Pourquoi les francophones évoquent-ils peu le passé de la collaboration ?

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Depuis le 7 novembre, la VRT donne la parole aux "enfants de la collaboration" dans une série documentaire diffusée sur Canvas. "Kinderen van de collaboratie" est un véritable succès en Flandre. Si bien qu'elle soulève également de nombreuses questions de l’autre côté de la frontière linguistique. Le ressenti des enfants francophones est-il similaire ? Quelles connaissances avons-nous de cette période de l’Histoire dans le sud du pays ? Collaboration : les francophones connaissent-ils assez leur passé ? C’était la question posée par Bertrand Henne dans Débats Première.

Pour le docteur en Histoire, Art et Archéologie, Vincent Genin, cette série est le reflet d’une nouvelle phase de l’Histoire, "celle des enfants, des petits-enfants des collaborateurs". Des témoignages précieux qu’il est nécessaire de remettre dans leurs contextes et d’envisager avec prudence. "Ce n’est pas forcément du vécu, c’est l’histoire de leurs représentations" précise Vincent Genin.

Une version francophone envisageable ?

C’est en tout cas le souhait exprimé par Vincent Genin et Chantal Kesteloot dans Débats Première. Mais le rapport des Flamands à cette période de l’Histoire est bien différent de celui des habitants au sud du pays.

Selon l’historienne du CEGESOMA (Centre d'Études et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines), le regard porté par la société flamande sur la collaboration a façonné cette altérité : "Dans le monde catholique flamand, il y a eu un regard bienveillant sur les collaborateurs car on les considérait comme des victimes de la répression de l’État belge au sortir de la Deuxième Guerre." Ces "bourgmestres de guerre" étant perçus comme de "bons gestionnaires qui avaient fait ce qu’ils pouvaient dans un contexte difficile (...) Du côté francophone, il n’y a pas eu cette indulgence par rapport aux anciens rexistes, qui ont été poursuivis par la justice belge", déclare Chantal Kesteloot.

Deux composantes se révéleraient donc potentiellement du côté francophone : une dimension plus violente et plus militaire "approximativement 700 Wallons ont pris les armes pour se battre sur le front de l’Est" souligne l’historienne.

Le poids du silence est lourd, même pour les enfants de résistants

Sur le site de Canvas, une suite de cette série est déjà annoncée: "Kinderen van het verzet" (les enfants de la résistance). Un prolongement sensé selon Chantal Kesteloot pour qui les enfants de collaborateurs et de résistants possèdent un point commun: le silence. "Ce sont les grands-parents qui parlent de leurs expériences à leurs petits-enfants, pas à leurs enfants" explique l’historienne. Un écart générationnel témoin d’un désir de passer à autre chose ou révélateur d’une forme de lassitude d’après le docteur en Histoire Vincent Genin : "On voit qu’en 1946-1947, la population n’en peut plus de lire dans la presse les procès quotidiens de collaborateurs. Un silence va dès lors s’installer pendant une vingtaine d’années."

 Il faudra attendre la fin des années soixante pour que la parole s’ouvre, comme s’il avait fallu un sas de décompression. 

Pour Chantal Kesteloot, les documentaires proposés par la VRT vont bien au-delà de la Seconde Guerre mondiale et de la collaboration. Ils amènent des pistes de réflexion à une question éminemment actuelle: comment des enfants confrontés à des contextes de violences, de guerre vont-ils porter d’une manière ou d’une autre le comportement de leurs parents?

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