Politique wallonne: certificats verts, budget rouge, colère bleue

La stratégie de Bart De Wever sert de détonateur au débat : la N-VA veut former au plus vite un gouvernement flamand et ensuite seulement un gouvernement fédéral. Pour le PS, Rudy Demotte ne s’oppose pas à l’idée : "On n’attendra pas à tout prix la formation d’un gouvernement fédéral pour discuter aux niveaux des Région et Communautés." Ce qui a un impact stratégique important sur les négociations de majorité, puisque la volonté des partis semble, actuellement, d’obtenir des coalitions identiques à tous les niveaux de pouvoir.

Le PS est rejoint par Jean–Marc Nollet (Ecolo) qui insiste sur l’autonomie des Régions pour constituer rapidement des gouvernements. "Nous ne resterons pas bloqués par le Fédéral. La Wallonie ne doit pas attendre pour avancer."

Un scénario que, pour le MR, Willy Borsus refuse : "La stratégie de Bart De Wever est de peser sur les décisions fédérales au départ de la Flandre. La N-VA veut nier le débat fédéral. Il ne faut pas tomber dans ce piège."

Prenant la ligne médiane, Maxime Prévot (cdH) n'entend pas laisser Bart De Wever guider le débat, mais appelle à la création rapide "de gouvernements qui fonctionnent… et certainement celui de Bruxelles."

Pour le rattachiste Laurent Brogniet (RWF), les réformes ont dépecé l’État belge et la Région flamande "veut maintenant prendre les rennes et passer aux commandes."

Frédéric Gillot, syndicaliste et candidat PTB-go, ces négociations institutionnelles doivent pourtant passer à l’arrière-plan au profit d’une exigence sociale: "L’urgence est dans la pauvreté qu’il faut combattre."

Energie : faire oublier une bulle de 2,5 milliards d'euros

Comme il le répète depuis des mois, Willy Borsus appelle le gouvernement wallon à tenir ses engagements pris à l’égard de 80 000 familles ayant investi dans le photovoltaïque et la politique des certificats verts pour une durée de 15 ans. Le MR veut aussi la fixation d’un prix maximum pour l’électricité de tous les ménages wallons.

Rudy Demotte invoque pour sa part la logique européenne qui oblige les États à diversifier les sources d’énergie et notamment dans le renouvelable. "On doit autonomiser la Wallonie pour ne pas dépendre du pétrole et du gaz étrangers." Il constate que les certificats verts ont été victimes de leur succès en 2007. "Financièrement, il fallait contenir ces mesures, mais aujourd’hui encore, les taux de rentabilité sont de 5 à 6 %. Aucun carnet d’épargne n’en offre autant."

Membre de même majorité, Maxime Prévot (cdH) reconnaît également qu’il fallait réagir pour éviter l’effet d’emballement et retient que les énergies alternatives ont créé de l’emploi. Mais, pour lui, ce n’est pas à l’ensemble des citoyens d’assumer le surcoût.

Jean-Marc Nollet, le plus enthousiastes à l’égard des certificats verts, se dit heureux d’être parvenu à dégonfler la bulle de 2,4 milliards, en constatant que ceux qui ont investi en 2001 auront un rendement de 20 %.

Pour le PTB, la solution est dans la collectivisation du secteur de l’énergie : "Ce n’est pas le privé qui doit gérer l’énergie." Frédéric Gillot ne comprend pas cette politique qui a fait porter au citoyen la responsabilité de produire lui-même son énergie verte. "C’était à Electrabel à financer l’énergie verte et c’est donc à l’entreprise de payer les dettes née du photovoltaïque."

Laurent Brogniet constate quant à lui que la politique photovoltaïque en Belgique est typiquement orientée vers les consommateurs qui disposent de moyens financiers.

L’éolien, vous le prendrez grand ou petit

D’entrée de jeu, Willy Borsus déclare que l’éolien terrestre doit être "stoppé", et ses budgets réorientés vers le photovoltaïque "où l’on a perdu en un an plus de 1500 emplois." Dans d’autres partis, tout est question de taille :

Le cdH Maxime Prévot veut soutenir un filière expérimentale de petites éoliennes le long des autoroutes : "Cela profiterait aux filières de productions belges". Jean-Marc Nollet reste par contre fidèle au grand éolien qualifié de "plus rentable".

Enfin, Jean-Marc Nollet et Rudy Demotte mettent l’accent sur les primes à l’isolation. "C’est l’énergie qu’on ne consomme pas qui rapporte le plus." Au PS, on veut à l’avenir aider les foyers en fonction des revenus de chacun. "L’isolation crée de l’emploi et réduit les coûts cachés. Si on n’entre pas dans le renouvelable et l’isolation, les énergies deviendront de plus en plus chères."

Déficit budgétaire : 6 milliard ou 12 milliards

Dans l’opposition wallonne, Willy Borsus monte au créneau en reprochant à cette dette dédoublée d’impacter la capacité d’investir de la Région wallonne.

Maxime Prévot nie toute manipulation des chiffres et évoque un simple changement méthodologique : "On peut parler en degrés Celsius ou Fahrenheit, mais la température reste identique". Avec une réalité bien tangible pourtant : la dette fédérale est du même coup repassée au-dessus des 100% du PIB.

Pour Laurent Brogniet (RWF), le déficit est bien supérieur aux 12 milliards de pertes annoncés : "La grille de lecture n’est pas la bonne, car lorsque la Belgique n’existera plus, c’est la Wallonie qui devra liquider la dette."

Une crainte que ne partage pas Jean-Marc Nollet qui voit dans le plan Marshall l’outil pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2014 : "On a pu redéployer l’économie. On se bat pour les emplois présents, pour capter les emplois d’avenir et investir dans la recherche."

Frédéric Gillot (PTB) y voit surtout un transfert d’austérité. "Avec 13,5% de chômage on est devant une urgence sociale dans un pays riche mais plein de précarité."

Pédagogue, Rudy Demotte explique que l’on va "mettre la dette des enfants dans la dette des familles". Ce qui signifie que la capacité d’investir sera réduite, mais que le taux d’intérêt ne sera pas plus élevé. Il reconnaît que la facilité à trouver de l’argent dans des sources alternative sera moins grande, et en attribue la cause à la politique européenne.

Enseignement : la chasse -au décret inscription- est ouverte

Le décret inscription aura passé un mauvais quart d’heure. Le MR dit vouloir le supprimer: "Le décret figure parmi les priorités de nos revendications. Le décret tel qu’il est doit disparaître." Les libéraux en font une priorité, mais pas obligatoirement une condition de participation à un gouvernement.

Le cdH estime que faute de pouvoir le supprimer ("aujourd’hui c’est impossible"), il doit être modifié et ajusté pour tenir compte des situations particulières comme celle des couples séparés. "L’objet poursuivi est une plus grande mixité, mais les moyens sont perfectibles. Ne réduisons pas le débat sur l’enseignement au décret inscription."

Rudy Demotte met lui l’accent sur la trop grande dispersion entre les écoles et sur la multiplicité des systèmes d’enseignement qui entraînent un coût: "On ne peut supprimer les réseaux, mais on peut créer des cadres pour réduire les coûts". Le PTB estime enfin qu’il ne faudrait pas imposer à un étudiant de choisir une filière avant 16 ans.

Jean-Claude Verset

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