Politic fighter, les combats des élections : duel tendu et indécis entre Zakia Khattabi (Ecolo) et Didier Reynders (MR)

A quelques jours des élections régionales, fédérales et européennes, la rédaction web de la RTBF a voulu illustrer quelques enjeux de ces scrutins en mettant en scène une série de duels représentatifs de ceux-ci.


Le prochains duels à venir : Theo Francken (N-VA)-Maggie De Block (Open VLD) 


Pour les déterminer, nous avons choisi quelques cas où deux personnalités « populaires » s’affrontent, et où des sièges pourraient basculer dans l’un ou l’autre camp, et avoir donc une influence peut-être décisive sur les forces en présence au moment de négocier une majorité. Bien sûr, l’enjeu ne se limitera pas dans ces circonscriptions à ce seul duel, d’autres acteurs se mêleront au combat, mais nous avons déterminé les protagonistes notamment en fonction de leur force symbolique.

De même, les atouts et les faiblesses décrites dans ces duels sont un peu « stéréotypés » : ils se basent sur la perception que le grand public a des politiciens en question.

Troisième duel : Didier Reynders-Zakia Khattabi

L'ambiance est particulièrement tendue entre Ecolo et MR ces derniers temps, en particulier à Bruxelles. Entre le clip contesté du MR qui prétendait qu'Ecolo voulait taxer la viande, l'affaire du tract électoral   »communautaire  » d'Ecolo, qui a surtout été brocardé par le MR, et les récentes déclarations de Didier Reynders et Zakia Khattabi (  »l suffit donc pour Didier Reynders d'une « éducation musulmane » pour être suspect de ne pas respecter « nos valeurs communes » ? Il fut un temps où Monsieur Reynders était libéral »), les deux têtes de liste pour le fédéral à Bruxelles semblent à couteaux tirés.

D'autant qu'à Bruxelles, le jeu est plus ouvert que jamais. En 2014, le MR avait obtenu 4 députés sur 15 et 23% des voix. Bien que transfuge de Liège, Didier Reynders avait été plébiscité avec plus de 50.000 voix de préférence, près de 6 fois plus que Zakia Khattabi, dont le parti n’avait hérité que de 2 sièges, avec 10% des voix.  

Cette fois, le rapport de force pourrait être inversé: les Verts sont annoncés comme premier parti à Bruxelles par les sondages, et Zakia Khattabi a bénéficié d’une importante exposition médiatique depuis la crise politique francophone. 

La popularité de Didier Reynders reste importante, mais suffira-t-elle à conserver les 4 sièges obtenus par le MR il y a 5 ans? Cela pourrait dépendre du résultat du probable arbitre de ce duel, le PS Ahmed Laaouej.  Peut-être moins charismatique que les duellistes, il pourrait lui aussi bénéficier d’un vote en faveur de la diversité, tout en ayant donné une image de compétence et de puncheur en tant que chef de groupe de l’opposition. 

 

Terrain de combat   Bruxelles. Elections à la Chambre 
Combat précédent

2014: victoire de Didier Reynders4 députés à 2 pour Ecolo 

 
Popularité Sur base du dernier baromètre politique de la RTBF, bien qu’en baisse par rapport à la dernière vague, la popularité de Didier Reynders reste largement supérieure à celle de Zakia Khattabi : 29% des sondés voudraient lui voir jouer un rôle, contre 19% seulement pour l'Ecolo.
Présence en ligne En se fiant aux tendances dans les recherches Google, mesurées sur Google Trends, Didier Reynders est bien plus présent dans les requêtes de ces trois derniers mois. Mais plus on approche de l'élection, et plus cet écart se réduit: le nom de la co-présidente Ecolo est de plus en plus recherché ces derniers jours.
Expérience Large avantage à Didier Reynders. Cela fait 27 ans qu’il occupe des fonctions à un niveau supra-communal, après un poste de président de la SNCB, contre 10 ans seulement pour Zakia Khattabi, qui de plus, n'a jamais été que députée, alors que Didier Reynders a une longue expérience en tant que ministre.

