Prisons: le ministre Geens rencontrera à nouveau les directeurs mercredi soir

Koen Geens, ministre de la Justice
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Koen Geens, ministre de la Justice - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Cinq directeurs des prisons touchées depuis seize jours par la grève des agents pénitentiaires ont rencontré le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) ce mardi en fin de journée. Il s'agit des directeurs des établissements de Forest, Saint-Gilles, Marche-en-Famenne, Mons et Leuze-en-Hainaut. Ils ont fait un état des lieu de la situation. Une nouvelle rencontre est programmée mercredi à 19 heures pour tenter de trouver des solutions.

"Nous avons fait un état des lieux de la situation, c'était un brainstorming général", a déclaré Axel Piers, le directeur de la prison de Mons. "Nous devons trouver une solution aussi vite que possible. Le problème de la surpopulation reste la priorité." A Mons par exemple, la prison accueille 425 détenus pour 301 places.

Axel Piers a également souligné le "symbole d'ouverture" du ministre qui a décidé de "s'entourer des acteurs de terrain".

Les directeurs ont abordé quelques propositions déjà formulées par le passé, comme le recours à la Croix-Rouge pour effectuer certaines tâches, a précisé Frédéric de Thier, directeur de la prison de Marche-en-Famenne. "La solution est également entre les mains des organisations syndicales", a-t-il ajouté. "Cette rencontre a permis de clarifier le débat mais il faut trouver une solution car la situation est intenable dans certaines prisons."

Aucune rencontre avec les syndicats francophones

Du côté des syndicats francophones, le secrétaire fédéral de la CGSP, Michel Jacobs, contacté par Belga, signale que "tant que le ministre de la Justice, Koen Geens, n'aura pas rencontré le gouvernement, une nouvelle rencontre avec les syndicats ne pourra se faire". La secrétaire permanente Justice de la CSC, Laurence Clamar, a également affirmé qu'aucun rendez-vous avec le ministre n'était encore fixé.

"Lors de la réunion de lundi, chacun a fait part des positions de sa base. La grève continue tant que le gouvernement ne décidera pas d'investir dans la Justice", indique Laurence Clamar. La CSC services publics a par ailleurs signalé que "les propositions du ministre Koen Geens sont toujours inacceptables pour le personnel".

Michel Jacobs, de la CGSP, n'a pour sa part pas souhaité faire de commentaires sur la réunion de lundi qui réunissait les syndicats et le ministre Koen Geens (cd&v). Tant que le ministre n'aura pas rencontré le gouvernement pour demander un effort budgétaire, aucune avancée ne serait possible, a-t-il souligné.

Le cabinet Geens s'est refusé à tout commentaire tant sur la réunion de lundi que sur une éventuelle réunion avec le gouvernement.

"Propositions inacceptables"

Le syndicat chrétien CSC Services publics appelle alors le gouvernement "à prendre la juste mesure de la situation dans nos prisons et à enfin agir de manière responsable", indique-t-il mardi. Après deux semaines de grève, "les propositions du ministre (de la Justice, Koen Geens, ndlr) sont toujours jugées inacceptables par le personnel".

Le personnel des prisons a trois revendications, "simples et légitimes" selon le syndicat chrétien. La première est l'application du plan de personnel de 2014, c'est-à-dire un nombre de 7222 statutaires. La deuxième est l'abandon de la rationalisation. Ces deux points doivent être appliqués jusqu'à la fin de la législature, prévient la CSC. La dernière est l'application des 100 engagements "annoncés et promis par le ministre dans le cadre du budget terrorisme".

"Décisions d'économie aveugles et inadaptées"

Le syndicat pointe du doigt les "décisions d'économie aveugles et inadaptées à la situation des prisons, prises par l'actuel gouvernement", qui ont causé, selon lui, la grève qui sévit depuis deux semaines dans l'ensemble des prisons francophones du pays.

La CSC Services publics s'insurge également à propos de l'envoi de militaires en renfort dans les prisons. "Quel message le gouvernement veut-il faire passer? Est-ce là une manière démocratique de gérer un conflit social ? (...) Quand le gouvernement va-t-il envisager des réelles solutions au problème de manque de personnel récurrent dans les prisons ?"

Le syndicat rappelle enfin son soutien à ses affiliés dans le conflit social.

Les syndicats néerlandophones présenteront prochainement les propositions de Geens

Dans les jours à venir, les pendants flamands de la CSC-Services publics et de la CGSP vont présenter les dernières propositions du ministre de la Justice Koen Geens aux agents pénitentiaires. Contrairement aux syndicats francophones, les responsables du nord du pays n'ont pas encore rejeté le protocole d'accord conclu vendredi dernier.

L'ACV (CSC) a décidé mardi en collaboration avec l'ACOD (CGSP) de présenter le texte de "manière objective" au personnel des prisons de Flandre, a expliqué Filip Dudal (ACV).

Une concertation avec l'aile francophone des deux syndicats, qui était prévue plus tard dans la journée, n'a finalement pas eu lieu.

Gino Hoppe, de l'ACOD, estime également qu'un éventuel accord avec le ministre dépend du personnel.

Pour les deux responsables syndicaux, un "oui" du personnel promet de provoquer des problèmes au sein du syndicat et "quelques nuits blanches".

Les prisons flamandes où règne une approche différente, ont actuellement pris leurs distances avec la grève. Les établissements du nord du pays "ont été beaucoup plus touchés par les économies. Nous sommes déjà dans la rationalisation depuis des années. Les directeurs des prisons flamandes ont dès lors réagi de manière plus proactive que les collègues francophones", a conclu Filip Dudal, qui réalise que la problématique commence à devenir communautaire.

L'opposition veut entendre Charles Michel, la majorité rejette

Dans le même temps, au niveau politique, l'opposition réclame les explications du Premier ministre Charles Michel (MR). Dimanche, Koen Geens avait indiqué qu'il dépassait "déjà le cadre budgétaire fixé par le gouvernement", et arrivait donc au bout de ses moyens pour sortir de la crise. C'est donc au chef du gouvernement de s'exprimer jugent cdH, PS et Ecolo-Groen.

Le député Christian Brotcorne (cdH) a formulé la demande devant la Commission de la Justice, y ajoutant la proposition d'une visite de la prison de Forest pour permettre au parlement de se rendre compte de la situation extrêmement tendue.

"Au jour le jour, nous constatons que la situation se dégrade et on est au bord de l'insurrection dans certaines prisons du pays. J'ai été interpellé par les déclarations de M. Geens : il est arrivé au bout du rouleau et n'a plus de moyens de négociation. Il a fait appel au gouvernement. Il faut que le premier ministre prenne la main", a expliqué le centriste, rejoint par Marcel Cheron (Ecolo-Groen) et Özlem Özen (PS). "Le ministre est venu sur les plateaux de télévision pour crier au secours", a renchéri l'écologiste.

La majorité a vu derrière la demande une manœuvre qui risque d'être préjudiciable à la concertation sociale en cours. La N-VA a mis en cause un "petit jeu politique" de l'opposition francophone en faisant remarquer que la grève touchait Bruxelles et la Wallonie mais très peu la Flandre. Le cd&v a appelé l'opposition à laisser le ministre de la Justice travailler.

L'ambiance n'était toutefois pas au beau fixe dans la majorité. Le député Raf Terwingen (cd&v) n'a pas goûté les remarques des nationalistes flamands sur la gestion du problème carcéral en Belgique pendant les législatures précédentes.

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