Pourquoi la Belgique n'a-t-elle d'autre choix que de rapatrier les djihadistes?

Le groupe terroriste État islamique serait-il à l’agonie ? La victoire contre le groupe terroriste État islamique en Syrie et ses djihadistes combattants assiégés à Baghouz, dernier lambeau du territoire du califat, ne serait plus qu’une question de jours.

Pascal Boniface est le directeur de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Il préfère rester prudent face à cette disparition territoriale de Daech. « On doit s’en féliciter et en même temps ne pas crier victoire puisque la fin d’une emprise territoriale ne signifie pas la fin de Daech en tant que tel. Al-Qaïda a pu organiser des attentats terribles sans n’avoir aucune emprise territoriale. C’est une victoire, mais ce n’est pas la défaite définitive de Daech », nuance-t-il.

Sans territoire, l’attractivité idéologique de Daech auprès des jeunes est moins présente. Les combattants qui se sont exportés aux quatre coins du globe auront plus de mal à se coordonner, mais ne deviennent pas moins menaçants pour autant. « Leur tâche sera plus difficile, concède Pascal Boniface. Mais on sait très bien qu’ils peuvent s’organiser de façon déconcentrée, avoir des cellules dormantes, et toujours recruter. La tâche sera plus difficile, mais ils ne seront pas totalement démantelés et la menace du terrorisme ne sera pas totalement éradiquée. »

Nous n’avons pas d’autre choix que de les rapatrier

Le Président Donald Trump demande aux pays européens de rapatrier leurs ressortissants djihadistes. Si cela peut étonner de prime abord, il n’y a pas d’autre solution possible pour le géopolitologue français : « Que faire de ces combattants qui sont aux mains des alliés des Occidentaux et des Américains, les troupes arabo-kurdes. On ne va pas les lâcher dans la nature et nous n’avons pas tellement le choix que de les rapatrier, de les d’emprisonner et de les juger, revenus dans les pays respectifs de chacun, explique-t-il, bien qu’il admette la complexité de la question. Certains disent qu’il n’y a qu’à les laisser là-bas, mais c’est aussi le risque qu’ils puissent s’infiltrer de façon différente. Certains ont aussi dit qu’il fallait qu’ils soient tués là-bas, mais hors des combats c’est difficile pour un État de droit. Donc, les rapatrier et les juger me paraît être la moins mauvaise des solutions. »


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La proposition de Charles Michel, selon qui l’on pourrait créer une juridiction internationale ad hoc, semble assez bancale pour le spécialiste : « À ce moment-là, autant faire vivre la Cour pénale internationale (CPI) qui est un peu en difficulté. On ne peut pas multiplier les tribunaux ad hoc qui n’ont eu dans le passé sur le Rwanda, sur l’ex-Yougoslavie, sur le Liban. Mais la Cour pénale internationale a justement été créée pour avoir une justice qui soit normalement égale pour tous, même si on lui reproche aujourd’hui de s’adresser plus aux Africains qu’aux autres nations. La difficulté est que d’autres pays ne reconnaissent pas la CPI », tempère-t-il.

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