Pourquoi les fonctionnaires sont-ils mécontents? Témoignage

Pourquoi les fonctionnaires sont-ils mécontents? Témoignage (exclusif)
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Les fonctionnaires publics ne sont pas contents de la politique menée par le secrétaire d'Etat à la Fonction publique, Hendrik Bogaert. Ce jeudi, ils étaient 10 000 à manifester dans les rues de Bruxelles pour dénoncer "la réduction drastique et aveugle des effectifs et des moyens". Une de ces fonctionnaires a accepté de témoigner pour nous.

Martine Lechat (c'est un nom d'emprunt) travaille depuis 26 ans comme fonctionnaire fédérale. Interrogée dans L'Envers de l'Info sur La Première ce midi, elle se dit "heurtée" par un certain nombre de décisions prises par Hendrik Bogaert, et plus particulièrement par celle qui vise à supprimer la prime liée aux formations certifiées.

"Je suis extrêmement choquée par cette mesure qui est autant brutale qu’unilatérale et qui, selon mon analyse, partagée d’ailleurs par l’ensemble de mes collègues, ne respecte absolument pas l’accord du conseil des ministres du 30 novembre 2012, dans la mesure où, de manière unilatérale, le secrétaire d’Etat supprime l’accès aux formations certifiées qui était un système tout à fait objectif qui permettait aux fonctionnaires d’avoir, comme vous le dites, une formation qui les valorisait et qui leur permettait d’avoir accès à une prime pendant 5 à 6 ans. Une prime annuelle. Et ça, c’est supprimé à partir de maintenant, du jour au lendemain, sans crier gare. Et il nous est communiqué par ce même secrétaire d’Etat que les primes ne seront plus payées à partir de janvier 2014, y compris les primes qui découlent de la réussite des examens passés antérieurement", explique-t-elle.

Une perte évaluée entre 2000 à 3000 euros bruts par an

"Dans mon cas, j’aurai encore droit à 5 ans de prime ; eh bien, tout ça, ça passe à la trappe. Alors, nous, on se pose beaucoup de questions par rapport à cela. Moi, j’insiste sur le fait qu’il s’agisse d’un engagement entre l’Etat, d’une part, et le fonctionnaire d’autre part, qui a travaillé, qui a fait cette formation, qui s’engage à utiliser cette formation dans le cadre de ses fonctions", poursuit-elle.

"Le montant de ces primes en fonction des niveaux des fonctionnaires peut aller de 2000 euros bruts par an à environ je crois que c’est une histoire de 3000 euros bruts", précise-t-elle. "Dans mon cas, c’est 3000 euros bruts par an, et c’est pendant 5 à 6 ans. Et puis, après, vous devez refaire une formation certifiée. Et ça, c’est un système objectif puisque l’organisme qui fait les examens, c’est le Selor. Tandis que dans le nouveau système qui est préconisé par le secrétaire d’Etat, le nouveau système qui n’est même pas encore mis en place prévoirait que les valorisations dépendraient du chef de service. Donc on passerait d’un système objectif à un système totalement subjectif. Ce qui me heurte beaucoup, c’est qu’on remette en cause, en fait, rétroactivement et unilatéralement, une forme de contrat passé entre le fonctionnaire et l’Etat. Et donc, pour moi, ça c’est quelque chose qui est inacceptable. On ne peut pas remettre en cause quelque chose qui a été négocié des deux côtés antérieurement".

La nécessité d'avoir des formations

Martine Lechat insiste sur la nécessité d'avoir des formations : "Le simple fait d’avoir des formations qui, pour nous, est essentiel parce que, contrairement à l’image qu’on se fait des fonctionnaires, un fonctionnaire, c’est quelqu’un de dynamique, c’est quelqu’un qui est sur le terrain, c’est quelqu’un qui est créatif, c’est quelqu’un qui innove. Et donc c’est quelqu’un qui a besoin de formations. Et nous avons des organismes qui nous forment avec des gens épatants qui nous forment, et nous avons besoin de ces formations pour évoluer".

Une charge de travail de plus en plus importante

Dans la fonction publique, de plus en plus de départs de fonctionnaires ne sont pas remplacés. Hendrik Bogaert affirme lui-même que pour l'année 2012, ils ont travaillé avec 17 000 personnes en moins. En d'autres termes, la charge de travail est de plus en plus importante et cela commence à être problématique : "Ce problème ne se pose pas que dans les prisons, par exemple, où effectivement c’est un problème extrêmement important pour les collègues des prisons. Mais c’est un problème, en fait, général, qui se pose au niveau de l’ensemble de la fonction publique. Et effectivement, quand il y a un départ, il n’y a aucun remplacement. Et donc, c’est vrai que nous devons nous organiser pour que la charge de travail soit répartie parce que nous avons l’amour du travail bien fait et que nous sommes des gens dynamiques et que nous voulons continuer à donner un travail de qualité à l’égard du public".

 

C.B.