Pour le professeur Yves Coppieters, les phases de déconfinement vont trop vite. La ministre Caroline Désir réplique

Invité sur le plateau du journal télévisé de 19h30, Yves Coppieters, professeur en santé publique à l'ULB, a expliqué regretter la rapidité avec laquelle les mesures de déconfinement s’enchainent. Après la "phase de la peur ", celle du "déconfinement encadré", Yves Coppieters estime que : "désormais, on est dans une phase de moindre risque, comme si le danger et le virus avaient disparu de l’environnement. Ces phases vont trop vite. La temporalité entre ces phases est un peu trop rapide". Trop rapide selon lui, car le temps d’analyse de l’évolution de l’épidémie entre ces phases est trop court. Yves Coppieters s’inquiète donc du retour des enfants à l’école: "Ils sont rentrés à l’école le 18 mai donc ça fait 10 jours. Ce qui signifie que la fenêtre d’observation n’est pas de 15 jours. Et donc je pense que c’est un peu trop rapide pour reprendre un ensemble d’activités plus importantes sans les évaluer au préalable".  

A l’inverse, pour Caroline Désir (PS), tous les feux étaient au vert pour permettre cette rentrée. La ministre de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles s’appuie d’abord sur l’avis rendu par près de 300 pédiatres la semaine dernière ; des pédiatres pour qui le confinement nuit à la santé mentale des enfants. "Ces pédiatres ont été suivis par 16 000 médecins qui ont relayé leur appel ", replique-t-elle. "Ma responsabilité de ministre, c’est de prendre des décisions politiques. Parfois elles ne font pas l’unanimité. Je dois recevoir les critiques et les entendre mais mon boulot, c’est de trancher entre les avis". Et d’ajouter : "Il était de ma responsabilité de permettre cette possibilité aux écoles", précisant que le groupe d’experts en charge de la stratégie de sortie de crise a lui aussi donné un avis positif à cette rentrée.

 

"On a déjà oublié les gestes barrières"

Pour Yves Coppieters, le relâchement face aux consignes de sécurité s’observe déjà en rue. "On le voit par le port du masque, surtout par le non-respect de la distance de sécurité. Et le fait que ce port du masque ne soit pas obligatoire pour les adultes à l’école peut poser problème". Car ce professeur rappelle que : "il reste encore beaucoup d’inconnues à propos de ce virus. Il faut donc surtout rester prudent et si on relance les activités, il faut mettre la priorité sur les gestes barrières ". Or le port du masque n’est pas obligatoire à tout moment pour les instituteurs en maternelles comme le précise à nouveau la ministre elle-même : "C’est recommandé fermement pour l’ensemble des enseignants. Pour les enseignants du primaire, ils peuvent le retirer par moment, faire une pause. Seuls les enseignants des maternelles qui, quand ils sont dans leur classe, avec leur groupe d’enfants seulement, peuvent retirer leur masque en présence de ces enfants". Une décision à nouveau établie en suivant les avis des différents experts : "On sait que les enfants de 0 à 12 ans ne sont pas moteurs l’épidémie, sont peu malades et visiblement peu transmetteurs du virus. Par contre, on doit continuer à protéger les adultes et c’est pour ça que les gestes barrières sont indiqués dans la circulaire envoyée dès ce soir". Mais pour Yves Coppieters : "Avoir un masque à l’école devrait être une recommandation de bon sens. Tous les adultes qui travaillent dans l’école devraient porter le masque au moins jusque fin juin. Ces adultes sont en contact avec d’autres adultes dans l’école, avec les parents et avec leurs proches le soir dans la cellule familiale. Il faut être conscient que ce groupe d’adultes travaillant dans les écoles va devenir un groupe à risque de transmission s’ils ne respectent pas les gestes barrières ".

Yves Coppieters aurait préféré "une phase pilote jusque fin juin pour tester les mesures barrières à l’école et transposer ce qui est transposable en septembre". La ministre a d’ailleurs essuyé une série de critiques de la part de certaines directions dénonçant un maque de clarté dans les directives communiquées. "Je peux entendre que les directeurs se sentent bousculés", répond-elle, précisant qu'aucune sanction ne visera un élève s'il ne retourne pas à l'école puisque ce retour reste sur base volontaire. "Mais les conditions que les directions doivent mettre en œuvre sont des conditions qui datent du 24 avril. A l’échelle de la durée de vie d’une épidémie, c’est long, ça fait déjà plus d’un mois. Aujourd’hui, les experts ont réévalué ces conditions pour permettre plus de souplesse pour les enfants. On nous a reproché au départ que ces conditions étaient difficiles à mettre en place. A l'époque, certains nous ont presque accusés de maltraitance".

Yves Coppieters pointe quant à lui une autre incohérence : "pourquoi ne dit-on rien sur la cellule familiale ?" Pour le moment, il n'est possible de revoir que 4 personnes maximum, toujours les mêmes et par foyer. Une règle qui, selon lui, n'a plus lieu d'être si les écoles rouvrent et que d'autres libertés sont octroyées : "Pourquoi est-ce qu’on n’ouvre pas davantage cette cellule si on est capable d’avoir des gestes barrières par rapport aux personnes les plus vulnérables?". La réponse à cette question sera très certainement communiquée lors du Conseil national de sécurité le 3 juin prochain.

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