Pourquoi la Belgique met-elle fin aux évacuations depuis l’aéroport de Kaboul ? Les explications du gouvernement

Au vu de l’évolution de la situation en Afghanistan et en accord avec les autres partenaires européens, le gouvernement fédéral a pris la décision de mettre un terme aux évacuations depuis l’aéroport de Kaboul. Le Premier ministre, Alexander De Croo, la Vice-première ministre et ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder et le secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, Sammy Mahdi ont fait le point ce jeudi sur l’opération Red Kite et les raisons de l’arrêt des évacuations à partir de l’aéroport de Kaboul.

En raison d’une forte dégradation de la situation à Kaboul : un risque d’attentat

Le Premier ministre a confirmé que le dernier vol opéré entre Kaboul et Islamabad a atterri à l’aéroport de la capitale pakistanaise à 21h30, heure d’Islamabad. "Tous les Belges et toutes nos équipes qui étaient sur le tarmac de l’aéroport ont été évacués", a confirmé le Premier ministre, Alexander De Croo.

Au total, 23 vols ont été opérés par les avions belges entre la capitale afghane et celle du Pakistan. Un peu plus de 1400 personnes, dont 300 enfants, ont ainsi pu être évacuées grâce aux C130 belges. Parmi ces personnes figuraient beaucoup d’ayants droit belges, mais aussi beaucoup de personnes transportées pour le compte d’autres pays, notamment les Pays-Bas.

La situation s’est très fortement dégradée

L’arrêt des opérations d’évacuation au départ de Kaboul a été décidé mercredi parce que, a expliqué Alexander De Croo, "pendant la journée, la situation s’est très fortement dégradée". Les autorités belges ont aussi reçu des informations "d’imminence d’attentat à la bombe suicidaire", a poursuivi le Premier ministre.

"L’usage d’armes à feu s’était accru dans la ville", a précisé la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder. "Nos hommes de terrain ont entendu ces tirs" et demandé de "partir sur la dernière rotation", a ajouté Ludivine Dedonder.

Les autorités belges ont alors eu de nombreux contacts avec les pays partenaires qui ont tous eu la même approche, a souligné le Premier, de diminuer et d’arrêter les vols de Kaboul vers Islamabad.

Avec l’imminence du départ des troupes américaines d’Afghanistan, continuer à opérer des vols entre Kaboul et Islamabad devenait aussi impossible. Selon la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, des discussions ont encore eu lieu mercredi au G7 pour "demander aux Américains de rester aussi longtemps que nécessaire", sans succès, notamment parce que du côté des talibans, on refusait aussi toute prolongation.

Combien de personnes évacuées et rapatriées ? Combien seraient encore en Afghanistan ?

La ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès a répondu à ces questions sur le nombre de personnes qui figuraient sur les listes de personnes à évacuer, sur le nombre de celles qui ont été évacuées de Kaboul et sur le nombre de celles qui sont arrivées en Belgique. Sophie Wilmès a insisté sur la nécessaire prudence avec ces chiffres qui ne pourront être validés qu’une fois le dernier décompte opéré à la caserne de Peutie, à Vilvoorde, où toutes les personnes évacuées d’Afghanistan et rapatriées en Belgique transitent, le temps d’un bilan de santé et des vérifications nécessaires de leur identité.

Sophie Wilmès a ainsi précisé que la Belgique a appelé 934 personnes à évacuer, dont environ 489 personnes de la "catégorie 1, des Belges et ayants droit (époux, épouses, enfants), 9 Luxembourgeois. La Belgique a aussi contacté d’autres catégories de personnes, 75 personnes qui ont travaillé pour la Défense en Aghanistan et une dizaine de personnes qui ont travaillé pour le consulat belge. Les autorités belges avaient aussi identifié une liste de gens "plus fragiles", soit 265 personnes. S’y ajoutaient 90 personnes ayant un titre de séjour en Belgique.

Une partie de ces personnes figuraient parmi celles évacuées grâce aux 23 vols opérés par les C130 belges entre Kaboul et Islamabad. Certaines ont pu être évacuées par d’autres moyens. Dans les avions belges, parmi les 1400 personnes transportées, se trouvaient également des personnes évacuées pour le compte d’autres pays, par exemple les Pays-Bas, avec lesquels la Belgique avait des accords de coopération.

