Pour Paul Magnette, le site de Caterpillar "peut, doit et sera repris"

Trois jours après l'annonce de la fermeture du site de Caterpillar à Gosselies, le ministre-président wallon et bourgmestre de Charleroi Paul Magnette (PS) répondait aux questions de Bertrand Henne sur Matin Première. 
Trois jours après l'annonce de la fermeture du site de Caterpillar à Gosselies, le ministre-président wallon et bourgmestre de Charleroi Paul Magnette (PS) répondait aux questions de Bertrand Henne sur Matin Première.  - © Tous droits réservés

Trois jours après l'annonce de la fermeture du site de Caterpillar à Gosselies, Paul Magnette (PS) répondait ce lundi matin aux questions de Bertrand Henne sur La Première. Que peuvent espérer les quelques 6000 travailleurs et sous-traitants de l'entreprise américaine? Le ministre-président wallon et bourgmestre de Charleroi est revenu sur "l'erreur stratégique majeure" de la direction, et s'est montré ambitieux sur les perspectives d'avenir du site, évoquant une reprise.

Vers une réaction politique "à la hauteur de la dignité des travailleurs"

"La détermination est totale, le soutien est total", a-t-il commencé par affirmer, à l'attention des travailleurs et sous-traitants : "Ils doivent savoir, et ils le savent, que nous sommes totalement déterminés à les soutenir jusqu’au dernier". "La dignité dont ils ont fait preuve après cette annonce tellement brutale et cruelle est exemplaire et mérite une réaction du monde politique à la hauteur de cette dignité".

Et cette réponse ne se fera pas attendre, à en croire Paul Magnette : des contacts ont été pris avec le gouvernement fédéral, et en particulier avec le ministre fédéral de l’Emploi Kris Peeters (CD&V), ainsi qu’avec les syndicats. "On a engagé des avocats, on a travaillé tout le weekend sur l’ensemble des plans". La priorité immédiate, c'est d'"aller au bout de la procédure Renault". "C’est très important. J’ai demandé dès vendredi à l’entreprise qu’on puisse avoir accès à toutes les données financières et juridiques".

"Il faut qu’on puisse faire la démonstration, et nous la ferons, que ce n’est pas un raisonnement économique ni industriel, que c’est une décision purement financière. Ce groupe fait des bénéfices, il a triplé ses dividendes ces dernières années. Les ouvriers de Caterpillar ont fait des efforts colossaux (...). Ils ont fait la démonstration qu’on a la capacité de s’adapter et de se battre en Wallonie et qu’on a un savoir-faire remarquable. Et malgré cela, on ferme".

"Erreur stratégique" et "volonté de dépeçage organisé du site de Gosselies"

"Je connais très bien cette entreprise", rappelle le ministre-président wallon, appelé par Caterpillar en 2009 et en 2013: "Ils nous ont demandé de mettre en place le chômage économique des employés. C’est pour Caterpillar que nous l’avons fait à l’époque". Depuis, aucun contact n'a été pris par l'entreprise avec les autorités publiques, dénonce-t-il. 

A la différence du cas d’Audi Bruxelles, où les patrons s’étaient montrés proactifs dans la recherche de solutions et "avaient en tout cas une volonté de travailler avec les autorités". "On était inquiets" pour Caterpillar, suite notamment à l’annulation des festivités du 50e anniversaire de l'entreprise, "mais on ne présumait pas d’une décision aussi violente".

"Je crois tout simplement qu’il y a eu ces derniers mois une volonté de dépeçage organisé du site de Gosselies". Pour Paul Magnette, les travailleurs font les frais d’une "erreur stratégique majeure" de la direction de Caterpillar, qui "a décidé de se concentrer sur ce type de machines-là, alors qu’ils savaient que le marché européen était complètement déprimé."

