Plan d’investissements dans les logements publics wallons : "C’est nécessaire à la fois socialement, environnementalement et économiquement"

Le gouvernement wallon a annoncé ce jeudi un grand plan d’investissement pour la rénovation du logement public.
Ce "Plan Marshall" du logement wallon, prévu dans l’accord de gouvernement PS-MR-Ecolo, s’élèvera à plus de 1,2 milliard d’euros.

Le ministre socialiste du logement wallon Pierre-Yves Dermagne était l’invité de la matinale de La Première pour évoquer ce plan : plusieurs fois annoncée par les précédents gouvernements wallons, cette promesse de rénovation massive sera-t-elle respectée ? En a-t-on les moyens ?


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Pour le ministre du Logement, des Pouvoirs locaux et de la Ville, ce plan permettra de rénover 25.000 logements publics d’ici 2024. Il s’agira "d’activer ce plan le plus rapidement possible en simplifiant les procédures, en les accélérant et en travaillant sur la base de critères objectifs". Pour Pierre-Yves Dermagne le but est de mettre l’accent sur les logements les plus énergivores alors que "80% du parc date des années cinquante à nonante" avec "une performance énergétique d’un autre temps".

Il s’agira donc de mettre l’accent sur l’amélioration des performances énergétiques de ces logements "mais aussi d’améliorer la sécurité et la salubrité de ces logements".

Comment les choix seront-ils faits ?

Plusieurs fois annoncé, ce plan d’investissement devrait donc permettre d’améliorer la qualité des logements publics, mais il faudra faire des choix. Comment seront-ils faits ?

Pour le ministre wallon, "On part d’un cadastre. Un cadastre du logement public qui a été mis en place, qui répertorie l’ensemble des 100.000 logements publics en Wallonie avec différents critères comme : la superficie, la localisation, la performance énergétique, les problèmes de sécurité, de salubrité et c’est en partant de ce cadastre, en partant de critères objectifs que l’on va déterminer des enveloppes par société de logements publics".

Le gouvernement wallon travaillera directement avec les 63 sociétés de logements publics sans passer par les communes. Elles devront proposer un plan de rénovation qui réponde aux critères et "sur cette base-là, un comité de suivi technique, un comité de suivi budgétaire valideront les plans et feront en sorte que les moyens soient débloqués rapidement, de manière automatique".

Chaque société de logements publics aura l’opportunité d’obtenir des subsides, insiste le ministre socialiste. Le fonctionnement de l’allocation de ces subsides se fera "selon un droit de tirage", ce qui permettra de voir à l’issue du processus combien de subsides chaque société de logements de service public pourra bénéficier.

Un plan qui s’inscrit dans une logique de relance

La Wallonie a-t-elle les moyens de ces ambitions ? Pourra-t-elle assumer ce plan de près d’un milliard d’euros qui va peser dans le budget de la Région ? Pierre-Yves Dermagne estime que ce plan est utile à trois égards : "C’est nécessaire à la fois socialement, environnementalement et économiquement".

Social, "pour l’amélioration du bien-être des habitants de ces logements". "Environnemental, puisqu’on met l’accent sur amélioration de la performance énergétique de ces logements". Et enfin dans l’économie, "qui en a bien besoin". "C’est d’ailleurs un appel de la confédération de la construction wallonne qui demandait que les pouvoirs publics lancent d’importants plans d’investissements. C’est ce qu’on a fait et ce qu’on a décidé hier au gouvernement wallon" ajoute Pierre-Yves Dermagne.

La région wallonne va continuer, par ailleurs à soutenir les locataires qui ont des difficultés à payer leurs loyers notamment à cause de la crise du coronavirus. La région va continuer à aider les locataires en difficulté avec l’octroi de prêts à taux zéro via la société wallonne du crédit social. Mais comment demander ces aides ? "Via son site internet ou vous passez par les guichets, vous serez bien reçus et on analysera la situation et le prêt sera octroyé de façon rapide", indique le ministre wallon.

Il y a aussi une enveloppe de cinq millions d’euros qui a été votée pour les CPAS de Wallonie afin d’aider les locataires qui ont des difficultés pour payer leurs loyers.

