"Pour la paix sociale, il faudra prendre des mesures en terme énergétique" estime l’économiste Bruno Colmant

Le coût de la vie augmente. Avec une inflation de 2,73% pour le mois d’août, cela fait presque dix ans que la Belgique n’a pas connu pareille hausse des prix. Cette inflation est calculée sur base de l’Indice des prix à la consommation, ce qu’on appelle parfois "le panier des ménages".

Or, dans ce panier tous les prix n’évoluent pas de la même manière. Ces dernières semaines, c’est particulièrement la facture d’énergie qui tire la valeur globale du panier à la hausse.

Le gaz naturel, par exemple, coûte presque 50% de plus qu’il y a un an. Son prix est repassé au-dessus de son niveau d’il y a 3 ans qui était déjà particulièrement élevé. L’électricité, elle, coûte 17% de plus qu’il y a un an et bat son record historique de prix. Le carburant a augmenté de 15% en un an.

QR l’actu fait le point sur ces hausses de prix avec l’économiste Bruno Colmant et Jean-Philippe Ducart, le porte-parole de Test-achat.

Pourquoi tout augmente ?

Bruno Colmant confirme la tendance d’augmentation des prix. C’est une des conséquences indirectes de la crise du covid que nous avons traversé :"Globalement au niveau planétaire, une épargne importante s’est accumulée et tout d’un coup, elle se transforme en dépense. Il y a des plans de relance comme celui des États-Unis qui a un impact quasiment planétaire parce que les Américains ont des capacités d’achat plus important. Et parallèlement à cela, on constate des problèmes dans les lignes d’approvisionnement c’est-à-dire que tout ce qui est produit en Chine est malmené. Tout ceci conduit à créer un chaos sur les marchés et une hausse des prix principalement dans le domaine de l’énergie". La tendance n’est pas irréversible selon l’économiste mais il estime que la pression sur les prix des matières premières va subsister. La demande a en effet fortement chuté pendant la crise du covid mais aujourd’hui cette demande reprend avec un rattrapage très important. L’économiste explique enfin que pour soutenir l’économie, les états et les banques centrales ont injecté beaucoup d’argent. Cela s’appelle faire tourner la planche à billets. Un mécanisme qui pousse inévitablement à de l’inflation.

Et l’énergie, pourquoi ça flambe ?

Pour se fournir en gaz, on se tourne vers la Russie et la demande actuelle est importante. Le gaz russe est donc plus cher. Une partie de notre électricité est produite dans des centrales à gaz. Bref, tout ceci confère à une augmentation généralisée de l’énergie à entendre Bruno Colmant : "Les prix vont continuer à augmenter. Pour l’électricité, ça va augmenter progressivement. Le prix de gros de l’électricité augmente en une fois mais pour le consommateur final, il y a un effet retard dû en partie au contrat fixe avec le fournisseur. Mais il est clair que cet impact financier va se répercuter petit à petit et dans la durée sur les consommateurs et sur l’ensemble de l’économie".

Peut-on contrôler le prix de l’énergie ?

Sur votre facture énergétique, vous avez à peu près 55% du prix qui est lié à des taxes, redevances ou autres cotisations rappelle Jean-Philippe Ducart. Le reste, c’est de la fourniture de gaz et d’électricité. "Les gouvernements ont clairement une marge de manœuvre. Ils peuvent décider de modifier le niveau des taxes et autres redevances. Ils ont aussi un pouvoir de décision sur le financement du renouvelable qui nous coûte très cher. Les autorités peuvent aussi baisser le prix de la TVA. Notre proposition à Test-achat, a toujours été de baisser la TVA sur un montant incompressible de 1500 Kilowatt heure par an pour tout le monde et de manière temporaire".

Les salaires ne suivent pas les prix ?

Pour corriger, cette hausse des prix, il y a le saut d’index qui permet d’augmenter les salaires. Cependant, le prix de l’électricité n’intervient qu’à autour de plus ou moins 3% dans cet indice des prix. En d’autres termes, comme l’explique Bruno Colmant, s’il y a une augmentation importante de l’électricité, l’indice va à peine augmenter alors que dans le budget des ménages, cela peut représenter un montant très important. "On estime que la facture de gaz et d’électricité va augmenter de plus ou moins 100 euros par mois l’année prochaine. C’est bien plus l’indice pour la même période. Immanquablement, le pouvoir d’achat des ménages va se contracter".

Pour l’économiste, il faut envisager de revoir ce mécanisme de l’index. A ceux qui estiment qu’il faudrait une augmentation forfaitaire du salaire, Bruno Colmant suggère un système où le salaire augmenterait en pourcentage jusqu’à 100 euros maximum d'augmentation, par exemple, et puis ce serait un montant fixe. L’idée avait été lancée, il y a une quinzaine d’années par la Banque nationale mais ça avait été refusé par les syndicats pour différentes raisons. "D’une manière ou d’une autre, il faut repenser le problème avec une autre logique parce que les dépenses incompressibles sont trop importantes par rapport au revenu moyen d’un ménage. Si l’on veut garantir la solidarité et la paix sociale dans notre pays, il faudra prendre des mesures en termes d’énergie".

Et cette problématique semble bien comprise par la ministre de l’Energie Tinne Van der Straeten (Groeo). Elle plaide pour une extension du tarif social de sorte que les personnes disposant de bas revenus restent protégées de la hausse des prix du gaz et de l’électricité. Reste à voir si cette mesure sera suffisante pour faire face à la crise qui s’annonce.

 

 

 

 

 

 

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