Pourquoi les flamingants s'opposent au vote sur la scission de BHV?

"We zijn het BEU-h !!! Split's alles !", "On en a marre ! Scindez tout !", pouvait-on lire sur une des pancartes du Tak et du VVB à Linkebeek
"We zijn het BEU-h !!! Split's alles !", "On en a marre ! Scindez tout !", pouvait-on lire sur une des pancartes du Tak et du VVB à Linkebeek - © RTBF

Lundi soir à Linkebeek, des flamingants du TAK, le "Taal Aktie Komitee" et du VVB "Vlaamse Volksbeweging", ont occupé la maison communale pour dénoncer le compromis sur la scission de BHV, dont le texte doit être adopté vendredi par le parlement fédéral. Quelles sont les raisons de cette insatisfaction persistante ? Tentative de réponse avec Jean Faniel, politologue au Crisp, le centre de recherche et d'information socio-politiques.

Cela fait 35 ans que les Flamands réclament la scission de BHV et la semaine où cette scission doit être votée, l'aile la plus radicale du mouvement flamand manifeste à Linkebeek, une commune à facilités de la périphérie bruxelloise.

Ce qui peut paraître déconcertant de prime abord, s'explique "dans le fait que la solution qui va être coulée en texte de loi par le parlement fédéral à la fin de la semaine est le fruit d'un compromis et ce sont les éléments de ce compromis qui ne sont pas satisfaisants", analyse Jean Faniel.

Pas de scission pure et simple au niveau électoral

Pour le politologue, le premier élément d'insatisfaction se trouve dans le volet électoral de ce compromis. "Les francophones ont obtenu qu'il ne s'agisse pas d'une scission pure et simple". En d'autres termes, "les habitants des six communes à facilités de la périphérie bruxelloise pourront, sans se déplacer, continuer à voter pour les listes présentées à Bruxelles". 

Or, selon la logique flamingante, quand on habite en Flandre, on vote pour des listes flamandes. "Le TAK et le VVB dénoncent le statut spécial qui demeure et qui est même renforcé pour les six communes à facilités de la région bruxelloise", explique Jean Faniel.

Une représentation flamande qui n'est plus garantie à Bruxelles

Alors que cette scission électorale de BHV permet aux francophones des six communes à facilités de préserver ce droit de vote, les Flamands n'ont pas obtenu de garantie de représentation à Bruxelles pour le parlement fédéral. Or les Bruxellois néerlandophones sont beaucoup moins nombreux que les francophones. Les Flamands craignent de ne plus arriver à faire élire un député flamand dans l'arrondissement de Bruxelles.

Mais sur ce point, le politologue ne sait pas si c'est une revendication du TAK et du VVB dans le sens où ces extrémistes flamingants réclament une scission pure et simple.

Il rappelle, par ailleurs, qu'Olivier Maingain s'est exprimé sur la question le week-end dernier. Le patron du FDF a dit regretter cette perte de représentation, "un facteur d'unité", selon lui.

Autre motif d'insatisfaction : le volet judiciaire

Selon les Flamands, la scission de BHV sur le plan judiciaire, accorde trop de garanties aux francophones, explique Jean Faniel, "parce que cela va permettre aux francophones des 35 communes de Hal-Vilvorde d'intenter des procédures en justice en basculant du néerlandais vers le français". Or, toujours selon "la logique flamingante, quand on est en Flandre, seule la langue flamande doit s'appliquer". 

Une solution qui a "le mérite d'exister"

En conclusion, les tensions communautaires sont loin d'être terminées, en témoigne la manifestation de ce lundi soir à Linkebeek. "Quand les mesures auront été mises en œuvre, il y aura de nouvelles demandes", affirme Jean Faniel qui ajoute que ceux qui pensent pouvoir retirer une épine du pied en votant la scission de BHV se trompent. D'autant que du côté francophone, le FDF estime qu'il n'y a pas assez de garanties.

Malgré tout, le politologue estime "qu'on a réussi à trouver une solution et à trouver une majorité qui appuie cette solution. Ce qui était d'autant plus difficile à trouver car il fallait majorité qualifiée" (majorité de deux tiers des suffrages + majorité dans chaque groupe linguistique) . "En soi, la solution a le mérite d'exister", ajoute-t-il. 

 

C. Biourge

 

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