Poussée régionaliste au PS: tout le monde n'est pas du même avis

Nouvelle poussée de fièvre régionaliste au sein du PS wallon
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Poussée de fièvre régionaliste au sein du PS wallon. Serait-ce la réponse du berger socialiste à la bergère réformatrice ? Les premiers s’en défendent, quoique…

Quelques semaines après la sortie de deux cadres du MR wallon, trois députés PS sortent leurs griffes régionales, et dans une carte blanche réclament à leur tour un transfert de compétences aujourd’hui exercées par l’ex-Communauté française.

Il y a là Christophe Collignon, chef de groupe PS au Parlement wallon, et ses deux collègues députés Nicolas Martin et Pierre-Yves Dermagne. Un Liégeois, un Hennuyer et un Namurois. La dorsale wallonne socialiste.

"La Wallonie est une évidence !"

La tendance régionaliste est loin d’être neuve chez les rouges. Mais ces derniers temps, sous Di Rupo Premier ministre et Elio président du parti, la ligne wallingante n’était pas vraiment la plus fréquentée.

Les trois parlementaires sortent du bois parce que la dernière réforme de l’Etat a consacré le fait régional (refrain connu), et un petit peu aussi pour ne pas laisser le MR seul sur ce terrain. Leur credo: "La Wallonie est une évidence !" Il faut donc la renforcer dans ses pouvoirs.

La Fédération Wallonie-Bruxelles déshabillée

"Notre régionalisme n’est pas romantique, on ne se réveille pas en fredonnant Li Bia Bouquet ou le Chant des Wallons, explique Pierre-Yves Dermagne. Notre régionalisme est réaliste et pragmatique: la Wallonie n’a plus d’or noir, de charbon, elle doit donc miser sur la matière grise".

Concrètement, les trois socialistes estiment que la région ne pourra activer pleinement les leviers économiques dont elle dispose déjà que s'ils sont complétés par des moyens d’actions en matière d’éducation et de culture. Ils veulent régionaliser l’enseignement pour qu’il réponde mieux aux spécificités wallonnes, et régionaliser la culture pour développer une vraie identité wallonne.

"Bruxelles et la Wallonie sont sœurs, mais elles ne sont pas jumelles", justifie Christophe Collignon. Dans la formule actuelle, c’est clair, la Fédération Wallonie-Bruxelles est dépassée, elle a vécu. La force du symbole (francophone) ne peut pas aller à l’encontre de l’efficacité (des régions)".

"Les citoyens ont besoin de simplification et de lisibilité. Nous pensons qu’ils ne pourront s’identifier à un projet wallon fort que si il est exercé par une seule institution, la Région wallonne", poursuit Nicolas Martin.

Coquille vide

Alors, sans la culture et surtout sans l’enseignement, que resterait-il de la Fédération demain ? "Ça fait partie de la réflexion. Nous devons discuter entre nous, entre Francophones, et d’abord au sein du PS, de ce qui doit continuer à être géré conjointement par les Bruxellois et les Wallons", précise Pierre-Yves Dermagne.

Les deux pôles régionaux auraient toutefois "le devoir" d'assurer ensemble la cohérence de leurs programmes scolaires et l'accessibilité de leurs institutions à tous les Francophones.

Christophe Collignon: "Pour moi, le plus important, c’est de déterminer les compétences nécessaires au développement économique de la Wallonie". Comprendre: la survie de la Fédération Wallonie-Bruxelles passe après l'intérêt suprême de la région.

Picqué se distancie de ses 3 collègues

Au sein du PS, tous ne partagent pas l'avis des trois signataires, fait observer la Libre Belgique. Le président du parlement bruxellois Charles Picqué souligne ainsi qu'à la veille de nouvelles tentatives flamandes de réformer l'État, les francophones seront moins forts pour défendre leurs intérêts s'ils sont divisés. Idem dans le chef du député wallon Jean-Charles Luperto.

Paul Magnette pour une circonscription fédérale unique

Le Ministre-President wallon, Paul Magnette (PS), avait déjà reconnu en juillet dernier, à la suite d'un plaidoyer du constitutionnaliste Hugues Dumont pour une 7ème réforme de l'État vers quatre Régions, que la Belgique connaitrait encore "une 7e réforme de l'État, et une 8e, une 9e, une 10e, une 11e, une 12e probablement..."

Mais il ne juge pas idéale une réduction du modèle belge à quatre Régions, vu l'existence d'une minorité linguistique dans chaque Région. Il défendait plutôt des mécanismes de prévention des conflits, comme l'instauration d'une circonscription fédérale unique.

Réinterrogé dernièrement par Stéphane Hazée (Ecolo) dans une question écrite, Paul Magnette souligne le consensus de tous les partis gouvernementaux du pays pour ne pas placer cette législature sous le signe de la réforme de l'État, compte tenu de la nécessaire intégration de la 6e réforme.

Le gouvernement wallon ne mène pas de travaux préparatoires d'une septième reforme de l'État, ce qui n'entrave pas la liberté des partis de mener une réflexion saine et démocratiquement nécessaire sur ces questions qui feront toujours partie du débat politique de ce pays, précisait-il.

Rudy Demotte veut conserver une "cohésion" entre Bruxelles et Wallonie

Particulièrement concerné par ce débat, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte (PS), s'est prononcé, plus tard dans la journée, contre toute régionalisation de l'enseignement ou de la culture telle que réclamée par les trois membres de son parti.

"Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain", a réagi Rudy Demotte. Pour le patron de la Communauté française, dans le contexte communautaire qui est celui de la Belgique, il n'est pas judicieux pour les francophones de Bruxelles et de Wallonie d'apparaître ainsi divisés face aux Flamands. Selon le ministre-président, au-delà des questions de symboles, c'est l'aspect pragmatique et d'efficacité des services à la population qui doit prévaloir.

M. Demotte se dit toutefois prêt à discuter d'une adaptation de l'action de la Fédération pour mieux rencontrer les besoins propres des Régions bruxelloise ou wallonne, "mais le pouvoir normatif doit rester au sein de la Fédération". Selon lui, "il faut garder une cohésion entre Bruxelles et la Wallonie".

Le MR va plus loin

Voilà donc la fraction régionaliste du PS qui ressort de l’ombre. Mais il est piquant de constater que les socialistes envoyés au front vont moins loin que les MR Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke.

En septembre dernier, les deux leaders réformateurs expliquaient que, dans leur scénario fétiche "les Régions deviendraient les dépositaires de toutes les compétences fédérées" et qu’on se dirigeait même vers une Belgique articulée autour de 4 entités régionales (flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone).

Pas de ça dans la sortie co-signée par Nicolas Martin: "on se limite pour l’instant à un débat entre francophones".

Mais après tout, ce n’est peut-être que le début d’un commencement, car les trois députés reprennent aussi l’idée lancée récemment par le bourgmestre de Liège Willy Demeyer: la convocation en 2016 d’un Congrès des socialistes wallons.

Une grande table ronde pour évoquer le projet wallon, et les moyens de le concrétiser.

Fichtre, il faut imaginer l'importance que revêt ce débat pour le Parti socialiste: le dernier congrès du genre s’est réuni à Ans en 1991. Il y a près d’un quart de siècle…

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