Ne dites plus tracing mais suivi des contacts: pourquoi il est essentiel pour enrayer la transmission du coronavirus

Pourquoi le suivi des contacts est essentiel dans la lutte contre le coronavirus
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Pourquoi le suivi des contacts est essentiel dans la lutte contre le coronavirus - © andresr - Getty Images

Pour éviter une reprise importante du coronavirus en Belgique, il faut à tout prix améliorer notre système de suivi des contacts, nos experts en sont convaincus, et une étude qui a modélisé les effets des mesures sur la transmission du Covid19 l'a démontré.

L'application numérique de lutte contre la propagation de la Covid-19 sera prête d'ici le mois de septembre: l'utilisation de cette application se fera sur base volontaire, elle fonctionnera selon un système bluetooth et permettra d'avertir d'un contact avec une personne contaminée de manière anonyme. Cette personne aura dû au préalable introduire un code reçu de son médecin.

Selon une enquête de l'institut Vias, 37% des Belges seulement se disent prêts à installer cette application sur leur smartphone. Et le suivi par téléphone mis en place se heurte visiblement à beaucoup de réticences, et donnerait peu de résultats. ".  Ce tracing se heurte aujourd’hui à un "refus de collaboration" des citoyens.

Gagner la confiance du citoyen

Et pourtant le suivi des contacts ("Il faudrait changer  le nom de tracing, c'est absurde" plaidait Alain Maron, le ministre bruxellois de la Santé, dans CQFD) est considéré par les chercheurs comme une des pistes privilégiées pour enrayer la transmission du virus. C'est ce que le virologue Marc Van Ranst disait encore ce week-end: pour éviter une reprise de l'épidémie et une éventuelle deuxième vague sur notre territoire, le suivi des contacts devrait être fait de manière plus rapide : "Idéalement, nous devrions savoir comment tout le monde a été infecté".

Même discours chez Marius Gilbert il y a quelques semaines: "En cas de reprise de la transmission et en l'absence de vaccin, le dispositif de suivis de contacts (le "tracing") est notre principale ligne de défense nous permettant de ne pas devoir retourner à des mesures collectives comme le confinement, expliquait-il sur Twitter. Pour que ce dispositif soit efficace, il doit gagner la confiance de chacun et pour cela être collaboratif, transparent, proportionné, sécurisé et intégré. "Collaboratif": le terme "tracing" est un désastre sémantique. Personne ne veut être "tracé". Ce dont il est question, c'est d'un "système d'avertissement" qui repose sur le partage collaboratif d'information en vue de nous avertir les uns les autres".

 

Une vaste étude  basée sur les données de quelque 40.000 Britanniques vient appuyer ces recommandations: elle conclut que le meilleur moyen de réduire la transmission (calculée via le Re ou taux de reproduction évolutif du virus) du coronavirus est de combiner des mesures de limitation des contacts avec des tests, et le suivi des contacts des personnes contaminées.

Dans leurs travaux, les chercheurs ont utilisé les données concernant les contacts sociaux de plus de 40 000 personnes incluses dans la base de données pour simuler la transmission du virus  dans différents contextes et avec différentes combinaisons de mesures.

Recherche manuelle des contacts et distanciation

Les tests intensifs pris isolément ne ralentiraient que très peu l'épidémie: leur modèle montre qu’avec 5 % de la population subissant des tests aléatoires chaque semaine (soit 460 000 tests par jour au Royaume-Uni), le Re serait de 2,5, en l'absence d'autres mesures. Quand on sait que ce R doit être en-dessous de 1 pour que la maladie s'éteigne, et que le taux "naturel" du coronavirus ou R0 est évalué entre 3 et 4, on voit que la stratégie semble peu efficace.

Par rapport à l'absence de mesures de contrôle, l’isolation des cas symptomatiques (à la maison) permettrait à elle seule de réduire la transmission d'environ 29 % (Re à 1,8).

La combinaison des stratégies d'isolation, de quarantaine des familles et de recherche des contacts via une application réduirait potentiellement la transmission jusqu'à 47 % (Re à 1,4).

Mais dans le cas d’une recherche "manuelle" des contacts d’une personne infectée, la réduction pourrait atteindre 64 % (Re à 0,94).

Et enfin, les auteurs estiment qu'une stratégie mêlant limitation des contacts quotidiens en dehors de la maison, de l'école et du travail à une "bulle" de quatre personnes, et recherche manuelle des contacts des personnes contaminées, réduirait la propagation de la maladie de 66 % (Re à 0,87).

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