Plus ou moins d'austérité après les élections européennes ?

Tom Vandenkendelaere (CD&V), Louis Michel (MR) et Claude Rolin (cdH)
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Tom Vandenkendelaere (CD&V), Louis Michel (MR) et Claude Rolin (cdH) - © Tous droits réservés

Mal aimée l’Europe ? Si les institutions européennes paraissent bien lointaines, elles régissent pourtant le cœur de notre vie quotidienne. Sur le plateau de Mise au Point, ça discute austérité, relance et dumping social. On évoque aussi la crise ukrainienne pour se demander comment imposer l'Europe des 28 sur la scène internationale.

Parce que c’est elle qui a fait descendre les Européens dans les rues, l’austérité sera la star du débat. Pour la candidate PS, Marie Arena, on est allé trop vite et trop fort sur ce terrain : "les pays qui ont adopté un plan d’austérité à la lettre sont aujourd’hui dans le rouge". Pour elle, il faut pouvoir permettre la relance.

Philippe Lamberts (candidat Ecolo) trouve lui aussi qu’en Europe, on a trop souvent fait payer le prix de la crise aux plus fragiles. "Une des raisons des difficultés des budgets des états, c’est qu’ils sont venus en aide à un secteur bancaire devenu fou", estime-t-il.

Mais autour de la table, l’austérité compte ses partisans. Même s’ils ne l’aiment guère eux non plus. "Personne n’est en faveur de l’austérité. Je ne suis pas maso non plus !", lance Louis Michel (MR), "mais nous ne pensons pas qu’on pourra s’en sortir en laissant filer le déficit comme certains le font… dont monsieur Lamberts". Le ténor libéral propose de ne pas mettre les moyens dégagés sur de la consommation directe, mais sur des politiques de croissance, sur de la création d’emplois. Pour Tom Vandenkendelaere, candidat CD&V, les mesures d’austérité sont nécessaires également : "Pour que la jeune génération, ma génération, ne doive pas payer la note plus tard".

Aller chercher l’argent là où il dort

Les conséquences de l’austérité sont dures, juge le candidat SP.a, Saïd El Khadraoui : "Moins de gens croient au projet européen ! Aujourd’hui, l’Europe applaudit si on a un déficit de 2,9 et elle critique les états qui ont un déficit plus élevé. J’aimerais une Europe qui ait des objectifs sociaux aussi !". Une des solutions qu’il propose est de s’attaquer aux entreprises, telles que Starbucks, qui passent entre les mailles du filet fiscal.

Pour Claude Rolin, candidat cdH : "L’austérité mène à l’augmentation du chômage et de la pauvreté. Cela ne veut pas dire qu’il faut faire de la dette. Mais il faut passer aujourd’hui à une étape de relance en captant l’argent… ce n’est pas ce qui manque mais il est dans des circuits spéculatifs". Pour lui, il faut "réorienter cet argent qui dort vers des projets structurants".

La mutualisation des dettes au niveau européen

Est-ce que quelqu’un autour de la table est contre les eurobonds ? Personne.

Il s’agit d'émettre des emprunts communs, au niveau de la zone euro, pour mutualiser les risques et protéger les pays fragiles des attaques spéculatives. Ce principe de la mutualisation semble faire l’unanimité. Pourtant, le groupe politique européen PPE d’ Angela Merkel, dans lequel siège aussi le cdH de Claude Rolin, est contre. Mais lui se battra pour ces eurobonds qui sont, à son sens, un moyens de tisser des liens entre pays : "Si on veut aller demain vers une économie plus durable, il faut travailler sur les interactions entre nos régions. Nous n’avons pas de véritable politique économique européenne pour l’instant".

Louis Michel va dans le même sens. Mais ces propos ne sont rien de plus qu’une profession de foi pour un grand projet européen, d’après le parti VEGA. Vincent Decroly lui demande : "Mais comment êtes-vous crédible alors que depuis 15 ou 20 ans au MR ou au cdH, vous contribuez à découper l’Europe en petits morceaux?".

 

Vers un salaire minimum ?

