Pourquoi le prix des assurances hospitalières explose-t-il ?

Les coûts des soins de santé sont très élevés en Belgique. La part des dépenses à la charge des patients est parmi les plus hautes d'Europe : il n'y a que la Suède, l'Espagne, le Portugal et la Grèce où l'on constate un pourcentage de dépense des ménages plus élevé qu'en Belgique. Notre pays se situe au-dessus du double de la France et du Luxembourg, pas loin du double de l'Allemagne et bien plus haut que les dépenses des ménages bataves selon l'OCDE.

Attention, ce chiffre global doit être affiné. Dans le détail, on se rend compte que ce sont les soins hospitaliers où la Belgique dérape totalement, comparé aux autres pays : nous sommes deuxième, derrière la Grèce.

Les Belges paient cher leurs hospitalisations, c'est un fait. Bien que ce coût ne soit pas particulièrement ressenti pour le plus grand nombre car il est généralement admis, dans le secteur, que 80% des Belges disposent d'une assurance hospitalisation. Ces assurances sont de trois types : soit payée par l'employeur, soit payée à une caisse d'assurance privée, soit payée à une mutuelle. Comment expliquer ces prix élevés ? Une partie de l'explication est à retrouver du côté de l'explosion des suppléments d'honoraires médicaux. 

L'agence intermutualiste (qui analyse les données des sept mutualités actives en Belgique) en fait le constat dans un rapport datant de début 2018 : "Augmentation inquiétante des suppléments d’honoraires médicaux facturés lors de séjours hospitaliers, leur croissance étant près de 2,5 fois supérieure à celle des honoraires assurance obligatoire officiels." Les assurances hospitalières prennent en charge ces suppléments, celles-ci ont donc plus de succès. Surtout que les patients ont tendance à prendre des chambres individuelles, pour lesquelles les suppléments sont très élevés (alors qu'il est interdit de facturer des suppléments lors d'un séjour dans une chambre commune). Ci-dessous, cette infographie des Mutualités chrétiennes montre bien la différence de coûts, à la charge du patient, généré par le choix d'une chambre individuelle : ce coût augmente, alors que les hospitalisations en chambre commune voient leur prix baisser. Jamais la différence entre chambre individuelle ou commune/deux lits n'a été aussi grande : 1280€ en 2017.

Les suppléments d'honoraires augmentent et conséquence directe, le prix des assurances suit la même trajectoire. En 2015, cette augmentation était annoncée. En 2017, elle était réalité. Et l'été dernier, elle était confirmée. Sur la période 2008-2017, la MC fait état d'une augmentation moyenne de 7%, par an. 

A quoi servent les suppléments d'honoraires?

Deux fonctions essentielles : assurer un supplément de revenus aux médecins et financer, indirectement, les hôpitaux. Ces derniers souffrent financièrement : l'étude MAHA 2018 de Belfius montre que 40% des hôpitaux sont dans le rouge. Les sources de revenus sont limités pour ceux-ci, les suppléments de chambre et d'honoraires permettent donc de "limiter la casse" budgétaire.

Supprimer les suppléments d'honoraires médicaux?

Pour les Mutualités chrétiennes, il existe une solution simple, il faudrait tout simplement interdire les suppléments d'honoraires et faire en sorte que les chambres individuelles deviennent la norme, les deux propositions étant liées : "Si nous extrapolons les chiffres du baromètre hospitalier MC à l’ensemble de la population, les patients ont payé près de 1,4 milliard d'euros de leur poche à l’hôpital en 2017, dont – selon nos estimations – 541 millions d’euros de suppléments d’honoraires. Pour les assurances facultatives, telles que les assurances hospitalisation, qui couvrent entre autres ces frais, les Belges (particuliers et employeurs) paient aujourd'hui ensemble environ 1,7 milliard d’euros de primes. Si les suppléments disparaissaient, les assurances hospitalisation ne seraient, en définitive, plus nécessaires. Les sommes ainsi libérées par les assurés et les employeurs pourraient être réinjectées dans l’assurance soins de santé obligatoire. On parviendrait de cette façon à un financement correct et transparent des hôpitaux et des médecins. Le patient a tout à y gagner. Les chambres individuelles deviendraient la norme, sans que personne n’ait à se préoccuper de sa facture d’hôpital".

Les tous derniers chiffres disponibles, publiés après l'analyste de la MC par l'agence inter-mutualiste, font apparaître une facture plus lourde encore pour les suppléments d'honoraires : 563 millions de suppléments d'honoraires pour 2017, un record. 

Dans l'interview ci-dessous, Jean Hermesse, le président de la mutualité chrétienne, explique pourquoi et comment la suppression des suppléments d'honoraires est une nécessité pour le secteur.

Médecins spécialistes et hôpitaux : même combat

Nous avons rencontré le docteur Jean-Luc Demeere, président du GBS, le groupement des médecins spécialistes et le docteur Yvan De Meeûs, administrateur-délégué des cliniques de l'Europe. L'un comme l'autre défendent le maintien du système actuel. Le premier rappelle que le système des suppléments d'honoraires est "historique", il servait à garantir un certain revenu aux médecins. La question de la hauteur revenus est importante : il faut maintenir une certaine hauteur d'honoraires, sous peine de voir les médecins quitter le pays et l'apparition d'une médecine transfrontalière, dit en substance le docteur Demerre. Pour le docteur De Meeûs, les suppléments d'honoraires sont indispensables pour assurer le financement des hôpitaux, à l'heure actuelle. Les supprimer, même avec le refinancement suggéré par la MC, serait contre-productif car, estime, entre autres, le patron des Cliniques de l'Europe, il est indispensable que les médecins soient parties prenantes du financement des hôpitaux.

La complexité des questions liées au financement des hôpitaux nous a incité à mettre en ligne l'intégralité des interviews des personnes que nous avons rencontrées. Raison pour laquelle, outre l'interview de Jean Hermesse ci-dessus, nous publions in extenso les entretiens menés avec les docteurs Demerre et De Meeûs.

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