Plus d’un million de ménages belges paient leur gaz et leur électricité trop cher, selon la CREG

"C’est assez alarmant ! Cela pose question", déclare Laurent Jacquet, le directeur de la CREG, la Commission de régulation de l’électricité et du gaz. Alors qu’en 2020, on a assisté à une baisse des prix de l’électricité et du gaz en Belgique, les ménages belges n’en ont pas profité. Plusieurs raisons expliquent cela, principalement le fait que les marchés de l’électricité et du gaz restent trop complexes.

 

Les prix ont baissé en 2020

Selon la CREG, les prix de l’électricité se situent en 2020 en dessous des niveaux des trois années précédentes. Les prix ont en moyenne baissé de 10% en 2020. Deux raisons à cela : la crise sanitaire et la plus grande disponibilité des moyens de production, surtout les énergies renouvelables.

Pour le gaz, la baisse des prix est encore plus importante que pour l’électricité. On parle ici d’une diminution de 26% par rapport aux trois années antérieures.

L’impact de la crise du Covid-19 sur la demande en électricité a été particulièrement important. La consommation a chuté de 13% en avril et de 9% en mai. Par contre, la demande en gaz n’a pas été modifiée par la crise sanitaire.

 

La majorité des ménages belges n’a pas profité de la baisse des prix

Force est de constater que malgré l’existence de contrats de fourniture plus avantageux, une majorité de ménages belges continue à s’approvisionner via des contrats de fourniture plus onéreux. Il peut s’agir de ménages qui n’ont pas changé de fournisseurs depuis le début de la libéralisation du marché en 2007. Pour l’électricité, 900.000 ménages n’ont pas changé de contrat depuis 13 ans.

Pour le gaz, 400.000 ménages sont restés avec le même contrat de fourniture depuis 2007. Quant aux ménages qui ont changé de fournisseur, beaucoup ont opté pour les contrats les plus chers du marché.

La CREG souligne cependant que le "taux de switch" s’améliore, c’est-à-dire le pourcentage par an de ménages qui changent de fournisseur. Ce pourcentage est plus élevé en Belgique que dans certains pays voisins. Malheureusement, les ménages belges qui changent de contrat ne font pas toujours les meilleurs choix.

La CREG constate l’écart maximal entre le contrat le plus cher et le contrat le moins cher est de 864 euros pour l’électricité et de 340 euros pour le gaz.

Beaucoup de ménages belges sont aussi piégés par des "contrats dormants de prolongation". On parle ici de 300.000 ménages pour la fourniture d’électricité et de 170.000 ménages pour le gaz. Il s’agit de contrats coûteux auxquels certains fournisseurs recourent pour prolonger les contrats arrivés à échéance. Ce sont des contrats qui coûtent cher, avec des durées de plusieurs années, voire parfois une durée indéterminée. Ces contrats sont difficiles à consulter. On les retrouve surtout en Flandre pour des raisons historiques

Les Belges ont tendance à se tourner vers les contrats les plus chers

Selon les chiffres de la CREG, deux millions de ménages belges ont opté pour les dix contrats les plus coûteux du marché de l’électricité. En comparaison, seulement 268.000 ménages ont choisi un des dix contrats les moins chers du marché.

En ce qui concerne le gaz, 1,2 million de ménages ont un contrat de fourniture parmi les dix contrats les plus coûteux du marché. Seuls 172.000 ménages ont opté pour un des dix contrats les plus avantageux.

 

En moyenne 500 euros à économiser par an

Selon les estimations de la CREG, un million de ménages belges pourraient économiser 500 euros sur leur facture annuelle d’énergie. En Région wallonne, on estime que 350.000 ménages pourraient économiser 240 euros sur leur facture d’électricité et 300 euros sur celle de gaz. A Bruxelles, 200.000 ménages pourraient payer 230 euros de moins par an pour leur électricité et 320 euros de moins pour leur gaz.

Les marchés de l’électricité et du gaz sont trop complexes

Pour expliquer pourquoi autant de ménages ne changent pas assez de fournisseurs ou font les mauvais choix, la CREG estime que les marchés de l’électricité et du gaz sont trop compliqués à comprendre pour le grand public. Changer de contrat et bien comparer les offres disponibles reste une tâche complexe. Il y a des démarches administratives à faire et elles ne sont pas à la portée de tous. De plus, les consommateurs ont difficilement accès aux données de leur contrat et cela les empêche de comparer avec les offres des autres fournisseurs. La CREG relève que les conditions des contrats de fourniture, soit les conditions générales, les conditions particulières et les conditions tarifaires sont très complexes et rendent la transparence et la compréhension difficile. " On demande aux fournisseurs un effort pour clarifier ", déclare Laurent Jacquet, le Directeur de la Creg.

