Politique scientifique: "Nous allons perdre 40 à 50% de notre financement"

Sur les ondes de la RTBF, Jean-Louis Tison appelle au maintien de Belspo.
Sur les ondes de la RTBF, Jean-Louis Tison appelle au maintien de Belspo. - © Tous droits réservés

L'éviction de Philippe Mettens est une première étape: Belspo, l'administration fédérale de la politique scientifique qui finance la recherche et chapeaute les institutions scientifiques et quelques musées, est vouée à disparaître. Une décision qui inquiète la communauté scientifique et universitaire, car elle pourrait avoir d'importantes conséquences sur le financement de ses projets, la coordination entre nord et sud du pays et sur son poids à l'international.

Le glaciologue Jean-Louis Tison était l'Acteur en direct de Matin Première ce mercredi. Initiateur d'une pétition soutenue par 17 000 personnes - des scientifiques, mais aussi monsieur Tout-le-monde -, il appelle au maintien de Belspo, l'administration fédérale de la politique scientifique.

Car, au-delà du cas de Philippe Mettens, qui refuse de quitter son poste de président de cette administration, les projets de réforme du gouvernement inquiètent la communauté scientifique et universitaire.

"Beaucoup de zones d'ombre"

"On n'en sait pas grand-chose et c'est une des raisons pour lesquelles on a commencé à bouger, confie Jean-Louis Tison. Tout ce que l'on sait vient de l'accord de gouvernement, et il y a beaucoup de zones d'ombre. Nous sommes donc inquiets (…), parce qu'on ne sait pas ce que l'on va devenir."

Dans l'accord de gouvernement, il est effectivement indiqué que Belspo devrait disparaître pour être réintégré à un service public fédéral. Avec au passage des restrictions de ce niveau fédéral de financement de la recherche ? C'est que craint Jean-Louis Tison.

"Il faut quand même rappeler que l'Europe recommande qu'il y ait au moins 3% du PIB qui soit vraiment dédié à la recherche fondamentale. Or, nous sommes à 2,6%. Et l'Europe recommande que nous soyons à 1% de financement du fédéral, et nous sommes à 0,6%. Je ne comprends donc pas pourquoi, dans ce cadre-ci, on va plutôt diviser les ressources, alors que la Belgique a toujours fait figure de bon élève vis-à-vis de l'Union européenne."

Des sources de financement "indispensables"

L'administration fédérale de la police scientifique compile de nombreuses sources de financement "indispensables" pour les chercheurs : "Nous allons perdre 40 à 50% de notre financement" si ces moyens venaient à disparaître en même temps que Belspo.

"C'est pour nous un niveau de financement de la recherche qui est fondamental : entre le financement régional et le financement européen (…). C'est le seul niveau en Belgique où nous pouvions travailler ensemble entre néerlandophones et francophones, entre universités et instituts fédéraux… Belspo a toujours joué le rôle de chef d'orchestre par rapport à ces initiatives."

Car, plus qu'une autorité de contrôle des institutions scientifiques fédérales, Belspo met également en œuvre des programmes de recherche et de rapatriement des chercheurs belges partis à l'étranger. "Dans la situation actuelle, 70% de mes chercheurs partent à l'étranger, en France, en Allemagne, aux États-Unis…", illustre le glaciologue.

"Morcellement néfaste"

Mais quid de l'avenir de la politique scientifique fédérale sans Belspo ? Une première réponse a été donnée par le Premier ministre Charles Michel : l'argent de cette administration sera redistribué aux Régions. Une mauvaise solution selon Jean-Louis Tison.

"Premièrement, une bonne partie des impôts des personnes physiques ne va pas être recyclée vers les Régions, comme on l'a entendu récemment. Et, deuxièmement, au niveau du concept même de la recherche fondamentale, le morcellement est néfaste, ne nous permet pas d'avoir la masse critique pour être compétitifs au niveau international. Nous devons travailler avec les néerlandophones, avec les instituts fédéraux, pour avoir une masse critique financière suffisante que pour nous impliquer dans les grands projets."

Problème communautaire ?

Parce que cette réforme est pilotée par Elke Sleurs, une secrétaire d'État N-VA, certains suspectent par ailleurs qu'il s'agisse là d'une attaque contre les institutions fédérales. Dans le même temps, Rik Torfs, le recteur de la KUL, indiquait mardi sur la VRT que Belspo "avantage largement les intérêts francophones". Une déclaration que Jean-Louis Tison semble avoir du mal à avaler.

"Je ne comprends pas ce témoignage de la part d'un recteur d'université qui sait parfaitement comment fonctionne la sélection des projets dans un cadre de recherches internationales. Les projets que nous soumettons à Belspo sont aussi bien d'origine néerlandophone que francophone. Ils sont soumis à un premier crible d'arbitres internationaux qui sont des spécialistes dans le domaine et disent si tel ou tel projet est bon ou pas. Ensuite, il y a un second crible avec des experts internationaux qui viennent en Belgique, à Belspo, pour décider quels projets on va finalement financer avec l'enveloppe budgétaire…"

"Je ne vois pas où Philippe Mettens, ou une quelconque personne responsable de Bespo, peut intervenir d'une façon ou d'une autre dans les choix des projets qui sont financés. Mes deux principaux interlocuteurs au niveau de la gestion de Belspo sont deux personnes extrêmement efficaces, qui sont toutes les deux néerlandophones, et j'en suis ravi", conclu-t-il.

T.M.

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