate est classé "probablement cancérigène" par un organisme de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), rappelle l'organisation environnementale.

"Les personnes chargées de nous protéger ont échoué. La Commission comme la majorité des États membres ont eu plus peur d'éventuels procès que de bafouer le principe de précaution en acceptant un produit potentiellement dangereux pour la santé des citoyens", s'inquiète Thomas Leroy.

La Fugea dénonce "l'hypocrisie politique de certains Etats"

La Fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs (Fugea) s'indigne lundi, dans un communiqué, de la décision d'une majorité d'Etats membres européens de prolonger pour cinq ans l'autorisation de mise sur le marché du glyphosate, une substance active utilisée dans des herbicides.

La Fugea, qui dit soutenir la position belge en la matière, dénonce "l'hypocrisie politique de certains Etats qui préfèrent soutenir la santé économique des multinationales au détriment de celle du citoyen et du respect de notre agriculture."

Pour la fédération agricole, cette autorisation du glyphosate pour 5 ans "doit absolument être couplée à un engagement citoyen et politique ambitieux d'accompagnement technique et de recherche d'alternatives afin d'être en mesure d'éventuellement mettre un terme définitif au glyphosate, dans 5 ans, sans pénaliser les agriculteurs".

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