"Le PTB est un parti antidémocratique dont les médias font un peu le lit"

Ce lundi, le ministre-président wallon Paul Magnette a présenté à la presse sa "Déclaration de Namur". Un texte qui vise à donner du sens aux traités commerciaux qui doivent, selon cette déclaration, servir d’abord le développement durable et la réduction des inégalités. Elle signifie pour ses défenseurs le refus du "commerce pour le commerce".

Pour Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe libéral au Parlement wallon, ce modèle plus centré sur l’humain et moins sur l’économique donne "l’image d’une Wallonie protectionniste et frileuse sur le plan économique".

Invité de Matin Première ce mardi, il va même plus loin. Pour le député régional, cette volonté d'imposer la poursuite de l’intérêt général avant les intérêts commerciaux "est un déni de l’entreprise". "Le commerce extérieur représente 50% de la richesse wallonne", rappelle le réformateur.

Face aux invocations par son adversaire de l’intérêt général pour imposer des balises aux pratiques commerciales, Pierre-Yves Jeholet oppose la défense de l’activité privée, créatrice de plus-value économique. "Moi je veux aussi défendre le commerce, défendre l’activité privée parce que ça, c’est créateur d’activité économique et donc d’emploi", avance l’invité de Bertrand Henne.

S’écartant alors du sujet des traités commerciaux, l’invité enchaîne avec un cas d’entreprise qui pose fréquemment des difficultés d’arbitrage entre valeurs humanistes et intérêts commerciaux. "Sur le sujet de la FN (fabriquant wallon d’armes, ndlr) par exemple, qui a beaucoup de contrats avec l’Arabie saoudite (et enregistre) 800 millions d’euros d’exportation d’armes. Alors j’aimerais entendre la gauche et l’extrême-gauche sur le sujet", lance-t-il en direction du PS et du PTB.

Transparence, droits de l’Homme : Pierre-Yves Jeholet rappelle la paille et la poutre

Quel lien avec les traités commerciaux et la Déclaration de Namur? Aucun a priori mais selon Pierre-Yves Jeholet, "par rapport aux Droits de l’Homme, il ne faut pas à géométrie variable prendre des positions. Que ce soit pour des traités commerciaux ou pour les exportations d’une entreprise d’armement. Un moment donné on doit avoir une règle de conduite".

Des règles de conduite c’est pourtant le cœur de la Déclaration de Namur. Pierre-Yves Jeholet concède alors logiquement être plutôt en accord sur la démarche qui vise, comme il le rappelle lui-même à ce "qu’on associe les citoyens, qu’on ait beaucoup plus de transparence dans les débats". Mais il exige alors que le gouvernement wallon s’applique à lui-même cette volonté de transparence.

"Je souhaiterais aussi la transparence en Région wallonne. Et cette transparence c’est par exemple ne pas sauver le ministre Di Antonio dans le dossier du dysfonctionnement de l’office wallon des déchets. Ici, j’ai demandé une commission spéciale sur le scandale du photovoltaïque, très mal géré depuis des années, et j’espère que Monsieur Magnette va accepter une commission spéciale pour faire toute la transparence". Jusqu’ici, cette commission n’a pas été validée.

Le PTB est pointé à 18% des voix en Wallonie dans notre dernier sondage tandis que le MR enregistre un recul substantiel.

Un constat qui inspire au député wallon une réaction inscrite dans le sillon d’un autre député MR, fédéral celui-là. On se souvient en effet de l’appel de Denis Ducarme à établir "un cordon sanitaire" autour du PTB, à l’instar de ce qui se pratique au niveau fédéral pour les partis d’extrême-droite. Autrement dit, qu’il soit informellement interdit de s’allier au PTB pour gouverner.

Le PTB "un parti antidémocratique" qui devrait faire l'objet d'un cordon sanitaire 

Pierre-Yves Jeholet justifie cette position par le fait que, selon lui, "le PTB est un parti antidémocratique. Je le dis très clairement, c’est un parti marxiste".

Et Pierre-Yves Jeholet accuse "les médias". Ce seraient eux qui "font un peu le lit" du parti d’extrême gauche. "Et je ne vois pas pourquoi, (les médias ont) un raisonnement avec l’extrême droite que l’on n’a pas avec l’extrême gauche", s’étonne l’élu liégeois. A savoir de ne pas leur donner la parole.

Si en effet, le PTB est un danger pour la démocratie, la question mérite d’être posée. D’où la question de Bertrand Henne : "Dites-moi ce qui vous semble antidémocratique dans le discours ou le programme actuel du PTB aujourd’hui?".

"Ecoutez, c’est un parti marxiste", martèle le Verviétois. Après qu’on lui a fait remarquer que de très nombreux démocrates s’inspirent du marxisme, le député étaye alors un peu son raisonnement.

"Un moment donné, ce sont des discours qui sont parfois anti-démocratiques. Alors que si l’on suit le PTB, on aura demain un désert économique", avance-t-il. Il y a là une opposition de vues totale avec le programme économique du MR, certes, mais cela ne justifie pas un cordon sanitaire, il n’y a là en soi rien d’antidémocratique, fait remarquer l’intervieweur.

Si l'on invite le PTB c’est parce que dans les discours et les programmes actuels il n’y a rien qui contrevient à la législation

Pierre-Yves Jeholet se lance alors dans un exemple et explique que les deux députés PTB n’étaient pas présents aux débats budgétaires du Parlement wallon. "Si des députés absents justifiaient un cordon sanitaire, sinon, il n’y aurait plus aucun parti qui viendrait ici", cadre Bertrand Henne avec ironie.

Beaucoup moins ironique, ce dernier rappelle que "si l'on invite le PTB c’est parce que dans les discours et les programmes actuels il n’y a rien qui contrevient à la législation. Et notamment sur l’incitation à la haine et le racisme" qui contreviennent à la charte de la RTBF et "nous obligent à un cordon sanitaire avec l’extrême droite", rappelle le journaliste.

"Et je maintiens ma position par rapport à cela", persiste l’invité, qui reste là cohérent avec ce qui semble désormais être la ligne du MR.

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