Lutgen: "Pour certains, l'intégration n'est pas un échec mais un fiasco"

"Pour certains, l'intégration n'est pas un échec. C'est un fiasco"
"Pour certains, l'intégration n'est pas un échec. C'est un fiasco" - © Tous droits réservés

Les événements de ces deux dernières semaines, en France et en Belgique, ont mené le gouvernement fédéral à proposer un plan pour faire face à la menace terroriste et à la radicalisation. Invité de Matin Première ce lundi, le président du cdH Benoît Lutgen s'est exprimé quant à ces mesures et a tenu à assurer que les humanistes travaillaient également sur cette problématique au sein des gouvernements wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, compétents notamment pour l'éducation et la politique d'intégration.

Vendredi, Charles Michel présentait avec ses vice-Premiers ministres douze mesures pour lutter contre le radicalisme. Armée dans les rues, retrait de nationalité, échange d'information… Cette annonce se voulait être un geste fort après la vaste opération antiterroriste menée jeudi dernier, notamment à Verviers et à Molenbeek. Même s'il salue "la volonté du gouvernement de prendre à bras-le-corps la lutte contre le fanatisme et le terrorisme", Benoît Lutgen, président du cdH, estime que certaines mesures sont "insuffisantes" notamment d'un point de vue budgétaire.

"Des diminutions ont été décidées par le gouvernement MR-N-VA notamment pour la police et la Justice, dit-il. Nous les avions dénoncées en son temps, et on voit maintenant ô combien on aurait besoin de ces budgets-là pour les mettre à niveau."

Le Premier ministre l'a toutefois affirmé : les services qui ont besoin de moyens en auront. Les ressources seront donc affectées en fonction des demandes en matière de sécurité. "Oui, mais…" répond Benoît Lutgen qui estime que "la police a besoin de perspectives". Il faut en effet selon lui la "réalité de l'ensemble des éléments dès le départ pour pouvoir planifier l'ensemble des services de sécurité et, d'ailleurs, pas uniquement concernant la lutte contre le terrorisme."

Le recours à l'armée "n'est pas une solution durable"

Dans ce débat quant à la perspective budgétaire des services de sécurité, l'opposition a tendu la main à la majorité "avant même les tragédies que l'on a pu connaître", juge le président des humanistes. Une remise à niveau des moyens financiers alloués à la police et à la Justice permettrait en outre d'éviter "d'utiliser l'armée à tire-larigot".

"Ce n'est pas une solution durable, souligne-t-il. C'est une solution qui doit être très temporaire dans des missions très spécifiques, notamment de sécurisation de bâtiments, pour lesquelles l'armée est formée. Mais, moi, je ne souhaite pas un État où on voit l'armée partout, ce n'est pas son rôle premier. Je rappelle aussi d'ailleurs qu'elle a actuellement d'autres missions importantes à l'étranger."

Le message du cdH est donc celui du débat, d'une grande table ronde majorité-opposition pour entendre l'ensemble des avis en matière de sécurité. "Le point de vue de l'unité, ce n'est pas de dire 'la majorité impose son point de vue à tout le monde'. Il faut aussi discuter de la prévention, il n'y a pas que l'aspect de la sécurité propre".

Par voie de communiqué, le PS a ce lundi rejoint la position du cdH en affirmant également vouloir des mesures à "moyen et long terme". Le parti socialiste évoque également la nécessité de donner aux services de sécurité les moyens pour "lutter contre le radicalisme violent" et d'accroître "les efforts de prévention".

Où sont les mesures pour la Région et la Fédération ?

Mais, si la réponse du gouvernement fédéral aux événements de ces dernières semaines ne s'est pas faite attendre, les gouvernements PS-cdH de la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles, compétentes notamment pour la Culture, l'Enseignement ou encore les politiques d'intégration, sont restées relativement muettes.

"Il y a toute une série de propositions qui ont été déposées, notamment pour intervenir dès le plus jeune âge dans des cours de citoyenneté, de dialogue interconvictionnel, répond Benoît Lutgen. Cela doit être fait dès la maternelle et le primaire. L'objectif est très clair pour le cdH : tous les élèves doivent apprendre les valeurs fondamentales universelles qui fondent notre société. C'est sans concession, personne ne doit échapper à cela, quel que soit l'âge. (…) Droits et devoirs, Déclaration universelle des droits de l'Homme… Tous les éléments aussi importants que ceux-là doivent être appris au plus profond de chacun, car cela fait partie du vivre ensemble. La tolérance, la liberté d'expression, les luttes contre toute forme de xénophobie ou de racisme."

Dans l'accord de gouvernement, il est convenu de "remplacer une heure de religion par une heure d'éducation à la citoyenneté, au questionnement philosophique", comme l'a rappelé Joëlle Milquet dans le journal L'Écho. Mais il faudrait donc aller plus loin selon le président du cdH. "Le tout maintenant, c'est de pouvoir faire en sorte que ce soit le cas partout, que ce soit commun."

L'intégration ? "Un fiasco pour certains"

L'intégration est aussi un autre sujet pour lequel Benoît Lutgen contredit quelque peu Joëlle Milquet. "Il faut arrêter de dire qu'il y a un problème d'intégration", disait-elle. Pour son chef de parti, "ce n'est pas un échec, c'est un fiasco" pour certains, lance-t-il en visant "ceux qui partent à l'étranger combattre dans des pays où nous avons envoyé des troupes" et qui dès lors viennent "combattre aussi les troupes belges".

"Ce sont des actes de trahison, souligne-t-il encore avant de nuancer davantage ses propos. Donc, oui, c'est un échec de l'intégration pour ceux-là. Et en même temps, je le dis avec la même force : pour l'immense majorité, l'intégration est une réussite. Il ne faut pas tout mélanger. Mais, pour ceux-là, reconnaissons qu'ils sont passés au travers du système d'intégration chez nous et que nous devons pouvoir nous poser les bonnes questions pour analyser la situation."

T.M. (@thomasmignon)

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