Marie Arena veut, pour sa part, revoir la directive qui entend réguler la mobilité des travailleurs. Une directive aujourd’hui "trouée". Elle voit trois aménagements essentiels à y apporter: plus de contrôles, plus de respect des conventions collectives et des cotisations sociales.

Comment atteindre ces objectifs ? Par un salaire minimum pour l’ensemble de l’Union ? Non. Pour Philippe Lamberts (Ecolo), "il faut commencer par instaurer un salaire minimum négocié, pays par pays, en fonction du niveau de vie. Et puis organiser une convergence vers le haut pour l’ensemble des pays. Passer de la compétition à la coopération".

Vincent Decroly, candidat VEGA, planche lui sur un salaire maximum autorisé (RMA) qui serait équivalent à 12 fois le salaire minimum légal, tout au plus. Le parti rouge et vert va donc très loin en terme de régulation. Et de proposer que le temps de travail soit collectivement réparti, pour un maximum de 32h par semaine.

Réguler la mobilité des travailleurs

Claude Rolin (cdH) s'exprime sur la problématique des travailleurs détachés : "La libre circulation des travailleurs ne peut être remise en cause, mais elle doit être régulée". Il propose un service d’inspection sociale, un "Europole" social. Louis Michel (MR) s’accorde avec cette idée d’une agence de contrôle, car les pays contrôlent individuellement ce secteur pour l’instant, "sans traquer suffisamment leurs propres dérives".

C’est une question de collaboration pour certains. Tom Vandenkendelaere (CD&V) juge que les pays européens devraient harmoniser leurs violons, au niveau des factures électroniques par exemple, ou des déclarations d’impôts standardisées. Cela permettrait aux entreprises européennes de travailler main dans la main.

Mais pour Louis Michel, les entreprises ne sont pas toujours enclines à cette collaboration. Il prend l’exemple des industries automobiles de l’Union qui se font une concurrence incroyable. "Le problème c’est qu’il faut plus d’Europe ! Il faut une plus grande convergence fiscale. On sait ce qu’il faut faire ! Reste à convaincre les différents gouvernements de le faire !"

Normes environnementales et sociales

Autour de la table, personne ne veut manger du bœuf aux hormones. Mais alors, faut-il s’inquiéter des projets d’accord de libre-échange entre l’Europe et les USA ?

D’après Tom Vandenkendelaere (CD&V), "il est facile de dire que c’est dangereux pour nous. Mais les chiffres sont là, ce sera positif pour nous". Il sera très vite interrompu par Marie Arena et Philippe Lamberts qui jugent que cet accord sera profitable aux industries, mais qu’il pourrait s’avérer très dangereux pour le respect de normes écologiques et des emplois européens.

Pour Claude Rolin se montre prudent : "il faut s’assurer que cet accord ne détruira pas notre modèle d’agriculture, de protection sociale, de consommation… aujourd’hui, les conditions ne me semblent pas remplies pour signer un tel accord".

Louis Michel ne refuse pas, "à l’inverse de Philippe Lamberts", de discuter cet accord. Parce que les effets positifs pour l’Europe pourraient être de 20 milliards pour l’Europe et de 90 milliards pour les USA. Mais il estime lui aussi que des questions restent en suspens et que l’accord ne peut être signé en l’état. Et de souligner que c’est le Parlement Européen aura le dernier mot sur cet accord.

Une défense commune

Interrogés sur la crise ukrainienne, les protagonistes ne se montrent pas très fiers de l’Union. Selon Philippe Lamberts, cette crise montre que Vladimir Poutine est capable de soumettre l’Europe au chantage, en raison de sa dépendance énergétique.

Saïd El Khadraoui (SP.a) rappelle que le rouble a perdu 8 % de sa valeur en quelques mois. "Pour Poutine, ce n’est pas tenable. Mais ce qui s’est passé a peut-être mis en avant la nécessité d’avoir une politique étrangère commune au niveau européen".

"Impossible sans une défense commune !", juge Louis Michel.

En effet, "nous avons besoin d’une défense européenne, avec une mise en commun des moyens", confirme Claude Rolin. Marie Arena approuve. L’un des défis, pour l’Europe, sera d’apprendre à gronder d’une seule voix.

A. D.

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