Le local a peut-être été plus efficace que le global dans la gestion de cette crise

Cette crise sanitaire aura aussi des répercussions sur les pouvoirs locaux, notamment sur les finances. Pierre-Yves Dermagne tient à saluer le travail qui a été fait au niveau local. "Je pense que les mandataires publics et les fonctionnaires publics ont vraiment été au rendez-vous des urgences de cette crise avec une rapidité et une réactivité dans la réponse, une créativité aussi".

Une réponse pour combler des manques d’autres niveaux pouvoirs ? "Clairement, je pense que le local a peut-être été plus efficace que le global dans la gestion de cette crise".

Par ailleurs, des analyses sont faites pour évaluer l’impact de la crise sur les pouvoirs locaux : villes, communes, CPAS… pour les aider à faire face aux difficultés, indique le ministre.

La crise du coronavirus est aussi l’occasion d’une remise en question de la façon d’aménager le territoire. Pierre-Yves Dermagne souhaite rendre les espaces publics plus conviviaux et améliorer la qualité de vire. Cela signifie donc aussi "clairement moins de place pour les voitures dans la ville".

Faut-il déboulonner les statues ?

Autre débat présent dans l’actualité de ces derniers jours : des statues issues du passé colonial de la Belgique sont vandalisées sur l’espace public. Si la Région bruxelloise a décidé de prendre des mesures pour homogénéiser la gestion des symboles de la colonisation dans l’espace public et d’avoir une approche concertée, qu’en est-il du côté wallon ?

Le ministre wallon de la Ville et des Pouvoirs locaux plaide pour que le Parlement wallon se saisisse de cette question avec l’ensemble des formations politiques, la société civile, pour pouvoir "aborder cette question sans tabous et regarder notre histoire en face".

Pierre-Yves Dermagne se prononce en faveur de la mise en place d’une commission qui pourra "regarder ce qui se fait ailleurs, on a un travail de mémoire intéressant dans d’autres pays, notamment (avec) une remise en contexte avec des plaques explicatives".

Positionné contre le déboulonnement des statues, il estime que "nous devons regarder notre histoire en face" et, que "L’Histoire, on ne l’efface pas, on l’explique".

Le PS et la N-VA ensemble ?

Et puis en parallèle de cette actualité il y a aussi les négociations autour de la formation d’un nouveau gouvernement fédéral et les tractations entre PS et N-VA qui continuent à distance entre les socialistes francophones et les nationalistes néerlandophones. Du côté socialiste, des tensions sont évoquées entre ceux qui seraient en faveur de négociations avec la N-VA afin de débloquer la situation politique et d’autres qui y seraient farouchement opposés.

"Moi, je suis dans le camp des hommes et des femmes au parti socialiste qui ont des valeurs, qui sont fidèles à leurs valeurs", répond sans hésiter le ministre wallon qui estime qu’il faut tirer des leçons de la crise que nous traversons et sur le "monde d’après".

Pour lui, les derniers moins ont mis en évidence des éléments essentiels dont il faut tenir compte "comme le refinancement des soins de santé, des hôpitaux, le refinancement des bas salaires de celles et ceux qui ont fait en sorte qu’on a pu continuer à vivre".

Je n’ai jamais peur des élections

Mais pour avancer sur ces questions, il faudra trouver des partenaires note Thomas Gadisseux. Pour Pierre-Yves Dermagne, "il faut d’abord travailler sur le contenu du monde d’après coronavirus et c’est ça qui importe." Sans la possibilité de rassembler une majorité autour de ces questions, la Belgique pourrait retourner aux urnes.

Une éventualité qui ne semble pas faire peur au ténor socialiste : "Je n’ai jamais peur des élections. Quand on fait de la politique, le plus bel acte qu’on peut poser c’est effectivement de rendre des comptes à la population ".

Pour conclure sur ces négociations compliquées en vue de former un nouveau gouvernement fédéral, le ministre socialiste se dit "Ni optimiste, ni pessimiste. Réaliste".

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