 

Les combattants à la loupe

  Didier Reynders Zakia Khattabi
Age 60 ans 43 ans
Voix de préférence en 2014 54.475 9.285
Atouts

IntelligenceMême ses adversaires politiques lui reconnaissent une grande érudition. Il lit beaucoup, et en débat ou en interview, il dégage pour de nombreux observateurs une impression de maîtrise de son sujet. 

CompétenceCe n’est pas dans des fonctions politiques qu’il se fait d’abord connaître. Expert en droit, il a su montrer sa capacité à gérer des dossiers compliqués, notamment à la présidence de la SNCB. 

Sens de la formuleEn interview ou en débat, ce qu’on va retenir, c’est la « petite phrase ». Les spécialistes de la communication estiment que Reynders est l’un des spécialistes de ces formules chocs. 

Expérience au plus haut niveau: 12 ans aux Finances, 7 ans aux Affaires étrangères, 14 ans comme vice-Premier, il est un habitué des responsabilités.

Diversité, pas communautarismeDans une Bruxelles multiculturelle, cette chantre de la lutte contre l’islamophobie, d’origine maghrébine, représente la multiculturalité, mais sans les excès du communautarisme, qu'elle rejette d'ailleurs avec force.

Franc-parlerLa co-présidente d’Ecolo n’a pas sa langue en poche et son discours est plus rentre-dedans que policé, mais il est aussi plus proche du citoyen que « l’élégance glaciale » attribuée à Didier Reynders 

IntransigeanceQuand le CdH décide de « débrancher la prise » au gouvernement wallon, il se tourne vers Ecolo. Mais Khattabi se montrera intraitable et refusera de baisser ses exigences en matière de gouvernance pour monter au pouvoir.

Faiblesses

CondescendanceSon amour du bon mot le pousse parfois à aller trop loin. En 2014, lors d’un débat il sous-entend qu’avec le PS, ce sont les enlèvements d’enfants. Même Charles Michel condamne, Reynders doit présenter ses excuses et Elio Di Rupo en voudra longtemps au MR... 

Liégeois, pas BruxelloisIl n’est pas perçu à la capitale comme un « echte brusseleir » . Il ne cache d’ailleurs pas qu’il est toujours supporter du Standard de Liège plutôt que du grand club bruxellois, Anderlecht. 

Pressenti à l’EuropeS’il est reconduit à des fonctions au sein de l’exécutif belge, Didier Reynders pourrait ne les occuper que peu de temps. Il est en effet pressenti pour le poste du secrétaire général du conseil de l’Europe...

L'affaire des tracts: même s'il n'y est absolument pour rien, les tracts  »communautaristes » de la locale de Laeken, insistant sur les prises de position Ecolo en faveur du libre port du voile et contre l'interdiction de l'abattage rituel à Bruxelles, risquent de plomber la liste dans la capitale...

Incohérence: Elle se présente à la Chambre, mais a déclaré qu’elle prendrait ses responsabilités à la région bruxelloise si l’occasion s’en présentait. 

ImpulsivitéSur les réseaux sociaux, et en particulier sur Twitter, elle répond du tac-au-tac, sans filtre et sans toujours prendre le temps de la réflexion 

Manque de statureDidier Reynders lui reproche d’avoir fui le débat à deux reprises. Et plusieurs politiques, même dans son propre parti, remettent en question son éventuelle capacité à gérer un cabinet 

 

Analyse des forces et faiblesses

Comme on le disait, à Bruxelles, le jeu est clairement ouvert. 

Au niveau des individualités,  ni l’expérience, ni la popularité de Zakia Khattabi ne font le poids face à celles de Didier Reynders, mais celle-ci devrait bénéficier de la poussée verte de son parti, qui caracole en tête des derniers sondages sur Bruxelles.  

Contrairement à son co-président Jean-Marc Nollet, Zakia Khattabi ne s’est encore jamais retrouvée dans un exécutif, et son image est encore « vierge » à ce niveau-là. Elle pourrait bénéficier du vote de tous ceux qui veulent exprimer un désir de changement. 

Mais elle pourrait aussi pâtir du feu nourri anti-Ecolo de fin de campagne, contre la supposée rage taxatoire des Verts, et en particulier contre ce fameux tract communautariste.

 

Vainqueur ?

Réponse le 26 mai

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