"Il faut tout faire pour récupérer tout ce qu’on peut récupérer"

Sa vision de l'avenir du site de Gosselies est ambitieuse et optimiste : pour lui, le site "peut, doit et sera repris". "Il ne le sera pas par un repreneur unique. C’est un marché qui est très restreint, il y a trois ou quatre producteurs mondiaux." Mais "il faut récupérer tout ce qu’on peut récupérer, de l’outillage, du savoir-faire des travailleurs et de tout ce qu’on peut conserver comme activité. Et à partir de là, reconstruire un site technologique complet sur le plateau de Gosselies".

Et le bourgmestre de Charleroi de laisser entendre que des repreneurs potentiels existent : "Vous comprendrez qu’à ce stade, il faut rester très discret, mais il y a déjà eu des gens qui se sont manifestés dans les premières heures qui ont suivi l’annonce de la fermeture. Parce que ce site est un joyau technologique". Des prévisions encourageantes que le ministre-président wallon tient toutefois à tempérer : "Je ne veux pas donner de faux espoirs aux travailleurs".

Que pense-t-il de la proposition de Kris Peeters, ministre fédéral de l’Emploi, que la Wallonie récupère le terrain de Caterpillar ? "D’abord, ils ne peuvent pas partir avec, ça c’est le grand avantage, il est là, il est sur notre territoire". Et de pointer du doigt l’importance de ce terrain de 100 ha, l’un des plus grands sites industriels du pays, situé sur un nœud autoroutier essentiel. "Mais moi, je ne veux pas juste un terrain sur lequel il n’y ait plus d’activité. Ce terrain comporte des hangars, des machines d’une qualité exceptionnelle, des bâtiments extrêmement importants. Et donc je veux d’abord sauver le maximum d’activité économique, sauver le maximum d’équipement et de savoir-faire, et à partir de là, reconstruire tout un campus d’une industrie manufacturière 4.0."

"Ce n’est pas un problème wallon", "Caterpillar, c'est l'anti-plan Marshall"

"Ce que je ne laisserai pas dire, pas une seule fois, c’est que c’est un problème wallon", prévient Paul Magnette. "Ce n’est pas un problème wallon. C’est exactement la même situation que celle que nous avons vécue à Ford Genk et à Opel Anvers. Ce sont simplement de grandes industries manufacturières, qui fonctionnent à l’ancienne". Car, rappelle-t-il, Caterpillar "n’a jamais voulu travailler dans le cadre du Plan Marshall" : "Vous savez qu’à Caterpillar Gosselies, on ne fait pas de recherche et développement ? Au XXIe siècle, une entreprise aussi importante ne fait pas de recherche, n’a pas de politique commerciale autonome, n’a aucun plan de développement, n’a pas souhaité être aidée pour ses exportations… (...) Caterpillar, c’est l’anti-plan Marshall".

Et pour cause: "C’est une branche d’une grande multinationale américaine qui est complètement gérée ailleurs". Pour éviter que le scénario ne se répète, dorénavant, "les multinationales doivent s’enraciner dans le terreau local".

"Le PTB aujourd'hui, c’est le cadet de mes soucis"

Le PTB affirmait ce weekend, en la personne de son président Raoul Hedebouw, que Caterpillar n’avait payé que très peu d’impôts grâce aux intérêts notionnels. Tout en contestant les calculs du PTB et en répétant "le PTB aujourd’hui, c’est le cadet de mes soucis, moi je m’occupe des travailleurs", Paul Magnette reconnait que "les intérêts notionnels ne sont manifestement pas la réponse, puisqu’une entreprise comme celle-ci, qui bénéficie d’intérêts notionnels, cela ne l’empêche pas de fermer son site".

"Ce choc a eu pour effet de créer aussi avec le gouvernement fédéral une volonté d’approfondir une union sacrée et de travailler ensemble. J’ai eu des contacts avec Kris Peeters, je l’ai reçu avec Charles Michel au siège du gouvernement wallon à Namur". "Dépassons ces petites querelles stériles", conclut-il.

Réécoutez l'interview ci-dessous

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