Pour le patron de l'AFCN, "le risque nucléaire n'est plus acceptable"

Willy de Roovere lors de la conférence de presse du 16 août dernier sur les défauts des cuves des réacteur.
Willy de Roovere lors de la conférence de presse du 16 août dernier sur les défauts des cuves des réacteur. - © Belga/Georges Gobet

Willy De Roovere est encore à la tête de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire pour quelques jours. Avec la liberté de parole que lui ouvre sa proche mise à la retraite, il livre sans ambages le fond de sa pensée sur les risques de l’énergie nucléaire.

"Nous devons vivre avec cela : il y a toujours un risque lié à l’énergie nucléaire. Et nous devons aussi nous demander si le risque est acceptable pour la société. Je pense qu’aujourd’hui il ne l’est plus."

Ces déclarations sans détours, remarquables chez quelqu’un qui a fait l’essentiel de sa carrière dans le nucléaire, c’est le directeur général depuis 2006 de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire qui les faisait ce lundi dans l’émission "De Ochtend" de Radio 1 (VRT). Mis à la retraite dès le 1er janvier 2013, cet ingénieur civil de l’université de Gand a travaillé chez Electrabel pendant 30 ans, avant un bref passage par Belgonucléaire. Il sera remplacé à la tête de l'AFCN par Jans Bens, l’actuel patron de la centrale de Doel. Celle précisément que Willy De Roovere a contribué à démarrer puis a dirigée entre 1989 et 2006.

La société doit choisir

Considérant la catastrophe de Fukushima et l’affaire des microfissures dans les cuves des centrales belges (et sans doute dans 350 autres dans le monde), il ajoute : "Nous voyons les risques de l’énergie nucléaire et donc je préférerais avoir une autre source d’énergie. Mais nous devons poursuivre le débat : si nous décidons de renoncer au nucléaire et par exemple la Chine non, cela aura évidemment un impact économique." Selon Willy de Roovere, c’est la société qui doit faire un choix.

En août dernier, Willy de Roovere avait irrité le monde politique, notamment Johan Vande Lanotte et le secrétaire d’État à l’Énergie Melchior Wathelet par ses déclarations pessimistes sur les chances d’un prochain redémarrage du réacteur de Doel 3, arrêté pour causes de microfissures dans la cuve. Il avait également émis des craintes quant à la probabilité que les mêmes défauts de fabrication des cuves se retrouvent ailleurs. Il avait même évoqué à cette occasion la sécurité d’approvisionnement en énergie de la Belgique et évoqué de possibles "blackouts" cet hiver.

Trop de liens entre contrôleur et contrôlé

Dans son interview de ce lundi à la VRT, Willy De Roovere évoque la date de la mi-janvier pour la disponibilité des résultats des analyses sur les cuves de Doel 3 et pour une décision quant au redémarrage. Un dossier dont se chargera son successeur à la tête de l’AFCN… toujours patron de Doel jusqu’au 31 décembre.

Certains observateurs accusent le gouvernement d’agir sous l’influence du lobby nucléaire et dénoncent les rapports malsains et peu transparents entre producteurs et autorités, être contrôleurs et contrôlés, les anciens braconniers ne faisant pas en l’occurrence les meilleurs gardes-chasse.

ECOLO a notamment réclamé que le directeur de l’AFCN reste en place le temps que les contrôles des cuves de réacteurs par ultrasons soient terminés sur l’ensemble du parc nucléaire belge. Ceci afin de tirer profit des connaissances de quelqu’un qui connait bien le dossier et donner un gage manifeste de transparence à la population belge en matière de sécurité nucléaire. Un appel resté sans suites.

Patrick Bartholomé

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