Pierre-Yves Jeholet (MR): taxer les hauts revenus, c'est appauvrir la Wallonie

Pierre-Yves Jeholet, chef de file MR au Parlement de Wallonie.
Pierre-Yves Jeholet, chef de file MR au Parlement de Wallonie. - © BRUNO FAHY - BELGA

Ce mardi, le ministre du Budget Christophe Lacroix (PS) exposait plusieurs pistes envisagées pour une réforme de la fiscalité wallonne. Alors, ce mercredi, l'invité de Matin Première Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe MR au Parlement de Wallonie, bondit, surtout quand il s'agit d'évoquer l'idée d'une taxation des plus hauts revenus.

"Ce que le ministre Lacroix fait est ahurissant : annoncer que le gouvernement planche sur une augmentation de la fiscalité qui pèse sur le travail. En fait, ce qu'il veut viser, ce ne sont pas les spéculateurs, mais les personnes qui travaillent dur et beaucoup", lance-t-il.

"L'antithèse du tax shift"

La suggestion du ministre socialiste ne viserait toutefois que les revenus supérieurs, qui gagnent donc plus de 120 000 euros par an. Mais pour Pierre-Yves Jeholet, 120 000 euros ou pas, "il veut s'en prendre aux personnes qui travaillent".

"S'il veut appauvrir encore davantage la Wallonie, je pense qu'il n'y a pas d'autres moyens de s'y prendre. Et c'est vraiment irresponsable au moment où il faut relever la Wallonie, soutenir l'activité économique, créer de l'emploi… Ce qu'il annonce, c'est vraiment l'antithèse de ce que le tax shift propose aujourd'hui : soutenir les indépendants à l'activité et créer des emplois."

Télé-redevance

Quant à la redevance télévision, dont la suppression pourrait être l'une des contreparties, le député wallon libéral "émet des doutes" sur le poids de Christophe Lacroix au gouvernement, tant il a répété vouloir la remplacer sans que cela soit suivi d'effets. Pierre-Yves Jeholet pointe aussi le vice-président Maxime Prévot (cdH), bien "dubitatif" par rapport à cette télé-redevance, alors que "tout le monde s'accorde à dire que c'est un impôt obsolète" et "socialement injuste", un impôt que le MR "veut supprimer" aujourd'hui.

Mais pas question pour autant de la compenser en relevant les centimes additionnels de l'impôt des personnes physiques pour les personnes qui gagnent plus de 120 000 euros. Il est "exclu" pour les libéraux wallons de toucher aux revenus du travail : "Est-ce que vous voulez que ces personnes-là – et c'est cela la concurrence fiscale – aillent habiter, même pas en France ou au Luxembourg, mais à Bruxelles ou en Flandre ?".

"Un immobilisme wallon dans tous les domaines"

"C'est le meilleur moyen d'appauvrir la Wallonie. Ce n'est même plus un discours socialiste, c'est un discours communiste. Et quand j'entends qu'en parallèle il veut instaurer la semaine de quatre jours de travail… Mais, même en France, s'il allait dire ça aux socialistes français, il serait pris pour un extraterrestre."

Et Pierre-Yves Jeholet d'élargir sa critique à l'ensemble de l'action du gouvernement : "Entre les discours de certains représentants de la gauche aujourd'hui et ce qu'on met en réalité en place, il y a vraiment un fossé. On constate un immobilisme wallon dans tous les domaines : la fiscalité, l'emploi… C'est évidemment grave pour la Wallonie qui doit absolument se redresser aujourd'hui.

Il y a d'ailleurs, pour le chef de file du MR wallon, toute une série d'indicateurs qui illustrent cet immobilisme : "On a encore un chômage qui est le double de celui de la Flandre. (...) On a un taux d'emploi largement inférieur à la moyenne européenne. Je ne dis pas que tout va mal – et, même dans l'opposition, je me réjouirais que la Wallonie se porte mieux –, mais il faut se dire que les paramètres sont toujours interpellants. Et le Plan Marshall, s'il est bon pour toute une série de grandes entreprises, il ne porte pas nécessairement d'effets sur les indépendants et les PME, contrairement aux mesures du fédéral."

Cumulera ? Cumulera pas ?

Au-delà du débat économique, le décret sur le décumul des mandats, voté en 2010, est également au cœur des discussions au sein du Parlement de Wallonie. Il prendra pleinement effet en 2018, lors des prochaines élections communales. Il s'agira alors de choisir entre la fonction de député et celle de bourgmestre. Au sein de chaque groupe politique, 25% des élus – désignés sur base de leur taux de pénétration – pourront néanmoins encore cumuler les deux mandats.

Aujourd'hui, le débat refait surface : PS, cdH et MR auraient bien envie de le réviser, voire même de le mettre au frigo dans l'attente d'initiatives semblables dans les autres assemblées (pour éviter, selon l'invité de Matin Première, une "discrimination" des parlementaires wallons vis-à-vis des autres députés du pays), ce qui reviendrait à tout simplement enterrer ce décumul.

Mais dans le viseur de Pierre-Yves Jeholet subsiste une cible : le cumul des mandats de ministres et de bourgmestre ou échevin. Ou plutôt deux cibles : "Il n'est pas acceptable qu'en Wallonie qu'il y ait deux personnes, les leaders du gouvernement (le ministre-président PS Paul Magnette et le vice-président cdH Maxime Prévot, ndlr), qui ne soient pas à 300% pour la Wallonie et qui sont trop présents dans leur commune, avec les conflits d'intérêt que cela peut engendrer."

En faveur d'un seuil

Le chef de file MR ne nous dira pas si ce principe devrait d'ailleurs être appliqué de la même manière au niveau fédéral, et notamment à la ministre Jacqueline Galant (MR), ministre et bourgmestre dévouée de Jurbise.

"Le décret 'cumul parlementaire', nous ne l'avions pas voté. Et, moi, j'étais plutôt comme Ecolo et Jean-Michel Javaux à l'époque pour mettre un seuil et dire que l'on peut cumuler pour une commune qui compte jusqu'à 50 000 habitants." Sous cette forme, le décret n'aurait guère dérangé Jean-Michel Javaux, bourgmestre d'Amay (environ 14 000 habitants), ni Pierre-Yves Jeholet lui-même, qui porte également l'écharpe maïorale à Herve et ses quelque 17 000 âmes.

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