Populisme: "Bart De Wever a franchi les douanes qu'il aime tellement"

André Antoine (cdH), président du parlement de Wallonie.
André Antoine (cdH), président du parlement de Wallonie. - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Le président du désormais "parlement de Wallonie", André Antoine (cdH), était l'invité de Matin Première ce mercredi. Il a notamment réagi aux propos tenus par Bart De Wever lors de la première leçon de sciences politiques de l'année académique qu'il donnait à l'Université de Gand ce mardi. Pour lui, le président de la N-VA "s'amuse sans que personne ne l'arrête", et c'est ce dernier point qu'il juge d'ailleurs "inacceptable".

Et qui devrait l'arrêter? "Il y a aujourd'hui un Premier ministre et, quelque part, j'ai de la considération pour lui, parce qu'à mon avis il doit vivre 24 heures sur 24 avec un extincteur pour systématiquement tenter, sans y arriver, d'éteindre les incendies provoqués par M. De Wever."

"Je pense que Bart De Wever est en train de franchir les douanes qu'il aime tellement, lance André Antoine. Parce que, hier, c'était 'Les Wallons qui ne faisaient pas assez d'efforts' – il nous traitait pratiquement de fainéants –; et aujourd'hui, ce sont celles et ceux qui fuient la guerre. Je rappelle que la Convention de Genève traite le statut des réfugiés en lien avec un conflit armé, et, que dit-il ? Qu'il faudrait un sous-statut pour ces personnes-là. Mais jusqu'où va-t-il aller?"

"Je me demande quel est le démocrate aujourd'hui qui va s'élever pour lui dire 'Maintenant, ça suffit !'. Et vous constaterez avec moi que c'est exactement ce que M. Lugten a dit à la veille de la constitution de ce gouvernement."

Un "parlement de Wallonie" vers la modernisation?

Autre sujet, autres convictions : le "parlement de Wallonie" faisait par ailleurs sa rentrée ce 23 septembre, son président André Antoine mise sur la modernisation de l'assemblée qui porte donc un nouveau nom et arbore un nouveau logo.

L'occasion de répondre aux critiques qui qualifient parfois le parlement du sud du pays de "grand conseil communal". Mais, pour son président, la première preuve est qu'en 35 ans, "nous sommes passés de 500 millions de crédits à 13,2 milliards. Cela veut dire qu'aujourd'hui le parlement de Wallonie intervient dans le quotidien de nos concitoyens, que ce soit en termes d'emploi, de fiscalité, ou dans les compétences traditionnelles."

Fini l'absentéisme, "une grande première"

Quant à l'absentéisme pour lequel on pointait aussi l'hémicycle wallon, André Antoine relève une "exceptionnelle assiduité des députés lors de la dernière année", et martèle: "Les parlementaires wallons, majorité comme opposition, sont bel et bien présents durant tous les travaux. C'est une grande première et ça me parait de bon augure pour la suite."

Le débat politique bat donc son plein en présence de tous ses acteurs, si ce n'est le citoyen, estime l'humaniste. "Les citoyens ne peuvent pas se satisfaire de ne s'exprimer qu'une fois tous les cinq ans pour constituer les différents parlements. Ils doivent pouvoir s'interposer dans le débat politique, d'où la création de la pétition par voie électronique – nous en avons d'ailleurs déjà reçues depuis la semaine dernière."

Le citoyen pour "alimenter le débat"

Cet outil permet au citoyen wallon de "donner son avis", un avis qui, assure André Antoine, pourrait par exemple être entendu lors d'une audition du citoyen, voire transformé en amendement. Concrètement, "ce sont les travaux de la commission qui se clôturent toujours par un rapport – une espèce de procès-verbal – et vous verrez mentionné clairement la contribution des citoyens."

"Cela va donc alimenter le débat. Autrement dit, auparavant nous étions dans un jeu à deux – gouvernement et députés; demain, nous serons à trois avec les citoyens qui vont retrouver une légitime place. Et je me plais à le souligner : c'est inédit dans les parlements de ce pays."

Et donc, plus moderne que ses homologues fédéral, bruxellois, flamand… ce parlement de Wallonie ? André Antoine ne se mouille pas, mais constate que, ce mardi, "le Sénat s'est réuni pour tenter de trouver de nouvelles voies". Et celle notamment du tirage au sort, évoquée récemment : "Ça me parait beaucoup plus aléatoire, et c'est attentatoire, me semble-t-il, à la représentation qu'assurent les députés. Ils sont choisis démocratiquement : à eux d'exercer leur mandat, et c'est eux qui décideront, mais cela ne doit pas les dispenser d'écouter, de dialoguer avec les citoyens."

Mais "trop de démocratie peut tuer la démocratie"

Mais, si la volonté de l'assemblée wallonne est de donner la voix au citoyen, pourquoi ne pas passer à l'étape supérieure avec la consultation populaire ? "Je l'espère", répond le président du parlement de Wallonie.

Mais "il doit y avoir un certain nombre de contrôles pour éviter qu'elle ne porte sur des sujets qui n'ont strictement rien à voir avec l'intérêt régional. Et puis, je ne souhaite pas non plus qu'on fasse déplacer tous les dimanches nos concitoyens. Trop de démocratie peut aussi tuer la démocratie. Le citoyen doit avoir la possibilité d'être entendu, d'intervenir dans le débat public, que ce soit pétition, contribution, audition et, bien sûr, consultation".

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