Un examen d'entrée en médecine côté francophone: comment en est-on arrivé là?

Un examen d'entrée en médecine côté francophone: comment en est-on arrivé là?
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Un examen d'entrée en médecine côté francophone: comment en est-on arrivé là? - © AURORE BELOT - BELGA

Ce vendredi, c’est le grand jour. Plus de 4000 candidats sont attendus au Heysel à Bruxelles pour passer l’examen d’entrée qui leur permettra d’accéder aux études de médecine et de dentisterie dans les universités francophones du pays. Comment en est-on arrivé là ? Quelles ont été les grandes étapes de cette saga ? Voici de quoi vous y retrouver.

Pourquoi un examen d’entrée ?

En 1997, des quotas d’accès à la profession de médecin sont instaurés. A cette époque, le nombre de médecins ne cesse d’augmenter en Belgique. L’idée est donc d’éviter que cette abondance ne pousse les patients à la surconsommation et donc provoque une explosion des dépenses en soins de santé.

Comment sont nés les quotas de numéros INAMI: chaque année, la commission de planification établit les besoins de médecins et dentistes du pays, selon l’évolution démographique, l'évolution de la profession et l'évolution de la demande de soins. C’est à partir de son rapport que le gouvernement fédéral décide du nombre de numéros INAMI disponibles et de leur répartition entre flamands et francophones. Par contre, le fédéral n’intervient pas dans l’organisation des études de médecine et dentisterie puisque cela relève des compétences des communautés.

Dès 1997 et l’instauration de quotas, la Flandre choisit donc d’organiser un examen d’entrée, afin d’éviter que le nombre de diplômés en médecine ne dépasse le nombre de numéros INAMI disponibles. Côté francophone par contre, les choses se révèlent un peu plus compliquées, voire carrément cacophoniques.

La cacophonie francophone

Avant d’en arriver à l’examen d’entrée organisé ce vendredi 8 septembre, les autorités francophones ont exploité plusieurs pistes. Au départ, la communauté française choisit de mettre en place un concours en fin de premier cycle, soit en fin de 3e année d’études, le fameux numerus clausus. "Trois ans d’études pour rien !", ces mots résonnent souvent parmi les étudiants et au bout d’un moment sont entendus, le système est abandonné.

Si le système est abandonné, il est vite remplacé. En 2005, place au concours à la fin de la première année d’étude. Mêmes objections et mêmes difficultés pour les étudiants qui parfois réussissent leur année mais ne sont pas en ordre utile pour pouvoir poursuivre leurs études. En 2008, ce concours est lui aussi abandonné.

Une période moratoire commence alors. Elle durera jusqu’en 2012. Cette année-là, un test est tout de même imposé à tous les étudiants. Mais il s’agit d’une sorte de test d’orientation qui doit permettre à ceux qui ne sont pas fait pour la médecine ou la dentisterie de s’en rendre compte, mais sans pour autant les exclure des études s’ils le ratent.

Au fil des ans, ce moratoire semble intenable, le nombre de diplômés ne fait qu’augmenter alors que les quotas de numéro INAMI restent bien en place. Des numéro INAMI sont donnés "en avance" sur les quotas des années suivantes. Mais le gouvernement fédéral le répète, ils seront repris un jour (c’est le fameux lissage). La menace est donc qu’à l’avenir, le problème explose.

Face à la pression, notamment fédérale, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles réinstaure un filtrage des étudiants. Il prend à nouveau la forme d’un concours en fin de première année. La suite de la saga est connue. Entre recours devant la justice gagné par des étudiants, bras de fer politique entre le gouvernement fédéral et le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le système sera abandonné.

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Finalement la Fédération Wallonie-Bruxelles a donc décidé de mettre en place un examen à l’entrée des études de médecines. Officiellement, il ne s’agit pas d’un concours, tous les élèves qui obtiennent plus de 10 sur 20 aux deux parties de l’examen peuvent entamer leurs études de médecine ou de dentisterie. Quant aux questions, elles portent sur les matières scientifiques (bio, chimie, physique, math) et sur la communication et l’analyse critique de l’information. Le site de l'ARES, la fédération des établissements d’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles, précise : "L'examen d’entrée ne peut être présenté que 2 fois sur 5 années académiques."

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Un système déjà éprouvé en Flandre

Si c’est une première côté francophone, l’examen d’entrée est devenu une routine au nord du pays puisque, on l’a dit plus haut, la Flandre l’organise depuis 1997. Avec quels résultats? Chaque année, des milliers d’étudiants flamands remplissent plusieurs palais du Heysel pour le passer. S’il ne s’agit pas non plus d’un concours avec à la fin un nombre de places limitées, ce filtre est pour le moins drastique. Environ 5000 jeunes se présentent à l’examen, mais seuls 600 le réussissent.

Par contre, une fois lancé dans leurs études, les étudiants ne semblent plus subir de difficultés puisque 85% des étudiants admis réussissent leurs études et surtout, quasi tous reçoivent le précieux numéro INAMI. Cela dit, en Flandre aussi quelques polémiques se font entendre. Questions trop difficiles, corrections douteuses, étudiants diplômés d’études scientifiques qui ratent l’examen plus de 10 fois, chaque année les critiques fusent. Mais pas de quoi faire fléchir les autorités flamandes.

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