Tant que toutes les personnes figurant sur la liste belge ne seront pas passées par la caserne de Peutie, il ne sera pas possible d’avoir un décompte complet.

Reste-t-il des personnes contactées par les Affaires étrangères qui seraient toujours en Afghanistan ? Probablement, mais là aussi, la ministre des Affaires étrangères se veut prudente. "Il y avait une trentaine de personnes qu’on avait contactées et qui n’ont pas réussi à rentrer dans l’aéroport", a déclaré Sophie Wilmès. "Nous n’avons pas d’informations sur ces trente-là, s’ils ont pu ou pas rentrer dans l’aéroport", a complété la ministre des Affaires étrangères, mais "on a des informations de certaines personnes dont on sait qu’elles n’ont pas pu atteindre l’aéroport". Mercredi, il était d’ailleurs fait état d’un bus "belge" ayant été refoulé par les talibans avant d’entrer dans l’aéroport.

De son côté, le Premier ministre a expliqué qu’il y aurait encore "grâce à la coopération des Néerlandais, quelques Belges qui seraient rentrés cette nuit dans l’aéroport", une information "à confirmer".

114 personnes dont on ne sait pas si elles ont quitté Kaboul

Sophie Wilmès a aussi expliqué que, parmi les 934 personnes identifiées sur la liste belge des personnes à évacuer, figurent "114 contacts dont on n’est pas certain qu’ils ont quitté Kaboul". Ces personnes ont été averties "de la dégradation de la situation sécuritaire, que les C130 ne circuleraient plus et que nous leur demandions de prendre contact avec l’ambassade", a expliqué Sophie Wilmès. "A ce jour, nous avons eu 12 réponses. Nous sommes convaincus que dans ces 114 contacts, il y a des gens qui sont déjà arrivés en Belgique", a estimé Sophie Wilmès. Ces personnes n’auraient pas encore pu être identifiées ou se trouveraient sur les listes d’autres pays.

Sophie Wilmès a malgré tout confirmé que certains ayants droit ont décidé de ne pas rentrer pour des raisons familiales, par exemple pour ne pas quitter des proches. "Ces personnes sont toujours prises en considération", a souligné la ministre.

La fin des évacuations belges de Kaboul, mais le travail se poursuit

"Du personnel militaire et des moyens matériels restent déployés à Islamabad", a confirmé la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder. Les Belges restent sur place "pour analyser la situation et voir si elle devait évoluer, d’une manière ou d’une autre", a expliqué la ministre.

La Défense belge maintient donc ses avions à l’aéroport d’Islamabad "pour pouvoir ramener des gens en Belgique", a déclaré Ludivine Dedonder.

La façon va changer


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Des questions restent en suspens. Pour ceux qui sont encore en Afghanistan et n’ont pas pu profiter des opérations d’évacuation, quelles seront les perspectives ? L’aéroport de Kaboul rouvrira-t-il ? Sera-t-il possible de voyager de l’Afghanistan vers d’autres pays et lesquels ? "Cela ne veut pas dire qu’on ne va plus aider les gens qui sont dans une situation difficile", a déclaré le Premier ministre Alexander De Croo, mais "la façon va changer".

A ce stade, la Belgique n’a pas de relations institutionnalisées avec les talibans, a souligné la ministre des Affaires étrangères. Selon elle, des discussions devront se tenir au sein de la communauté internationale, notamment à l’ONU, pour savoir "quelles relations avoir avec le gouvernement à mettre en place" en Aghanistan. "Quel type de relations et quel statut pour ces relations", a précisé la ministre.

De son côté, le Premier ministre, Alexander De Croo a souligné la vitesse de la montée en puissance des talibans qui a surpris. "Du point de vue international, on n’avait pas le bon jugement", a-t-il déclaré. Il s’est aussi interrogé sur la décision des Etats-Unis prise unilatéralement de quitter l’Afghanistan, alors que les troupes y étaient engagées, aux côtés de celles des alliés de l’OTAN, en raison de la solidarité entre membres de l’OTAN après une attaque. "Il y aura des discussions à avoir", a expliqué Alexander De Croo. Il estime aussi que la coopération entre États membres de l’Union européenne a fonctionné dans la gestion de cette crise, "mais pourrait mieux fonctionner", selon Alexander De Croo.

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