Président de parti : pourquoi ce rôle est-il si complexe ?

Présidents de parti : pourquoi ce rôle est-il si complexe ?
Présidents de parti : pourquoi ce rôle est-il si complexe ? - © Tous droits réservés

Figure de proue des différentes couleurs politiques de notre pays, les présidents de parti font la pluie et le beau temps sur la scène politique belge. Pourtant, leurs décisions sont parfois contestées par les membres des mouvements politiques qu’ils représentent. Souvent jugés "tout puissants", on leur met parfois sur le dos la capacité de faire et défaire les carrières politiques. Sur quel terrain jouent les chefs de partis belges aujourd’hui ? Ils manœuvrent habilement entre leur image politique et les membres de leur mouvement. Un jeu d’échecs en interne et en externe où adopter la bonne stratégie s’avère de plus en plus complexe.

Georges-Louis Bouchez, élu à la tête du MR en 2019, sera désormais épaulé par un comité de "vieux sages" du parti. C’est la décision prise à l’issue d’un bureau de parti ce 6 octobre. Le chef de file libéral sera soutenu dans son rôle par d’autres élus afin d’assurer la "collégialité" des décisions. Une décision qui montre bien qu’au-delà d’être le visage d’un groupe politique, le président de parti doit manœuvrer en terrain hostile et être un relais entre la couleur politique qu’il incarne, les citoyens et les autres élus du parti.

Regain d’importance

"Les présidents de partis sont bien plus importants qu’avant", assure Pascal Delwit, politologue et professeur à l’ULB. Aux traditionnels rôles de négociateurs d’un accord de gouvernement, de vérification du respect de celui-ci lorsqu’il est approuvé et de désignation des ministres (sauf chez Ecolo/Groen) et des positions sur les listes électorales s’ajoute un rôle tout aussi important de communicant. Élus par les adhérents, ils sont le visage qui colle directement avec leur couleur sur l’échiquier politique. "Il y a une plus grande importance de l’image, de l’incarnation. Le président de parti est le porteur de la position du parti", ajoute l’expert.


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Au traditionnel rôle de négociateur et de porte-parole des groupements politiques, le président de parti est aujourd’hui devenu un véritable communicant. "Il va défendre le positionnement du parti auprès du grand public et des autres partis, explique Pierre Baudewyns, professeur de sciences politiques à l’UCLouvain. Il maintient la communication autour de son groupe politique et fait vivre ses idées." Car plus les opinions politiques d’un parti se répandent, plus il est susceptible de toucher une grande partie de la population et donc d’électeurs.

Selon Pascal Delwit, un phénomène de personnification des partis politiques est observable partout en Europe. "La médiatisation se concentre autour de quelqu’un, pointe-t-il. Cela fait que les fédérations régionales apparaissent aujourd’hui comme moins légitimes." Une illégitimité qui vient aussi du changement de système de vote survenu dans la majorité des partis au tournant des années 2000. Alors que c’était le congrès, donc les représentants de chacune des fédérations régionales du parti, qui élisaient leur chef de file commun, ce sont aujourd’hui les membres qui votent directement pour désigner le leader.

Puisqu’élu par les détenteurs d’une carte de membre et non plus par les mandataires des fédérations, le politologue bruxellois estime que les présidents de partis ont aujourd’hui plus de pouvoir qu’auparavant. Pour lui, la récente nomination des ministres du PS en est un exemple. "L’absence de ministre issu du PS liégeois au fédéral est interpellante, d’autant qu’on sait qu’un quart des membres du PS sont basés à Liège. Cela montre l’affaiblissement de la fédération locale dans la prise de décision."

Double niveau

Au-delà d’une simple communication externe, aux micros de journalistes, les présidents de partis sont aussi garants du maintien de ses soldats à l’intérieur de son parti. "Je dis toujours à mes élèves qu’un président de parti est comme un super aiguilleur du ciel, s’amuse Pierre Baudewyns. Il doit veiller à ce qu’il n’y ait aucune collision sur la piste de décollage mais aussi vérifier que tout se passe bien dans le ciel et que les avions arrivent à bon port."

Le leader d’un doit s’assurer qu’il existe une cohérence parmi les élus de son groupe et garantir que tout le monde est satisfait de sa communication puisqu’il représente le parti tout entier. Si la ligne tracée par le chef de file lors de ses allocutions publiques ou désormais sur les réseaux sociaux, il s’expose à des critiques, des remontrances au sein même de son parti. "Il a un pouvoir qui est le sien mais il est bien entendu cadré par les membres", ajoute le politologue.


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Le professeur de l’UCLouvain qualifie d’ailleurs les bureaux de parti de "cœur de réacteur" puisque c’est là que les autres membres du groupe politique indiquent les directions à prendre à la figure du parti. "Le bureau de parti est comme un petit gouvernement au sein du parti. Les élus y discutent des informations liées à l’information courante, à des discussions de fond et aux décisions à prendre", explique-t-il.

"Il y a une perte d’influence des structures intermédiaires. Le président de parti agit en son nom propre mais dans un jeu de contraintes. S’il ne respecte pas une contrainte, il y a contestation", ajoute Pascal Delwit. Contestation, c’est d’ailleurs le mot pour qualifier les prises de position des élus MR suite aux décisions ministérielles controversées de GLB. Les leviers à activer pour s’opposer à son président de parti sont ensuite variables selon les partis, la plus nette étant un retrait total du groupe politique. Voilà qui contredit la toute-puissance des présidents de partis.

Les nouveaux réseaux

 

Nouveauté du rôle déjà complexe : les réseaux sociaux qui se sont immiscés dans le débat politique ces vingt dernières années. "Avant, la communication était verticale. L’information, après avoir été discutée par les membres, était diffusée une seule fois à tous les journalistes, lors de conférence de presse par exemple", raconte le professeur. Aujourd’hui, tandis que chacun y va de son tweet ou de son post sur Facebook, la voix numérique du leader du groupe politique est considérée comme la voix du groupe lui-même.


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"Et l’attente n’est plus la même, renchérit Pascal Delwit. Les présidents de partis sont très sollicités. C’est dû à une accélération de la temporalité générale en politique." Car s’il y a 25 ans, un président de parti devait disposer d’un bon leadership, de capacité à mener le débat et de compétences en communication, aujourd’hui tout va plus vite. "L’apparition des réseaux sociaux, l’apparition de la téléphonie mobile ou encore la diversification de la presse ont intensifié la pression autour de cette fonction", ajoute-t-il. Aujourd’hui dès qu’une réaction est attendue par un parti sur un sujet, le président de parti doit répondre aux trois chaînes de télévision nationale, aux titres de presse écrite, à leurs sites internet et poster une opinion sur Twitter, tout ceci dans l’heure, si possible.

Loin d’être tout-puissants comme le montre le cas Georges-Louis Bouchez, le rôle de président de parti n’a pas fini de se complexifier. Jongler entre toutes les opinions en interne, la communication externe et l’utilisation de nouvelles plateformes de communication, telle est la recette d’un rôle qui n’a pas fini de faire tourner la tête de nos élus.

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