Problème local, régional ou fédéral ? Le MR pris au piège de Linkebeek

L'écharpe mayorale, un bien précieux dans certaines communes de la périphérie bruxelloise.
L'écharpe mayorale, un bien précieux dans certaines communes de la périphérie bruxelloise. - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Au soir de la nomination d'Yves Ghequiere comme bourgmestre de Linkebeek par la ministre flamande des Affaires intérieures Liesbeth Homans (N-VA), le MR s'empressait de réitérer son soutien à Damien Thiéry, déchu de son écharpe mayorale. Un soutien qui, pour certains, se doit de respecter un impératif: ne pas mettre en danger les fragiles équilibres politiques du fédéral.   

Un problème local pour Chastel

"Je regrette l'acharnement de la ministre Homans dans ce dossier", avait indiqué le président du MR, Olivier Chastel, dans un communiqué. Avant d'ajouter qu'"Il s'agit malheureusement d'une énième péripétie dans ce dossier, certainement pas de son épilogue".

Prolixe, il avait en outre déploré que Mme Homans suive les traces de ses prédécesseurs au gouvernement flamand. "Ils ont systématiquement refusé de nommer Damien Thiéry comme bourgmestre de Linkebeek et ce, malgré le soutien massif de la population lors des élections communales. Cette décision intervient alors que rien ne peut être reproché aux autorités linkebeekoises dans la gestion de la commune"

Olivier Chastel avait enfin ré-affirmé que son parti "soutiendra Damien Thiéry et la majorité linkebeekoise dans son combat pour faire respecter le choix démocratique et ce dans toutes les démarches juridiques qu'ils jugeront utile d'entreprendre".

Vendredi, Olivier Chastel redimensionnait cependant le débat: "C'est un problème initié par le gouvernement flamand précédent et dans lequel la N-VA n'était pas, de plus c'est un problème local. J'en ai d'ailleurs déjà parlé à mon homologue de la N-VA, tout en tenant compte du fait qu'il y a une séparation des pouvoirs entre ce qui se passe au fédéral et ce qui se passe dans la commune de Linkebeek et cela n'a évidemment rien à voir avec le fédéral". Il est vrai qu'au fédéral, sa formation est au pouvoir, notamment avec la N-VA. 

"Damien Thiéry s'est trompé"

Une position qui n'étonne pas les fédéralistes démocrates francophones (FDF). "C'est la preuve que la N-VA n'entend nullement respecter une trêve communautaire. Elle met aussi en évidence que le Premier ministre Charles Michel n'est même pas capable d'imposer le respect du suffrage universel à son partenaire privilégié, dont il vante tant la loyauté", a affirmé Olivier Maingain. 

Pour le président FDF, cela démontre "une fois de plus" que les partis qui ont accepté la scission de BHV sans élargissement de Bruxelles dans le cadre de la dernière réforme de l'Etat "ont abandonné les 120 000 francophones de la périphéries aux abus et discriminations voulus par les nationalistes flamands".

Olivier Maingain a par ailleurs fait mention du "lâchage en rase campagne" de Damien Thiéry, ancien FDF, par le Mouvement réformateur "qui continue de privilégier son alliance avec la N-VA. Damien Thiéry a cru à tort qu'en passant chez les libéraux, il allait se sauver".

Un problème au moins régional pour Reynders

Pour le ministre des Affaires étrangères, le dossier va pourtant au-delà d'une simple querelle linguistique. Il en profite au passage pour égratigner ses partenaires dans la majorité fédérale, N-VA, CD&V mais également OpenVLD, présents également dans la majorité flamande. "Pour nous, ce n'est pas un problème local. C'est un problème qui a toujours été plus loin. C'est un problème que l'on va avoir entre la commune et le gouvernement flamand. Et pas seulement une ministre, mais tout le gouvernement flamand doit à un moment donné prendre ses responsabilités. Car je constate qu'au gouvernement flamand, et il y a tout un gouvernement flamand qui est en place, il y a une décision qui n'est pas correcte. Une décision qui va à l'encontre de la volonté d'apaisement qui est celle de toutes les formations politiques, à priori autour de la table".

Juridiquement inattaquable 

Mais d'un point de vue légal, les juristes sont d'accords. Liesbeth Homans n'usurpe ici aucun droit. Un arrêt rendu le 18 décembre 2014 par l'Assemblée générale de la section du contentieux administratif du Conseil d'Etat avait en effet rejeté le recours introduit par Damien Thiéry contre sa non-nomination. La ministre a donc tout à fait le droit de nommer un autre bourgmestre.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK