Pierre-Yves Dermagne (PS) : "Vous savez quand on décide de faire la lumière, parfois on a mal aux yeux"

Depuis le début de son mandat de ministre, Pierre-Yves Dermagne se retrouve avec le "dossier de Stéphane Moreau" sur son bureau. Pour ne pas compromettre la bataille juridique avec les anciens dirigeants de Nethys, il s’était imposé le silence. Ce vendredi, il s’exprime sur l’affaire. Une première interview pour le ministre des Pouvoirs locaux depuis sa prise de fonction. Un Pierre-Yves Dermagne plongé depuis le tout début de la législature dans les affres du dossier Nethys, filiale d’Enodia, le nouveau nom de Publifin.

"J’ai choisi de ne pas m’exprimer dans l’attente de prendre une décision dans ce dossier, on s’impose un devoir de réserve, de confidentialité, de retenue qui est le pendant d’un devoir d’impartialité de neutralité" explique le ministre.

2020 la fin de la saga Publifin/Nethys ?

"Moi je l’espère. On est en train de tourner des pages importantes de ce dossier, je ne dis pas qu’on ne va pas encore trouver des choses. Vous savez quand on décide de faire la lumière, parfois on a mal aux yeux. Avec le nouveau Conseil d’administration, avec le nouveau manager intérimaire on est dans le cadre d’une relation de confiance. Aujourd’hui tous travaillent pour l’intérêt général et plus pour des intérêts particuliers" défend Pierre-Yves Dermagne.

Oligarques russes ?

Pierre-Yves Dermagne assume ces propos où il comparait les anciens dirigeants de Publifin/Nethys avec des oligarques russes : "Ces gens ont tenté à certains moments de s’octroyer des rémunérations indécentes et ils ont voulu s’approprier une partie des biens publics" et il complète "c’est le résultat d’un entre-soi, il n’y a pas eu assez des contre-pouvoirs".

Qui sont les responsables politiques ?

"Dans tout ce que j’ai pu analyser comme pièces, comme document, je n’ai jamais vu d’intervention politique dans ce dossier. Personne n’avait l’ensemble des éléments du dossier, et tout cela, c’est fait dans un tout petit groupe, un entre-soi. Avec le nouveau décret gouvernance j’ai pu aller plus loin que mes prédécesseurs" assume le ministre.

Voo

C’est officiel, le gouvernement wallon ne s’oppose pas à la vente du câblo-opérateur liégeois Voo à l’entreprise américaine Providence Equity.

"L’opération avait été faite en secret, sans l’avis conforme des actionnaires (les communes et la Province de Liège). A des conditions qui ne respectaient pas non plus les travailleurs, les actionnaires. On avait bradé Voo, à des conditions justes bonnes pour l’ancien management" raconte le ministre. Et il rappelle que comme ministre de tutelle, il n’est pas compétent sur la vente "ce sont les actionnaires au sein d’Enodia qui ont décidé de vendre, moi je ne peux regarder que les conditions de cette vente. Nous avons renégocié les conditions, avec entre autres une hausse de la valeur de l’entreprise, un encadrement étroit de l’opération, la suppression des clauses d’intéressement de Moreau et de Heyse ou encore l’apparition d’un droit de veto pour les administrateurs de Nethys quant à l’établissement du siège social. Les discussions n’ont pas été faciles mais Providence a dû se dire que ça restait une bonne affaire", détaille encore le ministre qui assume une forme de privatisation "mais avec un contrôle public fort".

Rémunérations

A la demande de la nouvelle direction de Nethys (Renaud Witmeur et Laurent Levaux), la justice a fait geler un peu plus de 11 millions d’euros sur les comptes de Stéphane Moreau, Pol Heyse et Bénédicte Bayer, tous les trois anciens dirigeants de l’intercommunale.

Le ministre défend ses démarches pour récupérer l’argent : "Il y aura bien sûr des discussions sur ce qui est dû et ce qui ne l’est pas et cela se sera aux juridictions pénales et civiles de se prononcer en la matière"

D’après les récentes informations, concernant Stéphane Moreau, ce sont 4,8 millions d’euros qui ont été saisis auprès de la compagnie d’assurances Integrale.

La compagnie d’assurances Intégrale, filiale directe de Nethys, n’a pas encore fait grand bruit. Mais la Justice enquête sur cette entreprise spécialisée en pensions complémentaires. Des perquisitions ont d’ailleurs eu lieu il y a deux semaines au siège d’Intégrale et au domicile de son directeur général, Diego Aquilina.

Pour le ministre "on a dupliqué à moindre mesure le modèle de détournement de Nethys, dans cette filiale d’assurances. Une instruction judiciaire est en cours, que la justice fasse son travail dans ce dossier".

Editions l’Avenir

La commission d’enquête Publifin avait recommandé de sortir les Editions de L’Avenir (EdA) du groupe Nethys, le ministre complète : "C’est dans l’accord de majorité wallon et nous allons le faire donc. Il y a en ce moment une évaluation pour savoir combien vaut cette société, pour nous lancerons le processus de vente".

 

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