Pour Alain Mathot, le PS ira à la négociation sans tabou

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Alain Mathot dirigera la liste du PS à Liège, devant Michel Daerden. Un changement de génération qui traduit aussi une volonté de rénovation. Mais le bourgmestre de Seraing a déjà de la bouteille et de qui tenir. Il déroule, au micro de Bertrand Henne, le plan de campagne du PS.

Alain Mathot emprunte son slogan à Amnesty International  "On a raison d'être en colère, on aurait tort de ne rien en faire", pour traduire le sentiment qu'il croit percevoir dans l'opinion. "On peut comprendre le désarroi de certaines personnes, mais l'important c'est de rappeler l'importance d'aller voter !", affirme-t-il.

Député sortant et bourgmestre de Seraing, ce spécialiste de la lutte contre la fraude fiscale se refuse à rentrer dans une querelle de chiffres sur l'ampleur du phénomène : "Ce qui est sûr c'est qu'elle est beaucoup trop importante en Belgique et qu'il faut lutter contre cette fraude fiscale, qu'il y a des mesures à prendre et que voilà un moyen efficace d'obtenir des rentrées financières qui ne se fasse pas sur le dos de l'ensemble de la population".

Fraude fiscale: haro sur Didier Reynders

Il regrette que l'accent porté sur la fraude fiscale ces dernières années ne se soit pas traduit par davantage de résultats. Mais alors que le PS, son parti, est au gouvernement depuis 22 ans, il pointe la responsabilité du ministre des Finances, le MR Didier Reynders, tête de liste comme lui à la Chambre pour la circonscription de Liège : "Ça fait onze ans qu'on a le même ministre au niveau des Finances, ça fait sept ans que je suis député et que j'interviens régulièrement pour que des mesures soient prises..." L'aurait-t-on fait lanterner ? "Chaque fois c'était 'attendez, on va le faire, on va le mettre en place' ; et puis c'était la commission pour la lutte contre la grande fraude fiscale et pendant cette période là c'était 'attendez les conclusions' ; et puis maintenant on a les conclusions ; et dès que les 108 recommandations ont été votées par l'ensemble des députés fédéraux, nous au niveau du PS on a directement déposé des projets de loi qui étaient tirés de ces conclusions". Pour lui, le boulot a été fait. Mais "à côté de ça, on est au premier anniversaire du dépôt de ces conclusions mais c'est vraiment un anniversaire sans gâteau puisqu'au regard des différents projets qu'on a déposés, les différents ministres en charge de cela n'ont pas fait grand-chose, alors qu'ils pouvaient immédiatement réaliser certaines actions".

Lutter contre la grande fraude par priorité

Il trouve d'ailleurs "hallucinante" la réaction du secrétaire d'Etat Bernard Clerfayt, pour qui le coût exorbitant des charges sur le travail constitue le premier incitant à la fraude; un coût dont la réduction permettrait, selon lui, de diminuer tant la fraude fiscale que sociale. Mais Bernard Clerfayt demande surtout que les moyens issus de la lutte contre la fraude soient affectés à la diminution du coût du travail. Et là, Alain Mathot abonde "Nous on n'a pas de problème à ce que, demain, les recettes perçues dans le cadre de la lutte contre la grande fraude" soient affectés à cela. Et par "grande fraude", il entend celle qui est pratiquées par des gens "qui n'ont pas besoin de cela pour vivre". Il y aurait donc une gradation dans la fraude, entre celle qui serait à combattre par priorité et celle qui serait le fait "des petits commerçants, des petites PME" ? Alain Mathot s'en défend bien évidemment : "Personne ne peut frauder, mais je crois que l'on doit d'abord donner l'exemple sur les grandes fortunes et ceux qui fraudent pour des raisons totalement futiles et scandaleuses. C'est de là que doit venir l'exemple".

Il regrette qu'il n'y ait "pas assez de fonctionnaires" aux Finances pour mener à bien la lutte contre la fraude. Il dénonce d'ailleurs le discours "de droite" qui consiste à dire qu'il y trop de fonctionnaires. Et d'énumérer : "En matière d'enseignement, on dit qu' il n'y pas assez de fonctionnaires ; en matière de police, on veut plus de bleu dans les rues. Et je rappelle que les policiers sont des fonctionnaires . De ce côté-là, il y a un discours qui est un peu schizophrène à mon sens."

Pas de tabou

Le PS n'a-t-il rien pu faire pour empêcher la diminution du nombre des fonctionnaires ? "On est dans un pays de droite, qu'on ne se trompe pas !", se justifie-t-il. "Sur 150 députés, le nombre de ceux qui s'affirment de gauche, il est évidemment très faible. La réalité, c'est que le PS est venu au gouvernement pour essayer de défendre ses valeurs ; et je crois qu'on l'a fait... "

Quant à la réforme de l'Etat, Alain Mathot estime qu'il ne faut "pas de tabou à la négociation". Même sur la sécu ? Embarras : "Si..., mais non. Là, je veux dire, à moment donné... Sauf si on vient à la table en disant 'je ne veux plus de Belgique '. Parce que la sécurité sociale pour nous c'est vraiment le fondement du pays. Si on dit demain qu'on veut toucher à la sécu, alors il n'y a plus de pays."

"Moi je ne ne crois pas que de manière générale, les Flamands aient envie qu'il n'y ait plus de Belgique. Paul Magnette le disait très bien : au lieu de parler de ce qu'on va négocier, est-ce qu'on ne parlerait pas de ce qu'on veut garder en commun ?" se demande Alain Mathot. Et pour lui, ce sont les compétences régaliennes et la sécu qui doivent demeurer du ressort fédéral.

Pour ce qui concerne la régionalisation partielle de l'impôt des sociétés, même si "c'est un peu fou" et que c'est "tout le contraire" de ce qu'on fait au plan européen, "si c'est indispensable pour qu'on continue à avoir une Belgique et qu'on puisse avoir un fédéralisme de prospérité, pourquoi pas ?". Alain Mathot veut rester ouvert à la négociation. Un message qui a toutes les chances d'être capté en Flandre.

Thomas Nagant

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