Prisons: "Les détenus les plus radicaux sont ceux qui se font les plus discrets"

Les détenus les plus radicaux envoyés à Ittre ou à Bruges
Les détenus les plus radicaux envoyés à Ittre ou à Bruges - © Monika WACHTER - RTBF

Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) a finalisé son plan contre la radicalisation en prison. Il s'organise autour de quatre axes majeurs, dont l'un concerne les détenus radicalisés qui sont susceptibles d'attirer d'autres détenus sur le chemin du djihadisme. Ceux-là seront incarcérés dans l'une des deux sections particulières qui leur seront réservées à Ittre (26 places) ou à Bruges (16 places).

Le ministre de la Justice ne réserve pas le même traitement à tous les détenus musulmans radicalisés car tous ne représentent pas le même danger pour les autres détenus.

Les "recruteurs", ceux qui prêchent la haine, ceux qui sont susceptibles d'attirer d'autres détenus sur le chemin du jihadisme, seront regroupés dans une section de la prison d'Ittre (26 places) ou dans une section de la prison de Bruges (16 places). Un travail de dé-radicalisation y sera effectué.

Attention, ne pas confondre : ce ne sont pas des quartiers de haute sécurité. Ces quartiers de haute sécurité sont réservés aux détenus soupçonnés de préparer des attentats terroristes.

Reste les autres détenus considérés comme musulmans radicaux : ils seront répartis dans l'ensemble des prisons et considérés comme des détenus normaux si ce n’est qu'ils feront l'objet d'un suivi individuel par le personnel et par des conseillers islamiques.

La question fait néanmoins encore débat dans plusieurs pays comme en France et aux Pays-Bas : faut-il regrouper les musulmans radicaux au sein d'une même prison ou au contraire les disperser le plus possible ? Koen Geens a choisi ici la voie médiane.

"Déconstruire leur discours"

Le personnel chargé du second type de détenus sera par ailleurs mieux formé pour détecter la radicalisation et le nombre d'imams et de conseillers islamiques en prison passera de 18 à 27. Ces derniers travaillent avant tout à établir une relation avec les détenus concernés.

"Il faut d'abord créer un lien, un lien de confiance, il faut vraiment qu'ils nous acceptent comme référent sur le plan religieux, explique Mohammed Rahrib, conseiller islamique à la prison de Jamioulx. Il faut ensuite déconstruire leur discours par rapport à la compréhension erronée des textes fondateurs."

Les détenus les plus radicaux ne sont cependant pas toujours disposés à recevoir ces conseillers et entendre leur discours. "Malheureusement, les études montrent que les plus radicaux sont ceux qui se font les plus discrets, d'où l'intérêt et l'importance de redoubler de vigilance par rapport à ce phénomène."

"Mais j'ai des grilles d'analyses et des outils qui m'alertent par rapport à l'un ou l'autre détenu. Et s'ils ne viennent pas eux-mêmes vers nous, c'est justement notre mission d'aller vers eux."

Sections particulières attendues fin d'année

Quoi qu'il en soit, les sections réservées aux détenus radicalisés dans les prisons d'Ittre et de Bruges doivent être prêtes pour la fin de l'année, indiquent les syndicats, informé du plan du ministre de la Justice.

"Nous ne sommes pas demandeurs, mais nous comprenons bien la décision", réagit Filip Dudal, de la centrale chrétienne ACV (CSC) Services Publics. "Il s'agissait au départ de quatre sections, mais il serait finalement question de deux. La prison de Bruges est prête, mais Ittre pas encore. Selon nous, il est clair que des moyens supplémentaires sont nécessaires pour créer ces sections, au vu des mesures d'économies actuelles."

Même son de cloche du côté de Gino Hoppe, de l'ACOD (équivalent flamand de la CGSP) Justice, car "la décision a été prise dans le cadre de la sécurité".

Le coût du plan est évalué à 7 millions d'euros environ.

RTBF et Belga

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