Présence d'extrémistes au sein de l'armée : sont-ils correctement surveillés dans la durée? Le débat est relancé

En mars dernier, le général major Philippe Boucké, le patron du Renseignement militaire confirmait sur notre antenne l’existence d’une hausse de la menace provenant de l’extrême droite. Et d’indiquer que le service de renseignement de la Défense (SGRS) travaillait en étroite collaboration avec la Sureté de l’Etat pour identifier les personnes manifestant de la sympathie ou fréquentant de manière évidente des groupes de la droite radicale. Une trentaine de militaires étaient à cet égard suivis de près : "On creuse et on trouve" avait indiqué le Philippe Boucké ajoutant : "Le screening fonctionne bien. Nous souhaitons cependant souligner que la menace reste minime au sein de la Défense". Mais dans la foulée, la ministre de la Défense Ludivine Dedonder, avait nuancé ce chiffre de la trentaine de militaires : "Il faut interpréter prudemment ce chiffre de trente militaires en lien avec l’extrémisme de droite car il inclut les personnes pour lesquelles l’enquête pourrait conclure à l’absence de formes d’extrémisme", avait-elle répondu aux députés Guillaume Defossé (Ecolo) et Kris Verduyckt (Vooruit).

Entre opinion, comportement et acte posé, l'appréciation de la menace

Manifester une opinion en faveur d’un parti d'extrême droite n’est pas un délit dans un Etat démocratique pour autant qu’on reste dans les limites fixées par la loi. Ce qui n’empêche pas les organes chargés de surveiller les risques de dérives violentes d’agir à titre préventif en particulier dans des domaines d’activités aussi sensibles que ceux de la sécurité et de la défense. Par le simple fait que le personnel travaillant dans ces services dispose d’habilitations de sécurité permettant d’accéder à des sites sensibles et du matériel comme des armes de guerre, ils représentent un danger potentiel plus important. Cela ne justifie-t-il pas qu’on écarte de certaines fonctions les personnes ne présentant pas toutes les garanties en matière de comportement et de respect de la légalité?  

Le profil inquiétant de Jurgen Conings compatible avec ses activités au sein de la Défense? 

Comment a été géré le cas de Jurgen Conings ? Trop tôt pour le savoir mais on sait qu’il était suivi par l’OCAM, l’organe de coordination pour l’analyse de la menace, signe évident que l’individu était non seulement identifié mais jugé potentiellement dangereux. Comment son cas a-t-il été géré en interne depuis lors par la Défense ? S’il s’avère qu’il avait bel et bien une mission d’instructeur pour d’autres militaires, est-ce une fonction compatible avec son profil inquiétant ? La réponse paraît évidente et pourtant. Pourquoi avec son profil particulier a-t-il pu aussi facilement s’emparer d’armes dont des lance-roquettes sans être aussitôt repéré et signalé ? Autant de questions qu’on peut légitimement poser à ceux qui veillent à notre sécurité. 

certaines fonctions donnent l’accès aux armes de manière plus facile

Pour Philippe Sion, syndicaliste au sein de la Défense, il y a des contrôles réguliers au niveau des armes mais l’accès est plus facile dans certains cas: "certaines fonctions donnent l’accès aux armes de manière plus facile mais il y a toujours des contrôles qui se font, des évaluations qui se font, des analyses de risque qui se font pour savoir si tout se passe bien et si il y a des modifications à faire dans le règlement, c’est réalisé. Donc là au niveau des armes tout est bien contrôlé au niveau de la Défense". En principe faut-il à l'évidence ajouté après ce qui vient de se passer

Le processus de recrutement : un filtre mais il ne suffit pas dans la durée

S’il est difficile d’écarter toute présence extrémiste dans l’absolu, le processus de recrutement permet de vérifier un certain nombre de paramètres qui peuvent être autant de signaux. Les plus évidents étant les renseignements déjà recueillis sur la personne par les services officiels de l’Etat : existence d’un casier judiciaire, adhésion ou fréquentation éventuelle de formations extrémistes, participation à des activités subversives dans le passé… Ensuite via un questionnaire et des entretiens, il est possible de détecter des tendances à la radicalisation. Un test de personnalité renseigne aussi sur les traits de caractère d’un individu. Sa résistance au stress, sa capacité au dialogue, son ouverture d’esprit et l’adhésion aux valeurs prônées par l’armée dans un Etat démocratique. 

Chaque personne est influencée par un contexte relationnel variable

Est-il possible d’éviter des dérives liées aux fréquentations futures d’un individu?  Chaque militaire évolue en fonction d’un contexte lié à son environnement relationnel. D’où l’importance d'assurer un suivi des engagés dans la durée afin de vérifier leur évolution au cours de leur carrière. En particulier pour des profils particuliers comme les policiers militaires, les gardes affectés à la surveillance des institutions ou de personnalités, les formateurs... Est-ce le cas aujourd’hui ? Dans l’affirmative, visiblement les "marqueurs" de comportements utilisés ne paraissent pas présenter toutes les garanties. Il appartiendra aux autorités responsables à tirer tout cela au clair. Une enquête interne à la Défense est d'ores et déjà décidée.

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