Plus de 65 tonnes de cocaïne interceptées au Port d’Anvers en 2020, un nouveau record : quels sont les moyens de lutte contre ces trafics ?

L’an dernier, 65,48 tonnes de cocaïne au total ont été interceptées au Port d’Anvers, selon les chiffres de l’administration générale des douanes et accises du SPF Finances. Il s’agit à nouveau d’une quantité record.

Depuis 2013, les sommes de cocaïne saisie sont en constante augmentation. En 2020, la quantité interceptée était ainsi 14 fois plus élevée que huit ans auparavant. Le SPF Finances estime que ce nombre aurait été encore plus élevé sans la crise du coronavirus.
 

7,5 milliards d’euros de cocaïne

Les 65,48 tonnes confisquées l’an dernier, dont une prise record de 11,5 tonnes de cocaïne dans un conteneur fin octobre, représentent une valeur marchande estimée à 7,5 milliards d’euros. La douane a également intercepté 14,6 tonnes de haschisch, 446 kilos d’héroïne, 336 kilos de marijuana et 7,8 tonnes de précurseurs de drogues (substances chimiques dont l’utilisation est licite mais qui peuvent être détournées pour produire des substances illicites).

Le SPF Finances estime que le total des prises aurait été encore plus élevé sans la crise du coronavirus. En outre, "les trafiquants de drogue ont adapté leurs méthodes", selon Kristian Vanderwaeren du Service public fédéral.

Comment la Belgique s’y prend-elle pour bloquer les importations de drogues ?

Les douanes belges doivent faire face à des trafiquants de plus en plus organisés. La technique habituelle du "rip-on rip-off", où une personne s’introduit dans le terminal pour récupérer la drogue dissimulée dans une cargaison, a été moins utilisée en 2020. En raison des mesures sanitaires liées au Covid-19, il était plus difficile de pénétrer dans les terminaux. Les bandes criminelles sont donc passées à des techniques sans intervention humaine, en cachant la drogue dans des marchandises légales ou dans la structure même du conteneur, dans le système de refroidissement par exemple.

Lutter contre ces trafics est, chaque année, plus difficile, en raison de l’augmentation de la production de drogue dans les pays "sources", comme la Colombie, la Bolivie et le Pérou.

La parade principale mise en œuvre par les douanes belges, c’est la formation du personnel et l’investissement dans des scanners de containers. "Le but, c’est de scanner beaucoup plus de containers, de scanner tous les containers à risque sur les terminaux afin d’éviter le rip-on rip-off", explique Kristian Vanderwaeren, l’Administrateur-général des Douanes.

En 2020, la douane belge a utilisé de nouveaux scanners pour analyser les conteneurs et les chargements. Dans les années à venir, le SPF Finances souhaite investir davantage afin de scanner, à terme, 100% des conteneurs à risque, ceux provenant par exemple de Colombie, du Brésil ou d’Équateur. "Le but, cette année et l’an prochain, est d’avoir sur les cinq terminaux les plus importants à Anvers, des scanners fixes pour avoir la possibilité de scanner tous les containers à risque", explique Kristian Vanderwaeren, le patron des Douanes belges.

De telles infrastructures permettraient ainsi d’éviter que d’importantes cargaisons de drogues arrivées au Port d’Anvers transitent et parviennent jusquà l’intérieur du pays, comme on vient de le voir à Liège, avec la saisie d’1,2 tonnes de cocaïne. "Dans ce cas-ci, le bateau arrive à Anvers. Le container est mis sur le terminal. Il est en "trans-shipment", en transit. Ensuite, il est mis sur un bateau pour aller à Liège. Pour éviter cela, il faut de l’infrastructure, il faut des scanners sur les terminaux pour faire des contrôles. Pour le moment, les containers qui sortent du port sont scannés, pas ceux qui sont en trans-shipment", explique Kristian Vanderwaeren.

Une lutte en amont, dans les pays producteurs et exportateurs de drogues

Les quantités de drogues produites sont en augmentation, car pour les producteurs, c’est une activité très rentable. Un des principaux moyens de lutter contre la prolifération de la drogue est de combattre à la base ceux qui la produisent en détruisant les installations de production.

Après cela, c’est au niveau des ports, surtout en Amérique du Sud, d’où partent les navires chargés de containers où est dissimulée la drogue. Le Bureau des Nations-Unies pour les drogues et le crime coordonne un programme de lutte contre les trafics de drogues qui met l’accent, entre autres, sur le travail des douaniers et des policiers dans les pays d’origine. "Si on peut déjà arrêter les containers à risque dans les pays sources, on ne doit plus les inspecter, les contrôler quand ils arrivent dans le port d’Anvers", explique Bob Van den Berghe, du Bureau des Nations-Unies pour les drogues et le crime. Et il poursuit : "Il ne faut alors plus les saisir, il ne faut plus les détruire et ne plus aller en justice contre ces cas-là". Il reconnaît toutefois que cette lutte est de plus en plus compliquée, en raison de l’augmentation de la production de drogue.

Les plus grands ports d’Amérique latine sont équipés de scanners. Dans d’autres ports, plus petits, on n’a pas les moyens d’acheter ces équipements. "Au Brésil, le port de Santos est le plus grand port de la région. Ils ont au moins 17 scanners dans le port. Ils ont assez de moyens, mais ce n’est pas parce qu’un container a été scanné que, par après, on ne sait plus le contaminer avant qu’il soit chargé sur le bateau", explique Bob Van den Berghe.

Autre situation celle de la Colombie, pays producteur de Cocaïne. "Il y a des ports du côté Pacifique et d’autres du côté des Caraïbes. Le port de Turbo, par exemple, ce n’est pas vraiment un port. Il est situé en plein milieu de la jungle. Les containers sont encore transportés par le fleuve jusqu’à la mer. C’est un trajet de 4 à 5 heures. Il y a donc encore des problèmes de sécurité", estime Bob Van den Berghe.

La collaboration est essentielle

Dans la lutte contre le trafic de drogue et contre l’exportation massive de stupéfiants, notamment en Europe, l’essentiel est aussi la collaboration et l’échange d’informations entre les douanes. "La communication s’améliore. Il y a des échanges d’informations. S’il y a une saisie de cocaïne dans un pays source, ils communiquent directement l’information au pays de destination", explique Bob Van den Berghe, du Bureau des Nations-Unies pour les drogues et le crime.

Cependant, tant les Nations-Unies que les douanes belges reconnaissent qu’il y a encore moyen d’améliorer la lutte contre les trafics de stupéfiants.

Journal télévisé 13H

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