Plan climat: "la Flandre n’est pas une île dans le monde", estime Marie-Christine Marghem

La Cop25 a débuté lundi dernier à Madrid, et Marie-Christine Marghem compte bien faire bonne impression pour s’y rendre la semaine prochaine. La ministre fédérale de l’Environnement va prendre le train, malgré les douze heures de trajet. "Je crois que le train ici vers Madrid est tout à fait aisé", affirmait-elle ce vendredi dans Matin Première. Et s’il y a des grèves ? "Je demanderai le covoiturage, répond du tac au tac la ministre, avec ceux qui prennent la route en voiture CNG (qui roulent au gaz naturel, ndlr)."

Si vous vous rendez à Madrid ce week-end, pensez donc à laisser une place au cas où pour la ministre fédérale. En revanche, pour son homologue flamande Zuhal Demir, pas la peine : elle prendra l’avion, elle. Ou plutôt, elle fera du "planepooling", comme elle l’a expliqué. Dans les faits, elle prendra un avion de ligne et non pas un jet privé. Marie-Christine Marghem ne lui en tient pas rigueur : "je crois qu’elle a besoin d’efficacité, et j’imagine que son timing est serré, qu’elle veut aller vite, estime la ministre fédérale. La deuxième chose, c’est qu’elle est jeune ministre, et qu’elle a sans doute voulu atténuer cet aspect-là par un trait d’humour."

Le plan climat flamand, un cadeau de Saint-Nicolas

Pas de jet pour Zuhal Demir, c’est aussi (peut-être) une petite pique à Marie-Christine Marghem elle-même : en 2018, à la Cop24 de Katowice, la ministre avait dû prendre un avion privé pour remplacer au pied levé Charles Michel, de l’aveu même de cette dernière. Marie-Christine Marghem se justifie : "j’ai dû substituer le Premier ministre dans une condition de timing extrêmement serré pour l’ouverture de la Cop. Ici nous ne sommes pas dans la même situation : c’est le segment ministériel qui s’ouvre, pour tout le monde, la deuxième semaine." Avant d’ajouter que le jet privé n’est probablement pas dans les moyens de la ministre flamande…


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Les relations avec la Flandre se doivent d’être cordiales, d’autant plus que la ministre fédérale (qui a "été sage", dit-elle) espère un joli cadeau de Saint-Nicolas : le plan régional flamand pour le climat, qui doit s’intégrer au plan fédéral, et être présenté à Madrid. C’est en effet une demande de la Commission européenne : chaque pays doit venir avec un plan national énergie-climat, avec les objectifs et les moyens d’y parvenir.

Mais dans la famille des plans régionaux, on cherche toujours le plan flamand. "Je ne crois pas que quelque chose bloque, estime Marie-Christine Marghem. C’est vrai que c’est toujours un peu plus difficile au niveau de la diminution des gaz à effet de serre en Flandre, à cause de l’industrie, du pôle pétrochimique qui se trouve à Anvers, des transports, de la densité d’occupation du territoire, de l’habitat qui est aussi vieux et mal isolé qu’en Wallonie mais plus dense."

Le "réalisme" des industriels

Sans compter que le gouvernement flamand a été le dernier installé… et le dernier en termes d’effort climatique ? Marie-Christine Marghem botte en touche : "j’attends de voir ce que concrètement la Flandre a prévu. Elle n’est pas une île dans le monde, et elle aussi veut apporter son effort à la diminution des gaz à effet de serre et à la lutte contre le réchauffement climatique. Elle y a vraiment intérêt, dans la mesure où elle est en bordure de mer et qu’elle sait très bien que la montée des eaux pourrait impacter durement son territoire." Pour la ministre, "la volonté y est", même si le chemin n’est peut-être pas tout à fait "aussi rapide".


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De l’autre côté, le patronat et le gouvernement flamand appellent au "réalisme" face aux ambitions climatiques. "En même temps, le patronat flamand lui aussi fait des efforts, l’industrie fait énormément d’efforts pour rendre les process (sic) de fabrication de plus en plus propres", rétorque Marie-Christine Marghem. Pour la ministre, l’un des éléments de la "compétitivité" des industriels, c’est aussi d’être "vertueux sur le plan environnemental".

Je peux m’engager jusqu’en 2030

Ce que la Commission européenne reproche surtout à la Belgique, c’est de ne pas avoir de cohérence dans son plan climat global, et de ne pas avoir une gouvernance en terme climatique. "C’est le but, affirme Marie-Christine Marghem. Nous avons progressé, et dès que les ministres régionaux ont été installés, j’ai fait en sorte de les rencontrer très rapidement, car le leadership et la gouvernance sont issus directement du lien que nous entretenons entre nous."


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Mais quid du prochain gouvernement fédéral ? "Je peux m’engager d’une certaine manière pour les années qui viennent, jusqu’en 2030, parce qu’il nous est fait obligation de rendre ce plan à l’Europe avant le 31 décembre, remarque Marie-Christine Marghem. Et donc c’est dans cette mesure que je travaille." Par exemple, le plan sur la fiscalité environnementale sera mis sur pied en 2021, tout comme l’accord de coopération sur la mobilité durable. "Ce sont des grandes directions qui sont évidemment irréversibles", martèle la ministre. Les prochains gouvernements ne pourront selon elle pas revenir dessus, car ils s’inscrivent dans des accords internationaux.

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