La CREG souligne que les produits les moins chers sont souvent assortis de conditions très strictes qui freinent les consommateurs. Il s’agit souvent de produits digitaux dont les contrats se concluent uniquement via internet. Dans ces cas-là, il faut souvent accepter une domiciliation bancaire et se contenter de services à la clientèle uniquement en ligne. Les " chats " en ligne, avec un vrai interlocuteur ou avec un robot refroidissent les consommateurs. " Cela rend la tâche difficile et problématique pour beaucoup de consommateurs ", souligne Laurent Jacquet. Le Directeur de la CREG attire l’attention des consommateurs car parfois, si l’on ne valide pas toutes les conditions, comme la domiciliation ou l’acceptation des services en ligne, le fournisseur bascule le client automatiquement vers un contrat plus cher.

Le Directeur de la CREG conseille aussi de faire très attention aux conditions de paiement. Certains fournisseurs, pour certains contrats demandent des paiements à l’avance, parfois pour un trimestre, voire pour une année complète.

Enfin, la CREG épingle le problème de la redevance forfaitaire annuelle. Il s’agit de la composante fixe d’un contrat. Selon les fournisseurs et selon les contrats, elle peut varier de zéro à plusieurs centaines d’euros. Le montant de cette redevance a tendance à augmenter, souligne la CREG.

Les propositions de la CREG

La CREG suggère de supprimer les contrats dormants de prolongation. Elle veut qu’on oblige les fournisseurs dont les clients seraient dans ce cas à intervenir et à changer le contrat vers un produit actif. Cela serait plus transparent et permettrait au client de mieux comparer son contrat avec ceux des autres fournisseurs dans les tableaux de comparaison. En effet, les contrats dormants, souvent plus anciens, ne sont plus accessibles aux nouveaux clients et ne sont donc plus visibles dans les comparateurs de prix.

La CREG demande aussi que l’on renforce "l’accord de consommateur", censé protéger le client d’un fournisseur d’énergie. Cet accord garantit les droits des consommateurs, mais force est de constater que la majorité des fournisseurs n’y sont pas liés. Seulement 9 fournisseurs sur 19 protègent leurs clients avec ce type d’accord. Il faut, dit la CREG, rendre cet "accord de consommateur" obligatoire et le rendre accessible aux PME qui, jusqu’à présent, n’en bénéficient pas.

La CREG demande aussi une réforme de la facturation du terme fixe. Le terme fixe est une redevance, par exemple 50 euros par an, que le fournisseur d’énergie réclame. La CREG demande que ce " terme fixe" soit facturé au prorata du nombre de jours de fourniture. En effet, lorsqu’un client change de fournisseur en cours de contrat, par exemple après deux mois, certains fournisseurs l’obligeront à payer pour toute la durée du contrat. Il peut s’agir de plusieurs mois, voire, dans certains cas des années restantes dans le cas de contrats de 2 ou 3 ans. Cela peut représenter des centaines d’euros.

La CREG demande aussi que les contrats soient plus lisibles. Elle propose l’instauration d’un QR Code. Ce code, attribué à chaque contrat, permettrait au consommateur d’avoir des informations précises sur son contrat, d’obtenir une description détaillée du produit. Cela lui permettrait de mieux comparer son contrat avec l’offre du marché. Ce code QR mentionnant la fiche tarifaire devrait figurer sur la facture envoyée au client, demande la CREG.

Le CREG Scan, un outil à disposition des consommateurs

La CREG rappelle l’existence de comparateurs. En particulier, le "CREG Scan", un "comparateur unique en Europe", selon la CREG. En six "clics", le consommateur peut y comparer son contrat avec les offres les plus chères et les moins chères du marché.

Actuellement en Belgique, 14.596 contrats de fourniture différents existent. Beaucoup de ces contrats sont des contrats anciens qui ne sont plus aujourd’hui proposés aux nouveaux clients. En effet, l’offre actuelle disponible pour le public est de 724 contrats. Grâce au "CREG Scan", l’ensemble des 14.596 contrats peut être comparé aux offres actuellement disponibles.

Enfin, la CREG prévoit de mener des campagnes de sensibilisation pour informer le public de la nécessité de comparer ses contrats de fourniture afin d’opter pour les offres les plus avantageuses. Depuis octobre, 170.000 ménages ont consulté le comparateur de la CREG.

Les factures de gaz et d'électricité sont trop chères: JT du 15/12/2020

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK